La conscience phonologique en contexte multilingue

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Les 21, 22 et 23 mars derniers se tenait le congrès international des troubles d’apprentissages. Présenté par l’Institut des Troubles d’Apprentissage, anciennement l’AQETA, ce sont plus de 1400 congressistes qui ont vécu conférences, ateliers et dîners causerie dans un but commun de s’outiller davantage pour adoucir le quotidien des gens vivant avec les défis liés aux troubles d’apprentissage.

Un atelier auquel j’ai pris part est celui intitulé Conscience phonologique en contexte multilingue. Donné par Marie-Laure Filion et Édith Lambert-Bonin, cet atelier présentait les assises du langage et de l’utilisation de la bouche selon la langue parlée. Les informations présentées étaient très intéressantes même pour les enseignants travaillant avec des élèves dont la langue maternelle est le français.

Développement de la conscience phonologique

La connaissance des sons commence bien plus tôt que la fréquentation scolaire. Avant de commencer à parler et à communiquer, les enfants sont familiarisés avec les différents sons qui les entourent, notamment ceux de leur langue maternelle. Les habiletés qui servent au développement de la conscience phonologique sont le répertoire du vocabulaire, l’attention auditive, la discrimination auditive, la mémoire auditive ainsi que le traitement séquentiel. Qui plus est, il va de soi que le développement de ces habiletés influence grandement l’apprentissage d’une langue seconde.

Tel que présenté par mesdames Filion et Lambert-Bonin, les phonèmes sont la « plus petite unité acoustique d’une langue ». Ces derniers sont produits à différents endroits de la bouche. En fonction de la personne qui parle, les phonèmes peuvent être prononcés différemment. Il est important de prendre conscience de la manière dont on parle, car cela peut jouer sur ce que les enfants entendent et avoir une influence sur les réponses qu’ils donnent lors des activités de conscience phonologique.

Les caractéristiques de la langue française

La langue française comprend 36 phonèmes, et plus précisément 16 voyelles, 3 semi-voyelles et 17 consonnes. Les défis rencontrés chez les personnes apprenant le français comme langue seconde se retrouvent surtout au niveau des voyelles. Puisqu’il existe des voyelles orales, des voyelles nasales et même des semi-voyelles, il devient complexe pour les personnes dont le répertoire est limité à 3 voyelles orales de les reconnaître, les distinguer et les prononcer.

En français, la voyelle la plus fréquente est le « A ». Celle-ci étant présente dans presque toutes les langues, elle ne représente pas un grand défi. Le « I » suit de près avec le « É ». C’est ce dernier son qu’il est avantageux de discriminer puisqu’il est présent dans la conjugaison des temps de verbe. L’image ci-dessous, tirée du site de Christian Guilbault de l’Université Simon Fraser, présente les endroits où les voyelles sont produites dans la cavité buccale. Pour plus d’information, je vous suggère de consulter la page du Trapèze vocalique du français.

Source: GUILBAULT Christian, SFU

Lorsque des jeunes allophones se joignent à nos classes francophones, ils doivent relever un défi; celui d’apprendre à discriminer les sons ne faisant pas partie de leur répertoire phonologique dominant, puis parvenir à les reconnaître et à les utiliser pour communiquer.

À garder en tête

D’une langue à l’autre, les phonèmes utilisés sont différents. Certaines en contiennent beaucoup, et d’autres moins. Le nombre de phonème de sa langue d’origine aura une incidence directe sur le répertoire phonologique de l’apprenant. Un jeune dont la langue dominante ne possède pas beaucoup de voyelles, par exemple, aura tout un défi lorsque viendra le temps de distinguer les multiples voyelles du français.

Il est important de garder en tête que les allophones qui déménagent en milieu francophone ne partent pas de zéro puisqu’ils ont déjà une sensibilité phonologique. Voici quelques conseils retenus de l’atelier sur la conscience phonologique en contexte multilingue :

  • Exposer les élèves à une variété de phonèmes le plus tôt possible;
  • Tenir compte de l’interférence entre les répertoires phonologiques des différentes langues;
  • Garder en tête que les apprenants peuvent avoir de la difficulté à « distinguer certains phonèmes qui ne font pas partie du répertoire de leur langue dominante ».

Pour aller plus loin, le site Langues et Grammaires en (Île de) France présente des fiches-langues très intéressantes sur les contrastes entre les langues listées et la langue française. De plus, le site Francisation phonétique présente les voyelles et consonnes du français et offre des exercices ainsi qu’un test de discrimination auditive.

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