et Audrey Miller
Dans un contexte où les milieux scolaires font face à des défis multiples, bien-être des élèves, engagement, gestion des écrans, intégration de l’intelligence artificielle, pression sociale et attentes parentales, la question n’est plus de savoir si l’on doit travailler autrement, mais comment le faire ensemble. Lors de sa conférence au Colloque Clair 2026, Stéphanie Dionne a rappelé que l’impact du numérique en éducation dépend avant tout de la qualité des relations.
Stéphanie est directrice du développement et des relations avec les membres avec l’École branchée. Elle fait partie des professionnelles de la Clinique MANA, où elle accompagne les parents, leurs enfants et ados, vers une saine gestion des écrans à la maison.
Son message est clair : plus que jamais, la coéducation et la relation famille-école doivent être au cœur des pratiques.
L’agentivité : un moteur de transformation
Au centre de son propos se trouve un concept pivot : l’agentivité. Bien plus qu’un passage à l’action, l’agentivité est une posture : savoir lire son environnement, repérer ses marges de manœuvre et agir pour améliorer la situation.
Comme elle l’exprime :
« L’agentivité, c’est une capacité humaine. C’est notre capacité humaine à vivre, à comprendre notre environnement, à détecter les situations, à voir qu’est-ce qu’on pouvait améliorer puis à notre façon selon nos moyens, nos capacités d’agir sur ces situations-là. »
Imaginez par exemple deux jeunes filles dont l’estime de soi a été broyée par les rouages du système traditionnel. Pour Kelly et Anne-Marie, élèves au CFER de Bellechasse, la programmation robotique a dépassé le cadre technique pour devenir un véritable levier de confiance en soi. En remportant un prix pour la meilleure programmation, elles ont prouvées que le succès se construit à travers des expériences positives encouragées par des enseignants qui leur font confiance..
C’est ici que s’incarne l’agentivité. Dans un système parfois marqué par le sentiment d’impuissance, cette perspective redonne du pouvoir d’agir aux enseignants comme aux élèves. Elle ouvre un espace où chacun peut devenir acteur du changement plutôt que simple exécutant de directives ou consommateur de technologies.
L’intégration technologique exige toutefois une posture particulière de la part du personnel enseignant :
« Si vous voulez faire de la programmation, soyez prêt à faire confiance à vos élèves parce que c’est ensemble que vous allez réussir. »
Dans l’exemple, l’enseignante Élise Croteau a dû accepter de ne pas tout maîtriser pour faire « sincèrement confiance » à ses élèves. C’est cette confiance qui a libéré l’espace nécessaire à l’éclosion de leurs capacités insoupçonnés. En définitive, le pouvoir d’agir ne prend tout son sens que lorsque la technologie s’efface derrière le projet pédagogique, laissant l’humain occuper le premier plan.
Le numérique : un levier profondément humain
À travers d’autres exemples concrets, Stéphanie a insisté sur le fait que le numérique n’est pas une fin en soi, mais un levier pour différencier l’enseignement, valoriser les forces de chacun et renforcer l’estime de soi. Parmi les exemples mentionnés :
- Au-delà des murs : Grâce à l’École en réseau, des élèves de 2e année ont collaboré via visioconférence sur le projet des « animaux fantastiques ». En partageant leurs récits descriptifs avec des pairs éloignés, l’écriture est devenue une mission sociale et motivante, prouvant que la technologie peut amplifier la portée de la voix de l’enfant.
- La posture avant la technique : Le cas d’Yves Chantal est très évocateur. Enseignant en fin de carrière, il utilisait un simple téléphone à rabat dans sa vie personnelle, mais possédait une véritable « flamme pour apprendre ». Son exemple prouve que la posture pédagogique et le désir d’évoluer l’emportent toujours sur la maîtrise technique pure.
- L’IA et Minecraft pour l’autonomie : L’intelligence artificielle générative, loin d’être une menace, devient une alliée pour créer des défis de codage personnalisés sur Minecraft. Pour l’élève rapide qui a soif de défis, cela répond à un besoin d’autonomie immédiat, permettant à l’enseignant de se consacrer à ceux qui ont besoin d’un soutien plus serré.
L’innovation émerge d’une volonté de diversifier les contextes d’apprentissage pour que chaque élève trouve sa voie.
