Redéfinir la pédagogie pour sauver une petite école : l’histoire de l’école de Borlon

Photo : Allie | Unsplash

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45 élèves de la maternelle à la 6e année du primaire fréquentent l’école de Borlon, en Belgique. Répartis dans deux classes, ils évoluent au rythme d’une pédagogie inclusive, créative et active, à laquelle le numérique offre un riche soutien. L’un de ses enseignants, Jonathan Ponsard, nous a raconté l’histoire de sa transformation à l’occasion d’un atelier virtuel offert par l’AQUOPS le 22 avril dernier. 

Jonathan Ponsard est enseignant au primaire et technopédagogue à TechnoFuturTIC. Je l’ai rencontré lors de mon séjour en Belgique en novembre dernier. L’histoire du virage pédagogique qu’il a d’abord pris dans sa propre classe  d’élèves à besoins spécifiques en milieu urbain, puis établi au sein d’une école en région rurale, a de quoi inspirer. 

Il y a quelques années, en 2015, dans sa classe d’élèves dits à besoins spécifiques (incluant des dys, des hyperactifs, des angoissés, etc.), il a choisi de recommencer. Il a choisi de changer sa perception des enfants, d’effacer cette étiquette qu’ils avaient tous sur le front. Puisque la pédagogie traditionnelle ne fonctionnait pas avec eux, il a travaillé à créer une classe inclusive, à mettre en place une pédagogie alternative, ludique, créative, active et collective. En effet, si les jeunes avaient de la difficulté à faire certaines tâches seuls, pourquoi ne pourraient-ils pas se servir de la force du groupe pour y parvenir ensemble? De plus, l’approche active fait en sorte qu’ils apprennent en faisant, pour réaliser quelque chose. Ceci ouvre des portes d’entrée différentes vers l’apprentissage et suscite la motivation. Bien que la théorie des intelligences multiples soit critiquée, Jonathan Ponsard estime que s’en inspirer permet de cheminer plus facilement  vers le plaisir d’apprendre, et c’est ce qui importe le plus. 

Parmi les autres changements que l’enseignant a apportés, on retient la suppression ou la transformation de ce qui générait du stress chez les enfants, tels les devoirs, les tests, l’horaire, etc. 

La pédagogie transformée à l’échelle d’une école

Depuis 2018, Jonathan travaille à l’école de Borlon, dans la région luxembourgeoise. Cette petite école était menacée de fermeture puisqu’elle ne comptait plus assez d’élèves. Avec une équipe, il a défini un cadre pédagogique inspiré de son expérience pour relancer l’école. Heureusement, ils ont réussi à attirer 9 enfants pour la classe de maternelle, soit le minimum afin d’éviter la fermeture. Au total, à la rentrée 2018, l’école comptait 24 élèves de la maternelle à la 6e année, répartis en 2 classes. 

Leurs objectifs : sauver l’école, faire apprendre autrement (rompre avec la pédagogie traditionnelle), rejoindre tous les élèves, peu importe leurs défis, et  transformer la pédagogie. Les principes qui les guident : apprendre avec les autres, des autres et aux autres.

Chose intéressante, les élèves disposent de 2 heures « d’autonomie » par semaine, c’est-à-dire qu’ils peuvent occuper ce temps à créer quelque chose qui leur tient à coeur. Par exemple, une élève très timide et introvertie a choisi de réaliser une présentation sur le lapin. Elle a préparé le tout pour en faire une présentation sur le TBI et a même apporté son lapin en classe. Ce fut un grand accomplissement pour elle. 

Le numérique comme soutien au projet éducatif

Bien sûr, le numérique est venu en soutien à de nombreux aspects de la mise en place du modèle pédagogique, et sert beaucoup au quotidien aussi. D’ailleurs, l’école de Borlon fait partie du système public, elle doit donc suivre le curriculum (socle de compétences) de la communauté française de la Belgique. Ils ont cependant choisi d’ajouter aussi le programme de développement des compétences du 21e siècle, tel que développé par la chercheure Margarida Romero. 

Pendant son atelier, Jonathan Ponsard a présenté plusieurs exemples montrant l’apport du numérique en soutien à l’organisation scolaire, à l’enseignement et à l’apprentissage. En voici quelques-uns, en vrac : 

  • Mise en place la suite Google pour favoriser le travail collaboratif et la productivité. Cet environnement a été choisi d’abord parce que l’enseignant la maîtrisait déjà bien, ce qui offrait un gain de temps.
  • Dans une activité, les enfants utilisent l’application gratuite Draw your Game pour créer un jeu ludique. Les contraintes de création, par exemple l’intégration d’éléments géométriques, sont annoncées par l’enseignant et se planifient sur papier. Les enfants y travaillent pendant 2 périodes de 50 minutes, puis y jouent sur la tablette pour environ 5 minutes. Ce genre de projet rassure ceux qui craignent l’abus d’utilisation de l’écran, explique l’animateur.
  • Au cours d’un vaste projet, les jeunes ont créé un écoquartier qu’ils ont modélisé avec Minecraft. Encore ici, un grande partie du travail est faite en amont de l’utilisation du jeu. 
  • D’autres projets tirent profit des possibilités de la carte électronique Micro:Bit. Par exemple, une ruche a été installée dans la classe. Elle sera connectée et on pourra y mesurer la chaleur et diverses données. L’école possède aussi une serre qui fonctionne en aquaponie (les plantes se nourrissent des déjections de poissons), ce qui constitue un écosystème complet. 
  • Les jeunes de l’école ont participé l’an passé à la compétition de robotique de la First Lego League (FLL) (au Québec, Robotique First). Pour cela, ils ont dû apprendre le fonctionnement d’un nouveau robot, le Mindstorm. « Mais ce n’est pas grave, le but c’est d’apprendre avec les enfants! »

Des retombées positives pour les élèves comme pour les enseignants 

Parmi les avantages observés par Jonathan Ponsard et ses collègues chez les enfants, on note entre autres l’importance de la motivation et plaisir, l’augmentation de la confiance en soi, l’autonomie dans les apprentissages, le développement de la créativité et l’acquisition plus rapide de compétences qui serviront pour la vie. 

En effet, tel que l’explique l’enseignant, cette approche pédagogique génère énormément de motivation chez les enfants, et il faut la gérer! « Ils sont tellement engagés et stimulés qu’ils s’endorment parfois dès le retour à la maison! Aussi, comme ils ont l’impression de jouer toute la journée, il faut faire un retour réflexif avec eux pour leur faire prendre conscience de leurs apprentissages. »

Bien que l’approche prenne beaucoup de temps à mettre en place au départ, les gains qui en découlent au niveau des enseignants sont aussi importants. Par exemple, le temps d’intégration lors de l’arrivée d’un nouvel enseignant est plus rapide, ils ont du plaisir à enseigner, ils vivent une collaboration positive, ils développent une expertise en différenciation, etc. 

La plus grande difficulté selon Jonathan Ponsard est toutefois de « déformater » les enseignants de l’approche traditionnelle pour les amener à penser en termes de pédagogie active. 

En guise de conclusion, il rappelle que le choix d’une pédagogie centrée sur les enfants permet à ces dernier de réellement être au coeur du processus de construction de la société de demain.


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Audrey Miller
Éditrice de L’École branchée, elle détient une formation universitaire en technologies éducatives et en communication publique. Membre de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), elle couvre particulièrement l'actualité liée au développement professionnel des enseignants, à l'information à l'ère du numérique et à l'éducation aux médias. Elle s'implique dans l'écosystème éducatif, notamment dans l'AQUOPS, Edteq et en tant que membre du comité #Francosphère de l'ACELF.