Voir Clair et inspirer le changement

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Programmation Clair 2019

J’ai eu l’immense honneur de prendre part, en tant que participante et conférencière, à la 10e édition du colloque Clair, voir l’éducation autrement.

10 éditions de Clair, déjà! Tout a commencé en 2010. Vous faisiez quoi, vous, fin janvier 2010? Personnellement, je ne m’en souvenais plus du tout. J’ai donc parcouru mes photos numériques, toutes bien classées par date, et j’ai rapidement trouvé que j’étais en train de peinturer les murs dans ma maison toute neuve! Je n’étais donc pas à Clair.

Malgré tout, le 25 janvier 2019, j’ai été invitée à replonger les participants dans l’histoire de ce colloque vibrant, qui est intimement liée aux grands changements que vit l’éducation ces temps-ci. Mon intention lors de cette conférence était double : rappeler de bons souvenirs aux habitués et aider les « nouveaux » à comprendre l’origine de l’incroyable vibe qui entoure cet événement.

Et pour ceux qui n’ont pas une heure pour tout écouter, j’ai réécris juste en-dessous certaines grandes lignes de mes propos.

Au départ, un élément déclencheur

Savez-vous comment est né le colloque Clair – Voir l’éducation autrement? Je vous raconte très brièvement l’un des éléments déclencheurs.

Clair 2010

Mario Asselin, qui est membre du comité organisateur de Clair, a participé à une visite en 2009 de la Science Leadership Academy de Philadelphie. C’est une école secondaire publique où l’élève est constamment en action. Le programme s’appuie sur l’apprentissage par enquête et l’usage du numérique. Mario en a parlé à son ami Roberto Gauvin, directeur du Centre d’apprentissage du Haut-Madawaska (CAHM) jusqu’à l’an dernier. Il pensait que son école, qui avait une philosophie semblable, était elle-aussi rendue à ouvrir ses portes et à accueillir la communauté éducative pour montrer ce qui s’y faisait. Et environ 3 mois après la formation du comité avait lieu la première édition de Clair!

Des gens se sont rassemblés dans ce petit village du nord du Nouveau-Brunswick et sont venus découvrir et partager des initiatives et des réflexions en vue d’amorcer ou de soutenir des changements dans leur propre milieu.

Avant tout, c’est un colloque qui est né d’un désir d’inspirer le changement.

J’ai fait un parallèle avec une théorie fort intéressante utilisée entre autres en marketing, celle de la persuasion. Selon cette théorie, on peut initier un comportement si 3 conditions sont remplies :

  • La présence de motivation
  • L’aptitude à agir
  • Le déclencheur

Voyons comment ça s’applique à la situation. La motivation de l’équipe du CAHM était de vouloir inspirer le changement. Ils avaient l’aptitude d’agir puisqu’ils avaient un lieu à offrir, leur école, où toutes les conditions gagnantes étaient réunies. Et le déclencheur a été les encouragements du comité organisateur dès le départ.

Un colloque aux accents technologiques

Les premières années, Clair était souvent perçu comme un colloque axé sur la technologie, particulièrement par ceux qui n’étaient jamais venus.

D’ailleurs, j’ai profité de ma conférence pour ramener les gens encore plus loin avant le début de Clair, à l’époque de la naissance de technologies et services qui nous semblent exister depuis toujours aujourd’hui!

  • 1972 : C’est l’invention du courriel. Une révolution de la communication asynchrone! On le délaisse parfois aujourd’hui au profit des réseaux sociaux, mais il facilite grandement nos communications.
  • 1984 : L’ordinateur portable, avec sa petite taille et son autonomie d’énergie : son avènement en 1984 rend possible le travail mobile, mais aussi l’apprentissage mobile. Ça a été pas mal long avant de les voir couramment dans les écoles, mais ça s’en venait!
  • 1996 : L’avènement de la messagerie instantanée, dont l’un des précurseurs est l’application ICQ. On pouvait maintenant communiquer facilement par écrit en temps réel.
  • 1997 : Le Wi-Fi n’a pas toujours existé! Son arrivée en 1997 a bouleversé la notion de frontière : apprendre partout et en tout temps devenait désormais possible!
  • 1998 : Google, si indispensable pour plusieurs (dont moi!), est né en 1998. C’est aujourd’hui bien sûr beaucoup plus qu’un moteur de recherche.
  • 2004 : Le fameux Facebook, qui semble poser autant de problèmes qu’il permet d’en solutionner, est débarqué dans nos vies en 2004. Complètement bloqué dans les milieux scolaires à son arrivée, son utilisation est maintenant de plus en plus autorisée.
  • 2005 : YouTube est le 2 ou 3e site le plus visité au monde, selon les sources. Cette plateforme facilite l’usage de la vidéo comme soutien à l’enseignement et à l’apprentissage. En plus, c’est facile d’y déposer les vidéos qu’on crée soi-même, par exemple dans une dynamique de classe inversée.
  • 2006 : Twitter, un réseau chouchou pour plusieurs personnes ici, est un outil de développement professionnel extrêmement intéressant pour les enseignants. De nombreuses classes y possèdent aussi un compte et collaborent, partagent et apprennent ensemble.
  • 2010 : Terminons avec 2010, l’année du premier colloque Clair… et du lancement de l’iPad. Le 27 janvier 2010, soit la veille de l’ouverture du colloque, cette petite tablette était dévoilée. À la fois cahier de notes, liseuse, jeu vidéo, album-photo, interface d’accès au Web, étui à crayon garni de toutes les couleurs et de tous les types de crayons et de pinceaux qu’on peut imaginer, dictionnaire, traducteur, encyclopédie, calculatrice, montre, téléphone, messagerie texte et vidéo, bibliothèque infinie, appareil-photo, enregistreuse audio, caméra vidéo, studio de montage, portfolio, télévision, atlas, carte routière du monde entier et encore beaucoup plus… Pas étonnant qu’elle trouve si bien sa place dans les classes, et somme toute pas si étonnant qu’on y passe autant de temps chaque jour dans notre vie personnelle…!

