Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien!

Le coin du directeur : Marc-André Girard parle aujourd'hui du danger de ne pas considérer le développement professionnel en éducation comme faisant partie intégrante de la carrière d'un enseignant ou d'une direction. « Je sais ce que je sais et j’en connais beaucoup. Mais est-ce suffisant ? Je l’ai souvent dit : en éducation, le plus dangereux est de croire que l'on sait tout sur sa profession. »

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Traduction anglaise automatisée - des erreurs (parfois hilarantes) peuvent se glisser! 😉

Je sais ce que je sais et j’en connais beaucoup. Mais est-ce suffisant? Pour plusieurs, peu importe leur champ d’activités professionnelles, cela suffit. En effet, une partie de ce qui définit un professionnel, c’est d’en savoir davantage que le commun des mortels sur ledit champ d’activité. Or, pour d’autres, ceci est insuffisant, car ce qu’ils savent par-dessus tout, c’est qu’ils ne savent pas tout! En fait, plus on en sait, plus on réalise qu’on en sait bien peu! Bref, l’étendue de nos connaissances aide à la prise de conscience de notre propre ignorance. Ouf! 

Je l’ai souvent dit : en éducation, le plus dangereux est de croire que l’on sait tout sur sa profession. Rappelons-le sans détour : la formation initiale initie l’enseignant à la profession. C’est la formation continue qui lui permettra de s’épanouir pendant 35 ans de carrière auprès des élèves, à travers les diverses mutations sociales. 

Et pour ce que je ne connais pas encore? Je prends le temps et l’énergie pour le découvrir, une bouchée à la fois, à un rythme qui varie selon les individus, lequel est dicté non seulement par la nécessité d’acquérir des connaissances (apprendre pour savoir), mais surtout pour les réinvestir dans la pratique (apprendre pour agir). Ainsi, dans la mesure du possible, je m’évertue à faire rayonner mon école en permettant aux autres d’en profiter. Les autres, ce sont mes collègues et les partenaires de l’éducation des jeunes confiés à mes bons soins : l’équipe-école, les parents, la communauté, etc. 

Lorsqu’il est question de la « mesure du possible », il faut comprendre qu’on ne peut agir que sur sa propre volonté d’apprendre et de se développer professionnellement. Faire quelques pas réguliers en ce sens, c’est un excellent début. Cependant, pour espérer pouvoir rayonner sur son milieu et initier un potentiel effet domino, il y a plusieurs autres choses à prendre en considération. En voici quelques-unes :

  1. Culture organisationnelle : y a-t-il des mécanismes de partage entre collègues? Les collègues sont-ils ouverts à ce genre de partage? 
  2. Ouverture de la direction : il existe des directions qui craignent ceux qui rayonnent et qui tentent de limiter les occasions de développement professionnel en ce sens. Heureusement, le contraire est aussi vrai, d’autres croient qu’un enseignant qui rayonne permet à d’autres enseignants de faire de même et ainsi, d’assurer le rayonnement de l’école et de sa communauté, au bénéfice des élèves;
  3. La confiance : pour permettre le rayonnement de la connaissance et des pratiques, il y a nécessairement un certain niveau de friction des autonomies professionnelles. La confiance permet à ces zones d’autonomies de s’arrimer pour un temps et ainsi faciliter une collaboration exempte de frictions, rivalités ou orgueil déplacé. 
  4. Le leadership de la direction : il n’existe aucune recette de leadership parfait car le contexte joue un rôle prépondérant, tout comme les traits personnels du leader.

Le cercle vertueux de la formation continue

Nous avons tous l’impression d’être compétents dans nos domaines respectifs. En y pensant bien, le fait de se sentir compétent est insidieux. N’est-ce pas dangereux de prétendre maîtriser parfaitement (ou presque) sa profession? Ne devrions-nous pas tous adopter une posture d’apprenant à vie? Toutefois, en approfondissant nos connaissances et en partageant nos expériences, nous réalisons tous qu’en fait, nous n’en connaissons que très peu sur notre propre profession. Même que, lorsque confrontés à de nouvelles connaissances, nous nous questionnons parfois : « comment se fait-il que je ne savais pas ceci? ».  « Comment ai-je pu intervenir de telle façon auparavant? » En un sens, nous pourrions parler d’un sentiment de saine incompétence lorsqu’on se demande parfois comment on a fait pour mener nos activités dans un cadre scolaire sans avoir eu toutes ces connaissances préalables… Cela n’est pas sans rappeler, en un sens, l’effet Dunning-Kruger (dont j’aurai l’occasion de reparler dans un prochain article).

Heureusement, en prenant le temps de continuer à se former, on a tendance à diminuer ce sentiment désagréable et recommencer à se sentir compétent. Ainsi s’initie ce cercle vertueux qui nous démontre que nous en avons tous à apprendre et qu’il y a toujours place à l’amélioration dans notre pratique professionnelle. Ce qui importe, c’est de réinvestir ces apprentissages aussitôt que possible. 

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(c) Marc-André Girard, 2020

Ainsi, le principal défi professionnel qui se pose est de tenter de diminuer la brèche qui s’ouvre entre l’étendue de ce que nous connaissons et la somme des connaissances reliées à notre champ d’expertise. S’il est impossible de tout savoir et qu’il faut admettre qu’il y aura toujours une part d’ignorance professionnelle, il n’en demeure pas moins qu’il est de notre responsabilité de prendre les mesures nécessaires pour réduire ladite brèche. 

Contrairement à ce qui est souvent véhiculé en éducation, ce qui importe, ce n’est pas ce qu’on possède en termes de matériel didactique (manuels, cahiers, etc.) ou technologique (ordinateur, Internet, etc.). Ce n’est pas non plus l’environnement socioéconomique dans lequel notre école est implantée. Ce qui importe, c’est ce que nous savons et, surtout, ce que nous savons faire avec ce que nous avons. 

En fait, je précise : ce qui compte n’est pas ce que nous savons, mais bien ce que nous ne savons pas. Cela nous force à être curieux et à toujours vouloir en savoir plus pour pouvoir faire mieux ce que l’on fait déjà bien (pour citer mon collègue Jacques Cool). Ce que nous savons est une goutte; ce que nous ignorons est un océan. En ce sens, Socrate avait bien raison : « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien »!

« Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien. »

Socrate

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À propos de l'auteur

Marc-André Girard
Marc-André Girard est détenteur d’un baccalauréat en enseignement des sciences humaines (1999), d’une maitrise en didactique de l’histoire (2003) et d’une maitrise en gestion de l’éducation (2013). Il est actuellement doctorant en administration scolaire. Il s’est spécialisé en gestion du changement en milieu scolaire ainsi qu’en leadership pédagogique. Il s’intéresse également aux compétences du 21e siècle à développer en éducation. Il occupe un poste de direction dans une école primaire publique et donne des conférences sur le leadership en éducation, les approches pédagonumériques, le changement en milieu scolaire ainsi que sur la professionnalisation de l’enseignement. Il a participé à des expéditions pédagogiques en France, en Finlande, en Suède, au Danemark et au Maroc. En septembre 2014, il a publié le livre « Le changement en milieu scolaire québécois » aux Éditions Reynald Goulet et, en 2019, il a publié une trilogie portant sur l'école du 21e siècle chez le même éditeur. Il collabore fréquemment à L’École branchée sur les questions relatives à l’éducation. Il est très impliqué dans tout ce qui entoure le développement professionnel des enseignants et des directions d'école ainsi que l’intégration des TIC à l’éducation. En mars 2016, il a reçu un prix CHAPO de l’AQUOPS pour l’ensemble de son implication.

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