Le virage 2.0. de l’École secondaire le Sommet

L’École secondaire le Sommet accueille près de 1 000 élèves de la 1ère à la 5e secondaire. En 2014, l’école s’est lancée dans un virage numérique afin d’offrir un environnement technopédagogique au service de la réussite des élèves. Aujourd’hui, l’utilisation de la tablette électronique se prête à l’évolution des pratiques et facilite l’émergence de nouvelles stratégies d’apprentissage. L’intégration d’outils technologiques offre de nouveaux horizons pédagogiques et permet de motiver et d’engager les élèves.

Après cinq années de mise en œuvre, l’interdisciplinarité, la collaboration, le décloisonnement des espaces et le développement des compétences globales chez les élèves font partie du quotidien. Et personne ne voudrait revenir en arrière!

Cette année marquera la graduation de la première cohorte d’élèves ayant vécu la totalité de leur parcours au secondaire dans le nouvel environnement technopédagogique.

L’École branchée a eu l’opportunité de rencontrer l’équipe-école et d’échanger avec eux sur la genèse du projet « le Sommet 2.0 » :

Comment définiriez-vous l’identité de l’École le Sommet?

Le Sommet est une école ouverte avec une grande flexibilité au sein de laquelle le numérique a été un vecteur pour renforcer la collaboration. C’est une école où le contrôle n’a plus la même définition et dont l’équipe a appris à tolérer l’ambiguïté, à trouver du confort dans l’inconfort.

À l’École le Sommet, la pédagogie est à l’avant-plan. C’est redevenu « cool » de parler de pédagogie!

Quelles sont les valeurs qui rejoignent l’équipe-école au Sommet?

Le respect, la collaboration, la persévérance et l’engagement.

Qu’est-ce qui caractérise l’équipe-école et les élèves au Sommet?

Ce qui caractérise l’équipe-école et les élèves, c’est la culture de partage qui est bien implantée. L’École peut compter sur une équipe collaboratrice en constante évolution qui a le goût du risque et de l’innovation. L’interdisciplinarité et le travail d’équipe se sont installés avec le déploiement du numérique.

Malgré le vertige, l’équipe a appris à naviguer à travers l’inconnu et a accepté de foncer tête première, même si elle ne connaissait pas tout.

À quel moment a-t-il été question pour la première fois de mettre en œuvre les technologies numériques dans l’école?

En 2012, le directeur en poste M. Savard, a présenté pour la première fois à son équipe un projet visionnaire : Le Sommet 2.0. De plus, un an avant l’implantation officielle, tous les enseignants ont reçu une tablette et un chariot numérique a été mis à leur disposition pour ceux qui souhaitaient expérimenter en classe.

À quels défis l’école était-elle confrontée à ce moment?

Le local d’informatique posait problème : il était désuet et ne suffisait plus pour combler les besoins. De plus, un décalage entre l’école et la vie des jeunes se faisait sentir dans les murs de l’établissement. L’équipe ressentait un malaise devant le fait que les jeunes évoluent depuis leur enfance dans un monde numérique et que l’école les rejoignait de moins en moins. Les enseignants voulaient arrimer leur pédagogie avec la réalité des jeunes. Ils voulaient aussi améliorer la communication avec les parents.

Par ailleurs, il y avait une volonté de redorer l’image de l’école, de lui donner une couleur et de lui permettre de se distinguer. Pour l’équipe-école, le projet devait se vivre à l’échelle de toute l’école. Il était important que l’ensemble des élèves ait accès à ce virage.

Quels moyens l’équipe s’est-elle donnée pour mettre en œuvre le numérique?

Le TEMPS : L’équipe s’est donné du temps de qualité. Il y a eu une année complète d’appropriation au cours de laquelle le budget de perfectionnement de l’école était consacré en grande partie sur la formation (journées pédagogiques et périodes libérées). L’équipe s’est aussi donné le droit à l’erreur.

La CONCERTATION : Bien que le projet soit parti de la vision d’un directeur d’école, celui-ci s’est assuré que les gens sur le terrain voulaient aller dans la même direction. Il a déployé des efforts afin que la vision soit partagée par les professionnels de la pédagogie au secondaire.

Le SOUTIEN : L’école s’est dotée d’un « filet de sécurité », soit un conseiller technopédagogique de confiance qui était présent pour soutenir les enseignants.

Quelles ont été les facteurs de réussite de ce virage numérique?

Vision partagée

D’abord et avant tout, c’est la vision et le leadership avant-gardiste de la direction qui a permis d’amorcer le virage numérique. Puis, c’est le temps d’appropriation, les libérations de personnel et le respect du rythme de chacun qui ont favorisé la réussite du virage numérique.