Leadership et place aux élèves

Comme François Guité l’a dit sur la scène de Clair en 2011 :

« Si l’école ne sait pas intégrer les TIC, les TIC sauront intégrer l’éducation ».

Il invitait déjà le milieu à prendre le taureau par les cornes, à embrasser le changement pour le mettre au service de l’éducation, afin que ce ne soit pas le contraire qui se produise.

On peut dire que le CAHM sait le faire! C’est un endroit où on peut effectivement faire plein de découvertes technologiques avant-gardistes. On peut d’ailleurs se demander comment ça se fait qu’une si petite école a pu se procurer autant de matériel de pointe? Le personnel s’accorde pour dire que ça ne s’est pas fait du jour au lendemain. C’est un travail acharné. Il y a eu une foule de demandes faites à différents programmes et organismes. En plus, il semble qu’« on ne dit pas non si facilement à M. Gauvin »! Son leadership y est assurément pour quelque chose.  

Le Labo créatif CAHM
Le Labo créatif du CAHM

Au cœur du CAHM, on trouve le Labo créatif. La première fois que j’y suis entrée, j’ai été émerveillée, mais j’ai eu un peu peur en même temps. Je pensais aux enseignants qui arrivent dans cette école pour y enseigner… Chose certaine, ceux qui préfèrent attendre de maitriser les outils avant de se lancer en projet avec les élèves ne seraient pas à l’aise ici!

D’ailleurs, une enseignante m’a déjà confié qu’elle ne sait pas comment tout ce qu’on trouve dans le Labo créatif fonctionne. Et que c’est très bien comme ça. Elle laisse ses élèves être les experts des moyens qui captent leur intérêt, et elle se concentre à demeurer l’experte en pédagogie. Après tout, l’important est toujours d’avoir une intention pédagogique en tête. Ensuite, dans les moyens pour l’atteindre, les élèves ont des choix.

Un colloque au rythme de la pédagogie

Au fil des ans, on a vite remarqué que le succès du colloque Clair n’était pas centré sur les machines. En fait, c’est la pédagogie avant tout qu’on vient y découvrir.

D’ailleurs, l’époque du « pour ou contre » le numérique à l’école est révolue. Aujourd’hui, c’est plutôt le comment et le pourquoi qui sont importants. La recherche en éducation démontre de plus en plus la pertinence des outils numériques en soutien à l’apprentissage. Il demeure de nombreux défis, certes, mais c’est aujourd’hui difficile de mettre de côté les avantages.

La recherche donne des pistes importantes quant aux usages pédagogiques du numérique à privilégier. Mais il ne faut pas oublier que lorsqu’il est question d’êtres humains, d’élèves ou d’enseignants ayant des bagages et des contextes forts différents, c’est toujours difficile de parler de preuves irréfutables ou de lois universelles. Malgré tout, les bénéfices relevés dans de nombreuses études récentes ont quelque chose de rassurant.

On entend souvent dire que le numérique va faire de nous des robots. Que les gens ne se parlent plus, n’ont plus de contacts humains. Ils deviennent lentement des zombies scotchés à leur cellulaire…

Pourtant, les effets positifs identifiés par la recherche parlent plutôt de développement de la créativité, de la collaboration, de l’empathie, de l’esprit critique, du leadership – de compétences dites du 21e siècle ou globales : toutes des choses qu’un robot risque d’avoir du mal à développer.

On est au cœur d’une importante révolution. C’est normal de mettre du temps à la comprendre et à s’y ajuster. Il faut se donne le droit d’y aller à petits pas, mais il ne faut surtout pas reculer.

Un colloque résolument humain

À Clair, on voit très peu de gens qui ont l’air de robots! On remarque plutôt à quel point la communauté est engagée autour de l’école. On sent l’appui des parents, grands-parents et d’autres membres de la communauté et on rencontre d’innombrables bénévoles. Et il n’y a rien de technologique là-dedans. Pourtant, c’est dans l’ADN du colloque depuis ses débuts.

Et que dire des élèves? À l’aise, accueillants, engagés… Ils sont magnifiques et contribuent à créer les plus beaux souvenirs de Clair. Car après tout, c’est pour eux que tous s’y rassemblent chaque année.

