4 ingrédients essentiels pour (enfin) changer le système et rapprocher l’école des élèves

L’École branchée vous présente un double regard sur une conférence de l’expert en éducation, Michael Fullan : celui de notre journaliste Martine Rioux et celui de Laurence Beaunoyer Pinsonneault, directrice d’établissement scolaire au Centre de services scolaire Marie-Victorin.

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Traduction anglaise automatisée - des erreurs (parfois hilarantes) peuvent se glisser! 😉

Par Martine Rioux

L’École branchée vous présente un double regard sur une conférence de l’expert en éducation, Michael Fullan : celui de notre journaliste Martine Rioux et celui de Laurence Beaunoyer Pinsonneault, directrice d’établissement scolaire au Centre de services scolaire Marie-Victorin.

Michael Fullan était de retour en conférence pour les gestionnaires d’établissement scolaire du Québec, le 18 octobre dernier. Fidèle à lui-même, il a répété son appel à l’innovation dans le milieu scolaire, pour faire changer les façons de faire, pour rapprocher l’école des élèves.

La conférence de M. Fullan était présentée en ouverture de la Semaine québécoise des directions d’établissement scolaire (11e édition), et présentée par l’Association québécoise du personnel de direction d’école (AQPDE). Il s’agissait d’une suite de la conférence qu’il avait offerte en mai dernier. Quelque 250 participants s’étaient réunis virtuellement pour l’occasion.

L’expert en éducation est catégorique : « Dans les années 2010, nous avons perdu notre temps. Nous avions commencé à voir qu’il fallait changer le système scolaire pour mieux répondre aux besoins des élèves et nous n’avons rien fait. Aujourd’hui, il est plus que temps de changer de stratégie et d’essayer quelque chose de nouveau ». 

Selon lui, pour y parvenir, nous aurons besoin de quatre ingrédients essentiels : 

  • de nouvelles méthodes d’évaluation (à la fois dans les façons de faire et dans les indicateurs de succès), 
  • de nouveaux objectifs (qui ont du sens pour l’élève, qui repensent sa contribution),
  • de nouvelles cultures (apprentissage en continu, collaboration), 
  • de nouvelles méthodes pédagogiques (mobilisation, mises en application concrètes).

Ces quatre ingrédients qui relèvent de l’humain pourront être combinés aux possibilités offertes par l’intelligence artificielle pour le milieu scolaire (mieux analyser les données sur les façons d’apprendre des élèves, sur leurs résultats scolaires, etc.).

La collaboration au coeur des changements

Pour que ces ingrédients puissent donner des résultats, il est nécessaire de se rassembler, d’interagir les uns avec les autres, d’être à l’écoute. Plus encore, « on n’arrivera pas à changer les choses si on ne collabore pas ensemble. Et, pour bien collaborer, il faut nécessairement que ce soit imbriqué dans la culture organisationnelle », fait valoir le chercheur. Bref, il faut aussi apprendre à collaborer efficacement.

Il a rappelé l’importance d’ouvrir ses horizons pour y inclure autant de points de vue que possible. Ainsi, chacun crée son propre système et peut concrétiser des changements.

Trouver sa propre recette

Personne ne sait exactement ce qu’il faut faire en ce moment. Le monde est plus déstabilisé que jamais et personne n’est à son meilleur. « Nous devons tous nous mettre en mode apprentissage. Nous faisons tous face à du stress. Nous avons tous besoin d’une bonne dose d’empathie. L’importance du bien-être n’aura jamais autant nommé », dit-il.

En même temps, il s’agit d’une occasion extraordinaire pour les leaders des milieux scolaires de s’affirmer et de faire une différence pour l’avenir. Il n’y a pas de recette unique, il n’y a pas de recette idéale non plus. Les réponses viendront de la part de chaque milieu.  

« Les instances publiques ne sont pas celles qui vont diriger le changement. Ce sont les leaders locaux qui doivent le faire. L’avenir nous appartient et nous devons faire changer les choses pour le bien de nos jeunes », soutient-il.

Partout dans le monde, nous entendons un même message : « Nous ne referons plus jamais les choses comme avant. »  Le moment est venu d’innover. Passons à l’action!, tel était le coeur du message de M. Fullan.

Voyons maintenant ce que retient Laurence Beaunoyer Pinsonneault, directrice d’établissement scolaire au Centre de services scolaire Marie-Victorin.


Et si l’école avait déjà toutes les réponses? 

Par Laurence Beaunoyer Pinsonneault, directrice d’établissement scolaire au Centre de service scolaires Marie-Victorin

« Le système de l’éducation a besoin de leaders courageux, empathiques et créatifs pour la prochaine décennie » : voici un des éléments forts que je retiens de la conférence de Monsieur Michael Fullan. Offerte par l’Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE) à ses membres et partenaires dans le cadre de la Semaine québécoise des directions d’établissement scolaire, cette conférence arrivait à point pour raviver les espoirs d’un avenir meilleur en éducation. 

En effet, la situation pandémique représente un moment très important pour l’éveil de leaders prêts à être à l’écoute de la culture de leur école et motivés à raviver la passion pour une pédagogie actuelle. Malgré les efforts d’intégration de la technologie, la bonification du financement, la mise en place d’ évaluations voulant situer les apprentissages des élèves, l’école est plus souvent que nous le souhaitons mal adaptée aux intérêts de ces derniers. 

