[Dans l'oeil du directeur] Lorsqu’il est question de leadership à l’école, on fait le plus souvent référence à la direction. Oui, on s’attend d’une direction d’école qu’elle soit un leader dans son milieu. Or, doit-elle être le seul leader à bord? Et si le leadership, ce n’était pas tout à fait cela? Une réflexion de Marc-André Girard.
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Lorsqu’il est question de leadership à l’école, on fait le plus souvent référence à la direction. En effet, dans l’esprit de plusieurs, le leadership relève principalement de la direction. Ce cliché est renforcé par tous, autant par les parents, les enseignants et la direction elle-même. Et si le leadership, ce n’était pas tout à fait cela?

Oui, on s’attend d’une direction d’école qu’elle soit un leader dans son milieu. Or, doit-elle être le seul leader à bord? Répondre oui à cette question peut avoir l’effet néfaste de créer des attentes indues envers la direction, mais peut aussi déresponsabiliser un individu face à ses propres capacités de leader et à son rôle à jouer au sein de l’école. Le leadership a cela de nébuleux : on observe ses manifestations, sans tout à fait en comprendre ses fondements. Il a été étudié sous toutes ses coutures par les universités, les auteurs, l’armée, les organisations politiques, etc. À ce jour, quelques centaines de définitions et plusieurs types de leadership sont répertoriés. Toutefois, il n’existe aucune recette de leadership parfait car le contexte joue un rôle prépondérant, tout comme les traits personnels du leader. Pour les uns, je suis un véritable leader en éducation, alors que pour les autres, c’est tout le contraire. Le contexte et la personnalité entrent en ligne de compte, mais aussi la perception des autres du leadership que nous dégageons. En effet, il y a une dimension subjective à tout cela. 

En toute humilité, je peux donner raison à ces derniers : il y a effectivement des contextes qui font en sorte que je n’exerce possiblement pas un leadership à la hauteur des attentes; par exemple lorsque je me place en mode observation. Contrairement à ce que l’on peut penser, être un bon leader est parfois de savoir s’effacer au profit des autres ou leur laisser le plancher au moment opportun. Je n’éprouve ni le besoin d’être hyperactif, ni de bénéficier de la faculté d’ubiquité. Savoir faire confiance me suffit (même si ce n’est pas toujours facile) et faire les suivis nécessaires en cours de route me semble incontournable. 

Contrairement à ce que l’on peut penser, être un bon leader est parfois de savoir s’effacer au profit des autres ou leur laisser le plancher au moment opportun.

Mon travail n’est pas de régner en tant que leader suprême, unique et inconditionnel de mon organisation. Non! Mon rôle est de permettre à tous d’exercer le leadership dans la mesure et au moment qui leur convient. 

Plusieurs directions pourraient se sentir menacées par l’émergence d’autres leaders dans leur entourage organisationnel. Pour certains, le leadership ne se partage pas, c’est une menace au contrôle qu’ils doivent exercer. J’ai déjà travaillé avec des directions qui se sentaient envahies par les initiatives de leurs collègues ou des parents. J’ai également travaillé avec des enseignants qui se sentaient menacés par les initiatives de leurs élèves, craignant que ces derniers minent leur autorité dans la classe. Il y a de ces gens qui ont besoin d’être le seul phare dans l’institution qu’ils dirigent. Bien placés dans les hauteurs, avec une vision sans embûches, ils peuvent exercer leurs fonctions en étant pleinement en contrôle.

Comment je vois le leadership scolaire

Sans m’appuyer sur des données scientifiques, je ne vois pas les choses du même œil. Pour moi, être à «hauteur d’homme», naviguant dans la complexité entre les préoccupations, les orgueils (incluant la mienne) et les personnalités de chacun est un défi qui j’aime relever.En mon sens, cela permet de créer un environnement scolaire mobilisateur. Au lieu de diriger des exécutants, je travaille avec des collègues à la poursuite du bien commun, avec celui de l’élève en tête. Nous travaillons avec une mentalité d’égal à égal, sans égard à la fonction que nous exerçons. Mon travail est de prendre des décisions et, parfois, je dois le faire de façon unilatérale. Les personnes que je dirige comprennent cela car mon souci constant de travailler en collaboration est présent à leur esprit, et ce, même si je dois mettre mon pied à terre par moment! 

Je vois mon rôle de leader comme celui qui doit permettre à d’autres leaderships de naître et de croître ; celui des autres directions, des enseignants, du personnel de soutien, des partenaires, des parents et, évidemment, des élèves. Je sème des graines de leadership autour de moi et je m’assure que le terreau soit assez fertile pour que ces graines puissent donner lieu à des initiatives porteuses, au respect des orientations et du projet éducatif de l’école. Je suis conscient que je n’ai pas le monopole des idées,que d’autres que moi peuvent utiliser leurs propres forces en contexte de collaboration en milieu scolaire.

Le leadership pédagogique n’a pas à être envisagé sous une perspective de divisibilité, mais plutôt de multiplicité. On ne divise pas son leadership par un nombre X de personnes au sein de l’école, on le multiplie entre toutes ces personnes. C’est ainsi qu’on crée un milieu scolaire fort, visionnaire et inclusif de tout ce que chacun a à apporter. À mon sens, il est erroné de croire que les gens autour de soi amenuisent les perspectives de leadership. Au contraire, le potentiel créatif de la contribution de chacun crée l’adhésion, élément essentiel de tout leadership transformationnel, mais surtout, des occasions d’innovation.  

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