On peut l’affirmer haut et fort, Clair est un colloque humain. C’était ma 3e participation en personne en 2019. Je l’ai suivi à distance quelques années, par la webdiffusion, par Twitter. C’était bien, mais loin de ce qu’on vit quand on est sur place.

Pourquoi veut-on tellement aller à Clair?

Pourquoi choisit-on (ou espère-t-on, considérant que les 325 places se sont envolées en 9h cette année!) d’aller à Clair dans son cheminement professionnel? Après tout, l’hôtel le plus proche est à 30 minutes de route, le colloque se tient dans une école de moins de 200 élèves, dans un village de même pas 900 habitants… Ça commence un jeudi soir passé 16h et ça finit un samedi!

Pour décider de venir à Clair la première fois, ça prend un déclencheur. Le déclencheur est ce qui initie une action, nourrit la motivation. Ça peut être intrinsèque, ou extrinsèque (c’est-à-dire venir de soi ou de l’extérieur de soi).

Voici quelques raisons annoncées par les participants cette année.

  • Moi, c’est à cause d’un collègue qui a l’air de faire partie d’une secte tellement il illumine lorsqu’il en revient. J’ai voulu voir par moi-même!
  • Moi, je n’ai pas eu le choix, mon patron a acheté des billets pour tout le monde.
  • Moi, j’étais épuisé de me sentir seul à vouloir faire autrement, j’avais besoin d’aller à la rencontre d’autres gens comme moi.
  • Moi, c’est ma maison pédagogique.
  • Moi je voulais juste voir si j’arrivais à acheter un billet avant qu’il n’en reste plus, et j’ai réussi! 🙂

Certains participants font même la route depuis l’Ontario ou l’Abitibi!

Et si on devenait plus fans les uns des autres?

Pendant ma conférence, j’ai parlé à maintes reprises de l’effet Twitter. En effet, pour plusieurs participants, « participer à Clair, c’est comme marcher dans son fil Twitter ». En effet, nombreux sont ceux qui se sont rencontrés en « vrai » pour la première fois en participant à Clair. Avoir une présence professionnelle sur Twitter permet aussi de continuer à alimenter la motivation des participants longtemps après l’événement.

Après tout, on a tous dans nos réseaux des personnes qui, au quotidien, sont là et peuvent nous inspirer. Et pas seulement dans nos collègues immédiats.

J’ai invité les participants cette année à devenir plus fans les uns des autres.

À cesser de penser « Ah on sait ben, lui! ».

À ouvrir plus souvent leurs portes afin que les autres voient ce qu’ils font.

À reconnaître qu’on peut s’inspirer mutuellement.

S’inspirer, ça ne veut pas dire de reproduire ce que fait son collègue sans rien remettre en question. Ça veut plutôt dire de se nourrir d’expériences variées et de, petit à petit, se construire ses propres déclencheurs… De dépasser lentement le fameux sentiment « ce ne serait pas possible dans mon milieu, on est loin de ça chez nous », ou pire, « j’srai jamais capable ». Ou ce bon vieux syndrome de l’imposteur (« y’a rien d’extraordinaire dans ce que je fais! »). De garder les yeux ouverts pour trouver des clés afin de comprendre sur quel plan on peut agir, comment on peu « agrandir sa propre boîte ». Un pas à la fois.

Je reviens à ce que j’ai dit au tout début. Avant tout, Clair, c’est un colloque qui est né d’un désir d’inspirer le changement.

Voir l’éducation autrement ET empêcher sa flamme de faiblir

Ces temps-ci, j’ai plusieurs amis proches qui pensent à décrocher. Qui sentent leur « flamme » s’éteindre lentement. Ce n’est pas facile être prof. Déjà en 2006, un peu plus de 20 % des enseignants canadiens du primaire et du secondaire pensaient changer de profession à court ou moyen terme.

Je ne pense pas qu’aller à Clair puisse être un remède à cet énorme problème. Mais je fais le souhait qu’un rassemblement comme celui-là continue de rayonner sur la communauté éducative d’ici et d’ailleurs toute l’année durant. Que les liens que les participants y nouent puissent entretenir leur flamme, et qu’on continue tous ensemble à vouloir « voir l’éducation autrement ».

Et pourquoi tant vouloir voir autrement?

Un grand sage néo-brunswickois a répondu un jour :

… Parce que le système aujourd’hui, il marche pour certains élèves, mais il ne marche pas pour tous les élèves.

Et ce grand sage gardait toujours une tortue sur son bureau de directeur pour se rappeler qu’il faut continuer d’avancer, même si c’est un pas à la fois.

En terminant, je tiens à féliciter ce grand sage, nul autre que M. Roberto Gauvin, ainsi que son équipe, pour ces 10 années du colloque Clair. Et je souhaite bon succès également à Mme Claudine Dionne, la nouvelle directrice du CAHM, qui saura assurément garder allumé ce phare de l’apprentissage!

Curieux ou curieuse d’en savoir plus? Plongez-vous dans les souvenirs de cette année en parcourant le fil #Clair2019 sur Twitter!

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