Durant 75 minutes, le chercheur de renommée mondiale a su garder l’attention de plus de 250 directions voulant s’actualiser et se positionner en ce qui a trait aux éléments clé pour être un bon leader, selon Monsieur Fullan. 

Voici un résumé de la conférence.

Les décisions concernant le système ne doivent pas venir que de la part de nos gouvernements, mais être inversement proportionnelles à la hiérarchie du système, croit M. Fullan. Le monde entier semble être dans un renouveau et une mise en garde s’impose : ne pas répéter certaines erreurs. Il est donc venu le temps de se mobiliser, de s’ouvrir aux innovations en misant sur le bien-être, l’intelligence sociale, la réduction des inégalités et la créativité.

Plusieurs directions et gestionnaires peuvent se poser la question : oui, mais comment? Voici ce que M. Fullan propose :

  • Offrir aux élèves la possibilité de faire un travail ayant un but et une signification pour eux;
  • Favoriser le développement de liens solides avec les adultes et les pairs (relation/appartenance);
  • Apprécier les élèves sous l’angle des acquis;
  • Valoriser leur identité personnelle;
  • Combler leur besoin de contribuer au monde.

En somme, la stratégie globale est de faire la promotion des catalyseurs positifs en diminuant les ondes négatives. 

Pour un développement durable des futurs citoyens

La dernière année a démontré que la santé mentale prenait une place importante dans notre système scolaire. Les cas d’élèves vivant avec de l’anxiété de performance, de la dépression ou des problèmes psychosociaux se multiplient. L’obsession pour les résultats académiques se fait ressentir chez les parents et les jeunes valorisant le résultat quantifié au lieu de la progression. 

M. Fullan a rappelé les valeurs de l’équité et de l’intelligence sociale comme moyens de contrer ces facteurs de stress. Dans le passé, le système a possiblement eu des objectifs d’apprentissages non basés sur les réalités des milieux ou une incapacité à relier les élèves à leur raison d’être pour qu’aujourd’hui, la situation soit telle, avance-t-il. 

L’insécurité émotionnelle a fait résister notre système et a fait perdurer l’enseignement traditionnel, ce qui a rendu les apprentissages parfois ennuyeux ou non engageants pour les élèves. 

Heureusement, les nouvelles avancées au niveau de l’apprentissage profond apportent de nouvelles voies pour redonner le goût d’apprendre aux élèves et ainsi éviter de continuer de creuser les inégalités sociales. 

Nuance (2020), la dernière parution de M. Fullan, tente de répondre à la question : pourquoi certains leaders réussissent et d’autres échouent? Mettre de l’avant les jeunes et leur culture afin de soutenir le développement de créateurs de changement axés sur les élèves est le meilleur pari, selon M. Fullan. C’était d’ailleurs l’objectif de sa précédente conférence à l’AQPDE.

Mettre en place le changement

Mon coup de cœur de cette matinée est assurément l’encouragement à se mobiliser et à s’engager afin de ne pas manquer le moment opportun de créer un système visant le développement durable des futurs citoyens. 

Je suis d’avis que les décisions doivent se prendre près des milieux, de façon locale et en tenant compte de la diversité des élèves. Défi d’envergure, certes, nous pouvons heureusement avoir accès à des résultats de recherches fiables et cohérents nous permettant d’être des experts en posture d’apprenants au quotidien. 

J’ai bien aimé lorsque M. Fullan a rappelé que l’avenir restera imprévisible, non linéaire et que la meilleure façon de s’y préparer est d’être prêt aux multiples changements. Il nous prévient de faire attention aux nombreux facteurs de stress qui ne nous permettent pas d’être à notre meilleur. Les différences d’opinions sont à accueillir afin de réfléchir sur les enjeux de notre milieu et de pouvoir offrir de l’empathie à tout un chacun.

En conclusion, je retiens une fois de plus l’importance de se relever les manches et de travailler en toute cohérence pour la prochaine décennie à venir. Nous ne pouvons recréer certaines erreurs commises dans le passé. De grandes opportunités s’offrent aux gestionnaires pour avoir plus de leadership lorsque les situations sont désorganisées, comme c’est le cas présentement. 

À noter qu’un travail d’équipe a été proposé aux membres de l’AQPDE à la suite de la conférence pour échanger sur les impressions de chacun, se questionner ensemble et se recueillir. Il est toujours agréable de discuter du contenu d’une présentation avec d’autres. L’ensemble a apprécié les propos de M. Fullan, certains concepts sont connus, d’autres moins. Dans tous les cas, des éveils ont été créés ce matin-là. Le désir de se questionner, de repérer les bons outils et d’appliquer les bonnes méthodes de gestion est discuté.

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À propos de l'auteur

Martine Rioux
Après des études en communication publique, Martine a été journaliste pour différentes publications, avant de poursuivre sa carrière comme conseillère en communications interactives chez La Capitale, groupe financier, puis chez Québec numérique, organisme dont elle a pris la direction générale avant de faire le saut comme conseillère politique au cabinet du ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale. Elle est aujourd'hui rédactrice en chef adjointe et chargée de projets spéciaux à l'École branchée. Son rêve : que chacun ait accès à la technologie et puisse l'utiliser comme outil d’apprentissage et d’ouverture sur le monde.

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