Travail d’équipe

Les enseignants se sont répartis en début d’année les applications et les outils avec lesquels les élèves travaillent. Chacun s’est vu octroyer des responsabilités et ainsi, chacun s’est senti engagé dans le projet. Tout le monde a appris au même moment à utiliser le numérique et à transformer ses pratiques pédagogiques, ce qui a forgé une culture de partage.

Valorisation des pratiques

Les rencontres à la fin de l’année lors desquelles chacun présentait ses bons coups a créé un effet d’entraînement et a fait en sorte que les enseignants ont démystifié la complexité de la pédagogie par projet. Ils ont compris qu’il ne fallait pas être un expert pour mener un projet numérique et que ceux-ci facilitent grandement l’engagement des élèves. Le iPad est venu les soutenir.

Planification rigoureuse

La planification tant au point de vue administratif que pédagogique s’est orchestrée pour donner des conditions gagnantes d’abord aux enseignants, premiers maîtres d’œuvre de ce projet. Le support de la commission scolaire qui a identifié ce projet phare comme une occasion de modéliser l’intégration de pratiques pédagogiques émergentes fut nécessaire. Du côté administratif, il y a eu une rigueur afin de minimiser les impacts de tous ordres. De la planification des rencontres pour la prise de possession de la tablette et des rencontres avec les parents, l’implication de tous les acteurs doit être soulignée.

Soutien continu

Le soutien des différents services, notamment le soutien d’un conseiller pédagogique en intégration du numérique fut un atout. L’identification d’une personne de proximité pour soutenir les enseignants a aussi été une option gagnante. Dans la mise en place du plan d’action de l’école, tous les professionnels à la pédagogie ont également été sollicités.

Engagement de tous les acteurs

Il s’agit d’un projet nécessitant un engagement soutenu des différents acteurs envers un tel changement. Le développement de l’expertise de chacun en fonction du but commun, le développement des connaissances et capacités pour transformer les pratiques et favoriser l’intégration du numérique sont des bases nécessaires pour bien mesurer ce virage. Surtout, le développement de l’expertise au profit de l’enrichissement de l’apprentissage des jeunes de l’école demeure la finalité du Sommet 2.0.

Quelles ont été les principales étapes de ce virage?

Prise de conscience

Tout a commencé par l’acceptation de l’idée que les jeunes d’aujourd’hui sont d’abord et avant tout différents. La place du numérique est omniprésente et l’école a un rôle à jouer afin de l’intégrer à sa mission. L’importance de la transformation de l’apprentissage avec le numérique comme vecteur permettant un effet multiplicateur au bénéfice de tous les élèves nous a conduit à en faire un projet école.

Recherche d’inspiration et consultation des parents

Nous avions en amont pris connaissance du programme Protic (Collège des Compagnons) afin de développer un code propre au Sommet et ce avant le déploiement des premiers iPads. Les parents ont toujours été consultés dans notre réflexion comme équipe école. Et ceux-ci ont cautionné nos actions vers notre vision d’un projet iPad 1:1 pour tous.

Les chariots d’iPads, le plan d’accompagnement (présentation du modèle Samr) et la formation d’un comité 2.0

D’ailleurs, pendant une formation reçue, le modèle Samr a été présenté ce qui a fait du sens pour plusieurs enseignants. Un plan d’accompagnement a été élaboré avec les enseignants pour l’appropriation de cet outil et l’intégration du numérique dans leurs activités d’enseignement.

Aménagements physiques

Les enseignants ont eu à revoir la configuration de leur salle de classe, par exemple en installant un bureau de travail à l’arrière afin d’avoir une meilleure vision des écrans. L’aménagement de lieux de création pour réaliser des films ou des podcasts, le décloisonnement des espaces a aussi fait partie des démarches.

Aménagements pédagogiques : repenser la gestion de classe, adapter les activités pédagogiques

Il a fallu repenser la gestion de la classe en expérimentant diverses méthodes. Par exemple, si la classe est trop petite pour permettre l’enregistrement d’une capsule audio et/ou vidéo, on décloisonne! On utilise le hall, la cafétéria et les différents lieux de l’école pour se donner des conditions de travail adéquates. Autre exemple, on bascule l’iPad pour obtenir l’attention des élèves. Le système APPLE en classe vient parfois soutenir les écarts et/ou l’utilisation de l’iPad. Il a fallu aussi adapter nos activités pédagogiques.

Choix d’une plateforme de partage

L’équipe a débuté avec Edmodo et ensuite, elle a fait le changement vers les outils Google dont Classroom. L’utilisation de Notabily comme outil « sac à dos ou cartable des élèves » est efficace. Les outils Google les ont amenés vers un rendement et une efficacité non-négligeable. La direction a proposé à des enseignants d’expérimenter pendant un an Google Classroom pour ensuite procéder au changement pour tous. Le choix s’est avéré très satisfaisant pour l’équipe jusqu’à maintenant. À noter que les parents reçoivent un compte-rendu sur Classroom à chaque semaine.