Dans un monde façonné par des algorithmes, la qualité des interactions humaines devient un facteur déterminant d’équilibre, selon Stéphanie Dionne, qui estime d’ailleurs, comme elle l’a mentionné à plusieurs reprises, que « les enjeux à l’ère du numérique, ils sont d’abord humains et relationnels. »

Coéducation : bâtir un véritable partenariat famille-école
La conférence a aussi mis en lumière l’importance de la relation école-famille. Quand la communication est positive, on peut relever les enjeux les plus sensibles comme tes usages numériques en éducation surtout quand la gestion des écrans à la maison est déjà complexe.
« Ce n’est pas possible qu’un parent ne voit pas l’impact positif que vous avez sur leurs enfants quand vous avez des usages pédagogiques qui transforment les contextes d’apprentissage comme ceux dont j’ai le privilège d’être témoin. Il faut qu’on trouve nos mots, qu’on puisse se parler et s’allier. »
L’objectif n’est pas de blâmer, mais d’ouvrir un dialogue. La coéducation implique de reconnaître le rôle central des parents et de les accompagner pour qu’ils redécouvrent leur pouvoir d’influence sur les usages numériques de leurs jeunes.
Dans le contexte actuel, marqué par l’omniprésence des écrans et l’accélération des innovations technologiques, cette alliance devient essentielle. La cohérence entre les messages de l’école et ceux de la famille constitue un levier majeur pour favoriser l’autonomie, le discernement et l’équilibre.
Des outils concrets pour accompagner les familles
Pour soutenir cette collaboration et transformer ces habitudes vers un usage des écrans réfléchi et équilibré, deux pistes pratiques ont été proposées : la « question magique » et la technique du GPS.
En effet, Stéphanie Dionne a créé le premier programme d’accompagnement destiné aux parents et leurs enfants qui a été évalué grâce à la collaboration du Dre Mélissa Généreux, médecin spécialiste en santé publique, et de la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ).
La « question magique »
Afin de sortir d’une posture de contrôle et du mode « police des écrans », une question centrale peut guider l’intervention :
« Qu’est-ce que je souhaite sincèrement de tout mon cœur, pour ces enfants-là, pour mes enfants, pour ces élèves-là? »
Cette intention permet de recentrer l’intervention sur le développement global de l’enfant plutôt que sur la simple gestion du temps d’écran.
La technique du GPS
C’est un cadre simple, structurant et transférable qui permet aux jeunes de développer un usage réfléchi et équilibré en plus de développer leur autonomie est articulé autour de trois questions :
- Qu’est-ce que tu vas faire? (Intention)
- Jusqu’à quand? (Temps)
- Qu’est-ce que tu vas faire après? (Transition)
L’élément de transition, souvent négligé, apparaît comme essentiel pour développer l’autorégulation et prévenir les conflits.

Un autre des outils utilisés dans le programme aide les jeunes à autoévaluer leur satisfaction à l’égard de leur vie selon huit aspects : le sommeil, l’alimentation, les relations, la motivation, l’attitude, les émotions, les résultats scolaires et la variété des intérêts. Au terme de l’exercice, les jeunes sont invités à identifier trois aspects qu’ils souhaitent améliorer. Il s’agit non seulement d’un élément de motivation, mais aussi d’un guide pour encadrer les usages des écrans, tout comme les activités hors écran.
Les résultats de l’intervention menée auprès des familles sont significatifs : les usages dits « problématiques » sont passés de 17 % à 0 % chez les familles suivies, tandis que les usages sains sont passés de 25 % à 83 %. L’approche a été particulièrement appréciée, puisqu’elle est axée sur le bien-être et propose des outils simples et concrets. Certains participants de l’étude ont même dit qu’il y a eu un « avant » et un « après » leur utilisation.
Amplifier l’humanité
En conclusion, la responsabilité de l’éducation au numérique ne repose ni uniquement sur l’école ni uniquement sur la famille. Elle est partagée. Et elle exige une posture lucide face aux mécanismes d’attraction des plateformes.
« Ils sont programmés (en parlant des jeux vidéos et des plateformes de réseaux sociaux) pour qu’on reste accroché, pour avoir notre attention, pas pour qu’on décroche. Et je trouve que c’est la raison la plus importante pour laquelle on a besoin d’amplifier notre humanité. »
Ce rappel prend tout son sens dans le contexte actuel. Alors que les technologies évoluent rapidement, l’enjeu fondamental demeure le même : développer des humains capables de discernement, d’équilibre et d’agentivité.
La coéducation, appuyée sur une communication authentique et une vraie collaboration, est essentielle pour apprendre à naviguer à l’ère du numérique.
Une conférence à voir, à revoir ou, pourquoi pas, à recevoir dans votre école :








