Habiletés TIC des élèves : à qui la responsabilité?

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Les 2 et 3 mai derniers se tenait à Montréal le Colloque international en éducation organisé par le CRIFPE. Patrick Giroux y a parlé du regard de futurs enseignants sur l’importance des compétences TIC et à qui ils attribuent la responsabilité de ce développement.

 

Patrick Giroux est professeur au département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Chicoutimi. Il a participé à une étude visant à déterminer à qui les futurs enseignants du Québec attribuent la responsabilité du développement des habiletés TIC des jeunes. Ses collaborateurs étaient Mathieu Gagnon (Université de Sherbrooke), Christophe Gremion (Institut fédéral des hautes études en formation professionnelle, Suisse) et Samuel Heinzen (HEP-Friboourg, Suisse).

 

Il a débuté sa présentation au Colloque en rappelant que « les TICs sont devenues un support de vie social pour les jeunes du Québec. De plus, ils sont exposés quotidiennement à une tonne d’information. » Il a également exprimé le fait que pour que nos jeunes développent les bonnes compétences dans l’utilisation des TIC, les adultes ont un rôle à jouer. Cependant, les études montrent qu’intégrer Internet et TIC à l’école, c’est tout un défi. D’un côté, les jeunes dénoncent le trop peu d’intégration au quotidien. « Selon ceux qui ont été interrogés, l’utilisation serait d’une heure par semaine au maximum. Considérant l’existence de classes où chacun a un iPad ou un ordinateur portable, etc., ça veut dire qu’il y a des classes où on ne touche pas du tout aux technologies. »

 

Pourtant, il a été démontré, selon M. Giroux, que les jeunes passent de 20 à 26 heures sur Internet par semaine. « Si une seule se passe à l’école, cela signifie que le reste se fait à la maison. Il faudrait donc que les parents aussi soient impliqués dans l’éducation technologique des jeunes », explique Patrick Giroux, rappelant que dans certains pays où les jeunes n’ont pas aussi facilement accès à la technologie, son intégration à l’école aide à lutter contre les inégalités sociales.

 

Dans le cadre de sa recherche, il a trouvé que les futurs enseignants se considèrent outillés pour utiliser efficacement les TICs. Mais quand on mesure leurs compétences, on constate qu’elles sont déficientes. Par exemple, on note un écart entre leur perception de compétence en recherche sur Internet par rapport à la réalité. Même chose du côté de l’exercice de l’esprit critique. Sachant que la société attribue la responsabilité du développement de ces compétences à l’école, « on peut douter de sa capacité à relever ce défi », craint M. Giroux.

 

Il considère que des actions s’imposent. Avec son équipe, il a voulu démontrer l’écart entre la perception et la réalité. Ainsi, ils ont interrogé 328 futurs enseignants, dont l’âge moyen était de 22 ans, et dont 82,3 % parlaient français. Résultats : ils sont mobiles, branchés et « sociaux ». Pourtant, quand on leur demande s’ils considèrent qu’il est de leur responsabilité d’éduquer leurs élèves à ce sujet, dans certains cas, un pourcentage important de répondants ne peuvent même pas se prononcer. C’est le cas, par exemple, pour des sujets comme les wikis, les outils collaboratifs, le partage sur les réseaux sociaux, la syndication RSS, la cyberintimidation, la nétiquette, les logiciels libres, les droits d’auteur, la cyberdépendance, etc.

 

Quand on leur demande ce qui est le plus important d’enseigner aux jeunes, selon eux, on obtient des pourcentages élevés sur des aspects comme l’utilisation du courriel, du traitement de texte, du tableur, du logiciel de présentation, juger de la crédibilité de l’information sur Internet et la protection de l’identité. Par contre, ils trouvent peu important de leur enseigner le blogue, l’édition d’un wiki, l’utilisation des appareils mobiles, la veille informationnelle, etc.

 

Alors qui, selon ces futurs enseignants, serait responsable du développement de ces compétences chez les jeunes? Comme l’a expliqué Patrick Giroux, de nombreux répondants ne savent pas. Ils identifient leur responsabilité au niveau d’outils qu’ils utilisent eux-mêmes, les outils traditionnels, ceux qui les touchent. Pour plusieurs, apprendre à utiliser le Web 2.0, les wikis, la mobilité ou les réseaux sociaux, ça relève des jeunes eux-mêmes. Ils trouvent que les parents devraient intervenir au niveau de la protection de l’identité, des arnaques, de la cyberintimidation et des bonnes manières en ligne.

 

Patrick Giroux a dit trouver préoccupant le fait que les futurs enseignants ne puissent se prononcer et aient une vue aussi limitée du rôle de l’école dans le développement des compétences TIC des élèves. Cependant, il pose une limite à l’étude : les répondants sont encore en formation, il espère que leur vision peut peut-être changer…