Code d’éthique

Le Code d’éthique est arrivé durant la 4e année d’implantation. À ce moment, nous trouvions qu’il était important de se doter de balises pour encadrer et guider les élèves dans leur utilisation de la technologie. Avec leur accord, nous nous sommes inspiré du code d’éthique utilisé par le programme PROTIC du Collège des Compagnons de Ste-Foy. Nous aimerions d’ailleurs les remercier encore une fois pour ce beau partage. Le développement de cet outil s’est effectué conjointement avec le conseil des élèves et le CE de l’école et il a été validé par l’équipe enseignante. Il est venu éclaircir les responsabilités de chacun des élèves en ce qui a trait à l’utilisation de l’appareil dans le cadre scolaire.

Accompagnement des parents

Lors de la rentrée, une importance capitale est accordée à ceux-ci. En effet, des rencontres (parfois le jour, parfois en soirée) avec les parents ont eu lieu. Ceux de la 1ère secondaire ont eu trois rencontres au début de l’année et plus tard à l’automne, une autre rencontre a eu lieu pour eux. Le but : répondre aux craintes et aux questions. La direction et le technopédagogue animent ces rencontres. Toujours dans la planification des différentes actions, il était primordial de travailler avec les élèves et les parents en lien avec l’outil et le potentiel pédagogique de cet outil dans les mains des élèves.

Changement de posture : ne pas se positionner comme expert

Ne pas se positionner en expert. Être transparent dans ce nouveau rôle auprès des élèves!  Certains avouent qu’ils ne sont pas en maitrise d’environ 95% des applications que l’on retrouve sur leur iPad. Toutefois, ils acceptent cet état de fait et sont convaincus que les élèves détiennent (ou développent) plusieurs compétences à travers l’expérimentation de ces applications numériques. Cela permet aux élèves de travailler la résolution de problème. Les enseignants proposent aux élèves d’essayer de se dépasser; change d’application si ça fait 5 fois que tu utilises là même, fais quelque chose de plus avec ce que tu as! Le choix de l’application est parfois permis (2e cycle plus facile qu’au 1er cycle).

Trouver un équilibre

La recherche de la perfection : NON, mais on fait de grands pas! On est toutefois encore en adaptation. Nous ne voulons pas le numérique à tout prix. Le mode hybride est toujours le bienvenu. Il arrive que l’on maintienne certaines tâches avec papier et crayon. Analogie avec le sucre à la crème de Nathaly : l’iPad, c’est comme du sucre à la crème, c’est délicieux, mais tu ne peux manger cela tout le temps.

Quelle place a été donnée aux élèves dans ce virage?

Afin de soutenir les élèves, mais aussi les enseignants dans leur intégration de la technopédagogie au quotidien, nous avons mis en place une escouade d’experts, présents dans chacun des groupes de l’école, l’escouade TacTIC. Les élèves qui en font partie reçoivent un midi de formation par mois animé par les intervenants de l’école ou de l’extérieur et ils sont aussi encadrés par le technopédagogue de l’école. En plus de leur mandat d’accompagnement en classe, ils peuvent s’impliquer dans les différentes activités de l’escouade telles que le soutien technique sur l’heure du dîner, la création de tutoriels et de vidéos promotionnels, l’accompagnement des nouveaux élèves en cours d’année, etc.

Avec le temps, le mandat de l’escouade s’est élargi et les jeunes offrent maintenant leur soutien lors de nombreux grands événements de l’école comme les séances de distribution des appareils en début d’année, l’organisation du EdCamp Le Sommet et de l’initiative Une heure de code. Récemment, certains d’entre eux ont même été invités à aller animer une conférence pour les futurs enseignants de l’Université Laval ainsi qu’un webinaire du service national du Récit de l’univers social destiné à la formation continue des enseignants du Québec. Les enseignants apprécient beaucoup l’escouade TacTIC, car elle leur enlève de la pression sur le plan technique et les aide à se concentrer sur leur pédagogie.


Un merci spécial au Comité de rédaction du Sommet :

  • Stéphane Valois, enseignant
  • Julie Belisle, enseignante
  • Nathalie Guillemette, enseignante
  • Brigitte Verret, enseignante
  • Dany Gauthier, enseignant
  • Étienne Filteau, professionnel en techopédagogie
  • Sylvie Perron, professionnelle à la pédagogie au secondaire
  • Yves Savard, directeur général adjoint de la Commission scolaire et ancien directeur de l’École le Sommet

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