Ce que je déteste de l’enseignement

Par Alexandre Paradis
Enseignant, Collège de l’Ouest de l’Ile

Contrairement à ce que le titre annonce, j’adore enseigner (au secondaire, dans mon cas). J’ai toujours voulu travailler auprès des jeunes adolescents. Je considère occuper une place privilégiée à leur côté. Encore plus rare, selon moi, la correction est un moment privilégié qui unit l’enseignant avec l’élève et lui permet de le guider dans son parcours et d’être un témoin privilégié de ses réussites (qu’il s’agisse de grands succès ou d’épreuves à surmonter). Il n’en demeure pas moins qu’une tâche ingrate me donne de nombreux maux de tête et entache cette relation privilégiée : leur attribuer des notes. Alors que nous insistons sur l’importance d’adapter nos pratiques pédagogiques, il est temps de remettre en question notre système d’évaluation.

Vous me direz qu’il est contradictoire d’aimer corriger tout en détestant apposer le pourcentage au haut de la copie des élèves. Il n’en est rien. Après avoir passé une étape complète à travailler conjointement à l’amélioration de leurs habiletés dans une atmosphère positive et stimulante, ce chiffre aux conséquences dévastatrices vient ruiner ce bel esprit de collaboration. Pourquoi? Parce qu’à la vue d’un pourcentage, les esprits s’emballent. Certains sautent de joie, d’autres s’affaissent dans leur déprime. Par contre, très rares sont ceux qui osent aborder les vraies questions : quelles sont mes faiblesses et comment puis-je m’améliorer? En effet, que la note reçue soit de 50 % ou de 90 %, le message demeure le même : voici ce que tu maitrises et voici ce que tu dois améliorer. Malheureusement, dans un système centré sur la performance, tout ce qui importe pour les élèves, c’est d’atteindre leur objectif chiffré. Combien de fois me suis-je fait demander qu’on augmente une note? Dans cette situation, on avance rarement que la compréhension de l’élève est supérieure. L’important, c’est l’impact sur leur moyenne, sur leur avenir. Cette obsession pour les chiffres et la moyenne met de côté l’essentiel : apprendre. 

Depuis quelques années, on insiste sur le fait de revoir nos méthodes d’enseignement. Le mot d’ordre est simple : adapter notre enseignement aux compétences du 21e siècle telles que la pensée critique, la créativité et la collaboration. Ce que le marché du travail recherche, ce sont des penseurs capables de créer et d’innover, pas des machines capables de régurgiter de l’information. Le système commence à bouger. Je vois de plus en plus d’enseignantes et d’enseignants motivés à changer leurs pratiques et démontrer de l’enthousiasme à l’idée d’enseigner différemment. Il est possible de personnaliser notre enseignement et l’apprentissage de nos élèves. Il y a une grande satisfaction à enseigner moins et à les guider davantage dans leurs apprentissages. L’important n’est plus de les préparer pour un examen, mais de les aider à réussir, à s’améliorer. Quel est le résultat d’une telle approche? Une plus grande motivation, une plus grande implication de leur part et, surtout, une authenticité de l’apprentissage qui sort des cahiers d’exercices.

Il n’en demeure pas moins qu’un obstacle majeur freine l’exploitation de cette pédagogie : le système d’évaluation. Est-ce normal de nous demander d’innover dans nos pratiques, mais d’évaluer de façon obsolète? Est-ce si farfelu de penser qu’on peut revoir ce système? Après tout, les facultés de médecine ont aboli les notes chiffrées pour les remplacer par un système de réussite / échec. Est-ce que cela compromet tout le système de santé? Non, vous aurez toujours des médecins compétents (même s’ils n’ont pas forcément eu la meilleure moyenne de leur cohorte). Si un tel système fonctionne au plus haut niveau scolaire, pourquoi serait-il inadéquat dans nos écoles secondaires? Devrait-on privilégier un outil de communication plus simple au détriment du message que l’on veut envoyer? Une réflexion s’impose…