« Autour de l’adulte de demain » : éducation à la littératie numérique

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L’École branchée a assisté au deuxième colloque international sur l’enseignement de la littérature avec le numérique qui se tenait les 8 et 9 mai derniers à la Grande Bibliothèque BAnQ (Bibliothèque et Archives nationales du Québec). Intitulé « Autour de l’adulte de demain », cet événement rassemblait quelque 100 participants et conférenciers venus d’un peu partout à travers le monde.

Après Grenoble, Montréal

Après une première édition à Grenoble, Nathalie Lacelle, professeure en littératie médiatique au département de didactique des langues à l’UQAM et organisatrice du colloque, a rendu possible ce rassemblement à Montréal et, du même fait, a pu inspirer bon nombre d’enseignants, conseillers pédagogiques, professeurs et chercheurs oeuvrant au Québec.

Éduquer à la littérature numérique

Lors des deux journées de ce colloque, nous avons pu assister à différents panels et conférences qui proposaient un regard scientifique sur les enjeux et les défis de la société, des universités, des écoles et des institutions culturelles à éduquer les adultes de demain à la littérature numérique. L’ensemble des communications se sont articulées autour des quatre axes suivants :

  • les enjeux et les défis sociaux d’une redéfinition des finalités de la littératie en contexte numérique;
  • les enjeux et les défis des universités à former les enseignants à l’enseignement de la littérature numérique;
  • les enjeux et les défis de l’école à former les jeunes à la réception, à la production et à la diffusion de la littérature numérique;
  • les enjeux et les défis des institutions culturelles à soutenir la diffusion et la formation à la littérature numérique.

Voilà donc sur quoi les gens réunis pour l’occasion se sont penchés pour réfléchir à comment exploiter le plein potentiel de la révolution numérique à l’école et, plus particulièrement, comment cette révolution peut redéfinir l’enseignement de la lecture.

Cette culture littéraire, il faut en prendre soin, il faut l’entretenir, comme le jardin de Voltaire dans Candide. La venue du numérique dans le jardin littéraire des élèves peut alors être perçue comme un dispositif qui maximise ce que la littérature a à leur offrir, qui les réconcilie avec les livres.

Un Facebook littéraire

Plusieurs propositions et activités ont été présentées en ce sens lors des panels de discussion. Par exemple, l’utilisation de « Fakebook », cette plateforme qui sert à créer de faux profils Facebook à quiconque voulant une identité numérique. L’idée est alors de créer des comptes aux protagonistes et autres personnages secondaires d’un récit pour les faire interagir dans cette réalité parallèle. Photos, biographies, amis en commun, événements marquants, publications variées… Tout y est pour que les élèves puissent recontextualiser les interactions entre les différents acteurs et, par exemple, en dégager le schéma actanciel. L’appropriation de la littérature grâce à un réseau social comme Fakebook place les jeunes dans une posture où leur réalité se fusionne à celle d’une oeuvre qui peut avoir été écrite il y a plusieurs siècles. Les apprentissages se voient alors décuplés dans ce genre d’approche où la décontextualisation permet aux apprenants de se servir de leurs repères pour mieux intégrer les savoirs.

Fan un jour, fan toujours

Une autre activité intéressante à réaliser avec les élèves pour les rapprocher de la littératie est la création de « fanfictions ». Que ce soit à partir d’une série télévisée comme Sherlock, d’un roman de Harry Potter ou d’un personnage dans le jeu vidéo Assassin’s Creed, les apprenants sont invités à réinventer l’univers de leurs protagonistes favoris en prolongeant un chapitre, à changeant la fin ou en transformant totalement l’oeuvre qu’ils affectionnent particulièrement. L’écriture de « fanfictions » permet alors de prendre le contrôle de nos personnages préférés, de mettre en scène ce que l’on aurait aimé retrouver dans l’oeuvre originale. Encore une fois, la contextualisation des apprentissages prend tout son sens ici, alors que le récit initial doit être maîtrisé au départ, avant d’être déconstruit, puis rebâti en gardant l’essence. Les moyens de diffusion pour les « fanfictions » peuvent être très variés, passant du tweet en 280 caractères, au billet de blogue ou à l’écriture sur un document collaboratif.

Changement de posture

Bref, le colloque « Autour de l’adulte de demain » a su démontrer toute la richesse et le potentiel qu’a à offrir le 21e siècle à la littérature. Le numérique n’est plus quelque chose qu’on ajoute à notre pratique, mais est maintenant partie prenante du processus d’apprentissage. Ce changement de posture doit débuter dès la formation initiale des enseignants et être intégré dans l’ensemble des productions et des diffusions de la littérature. À quand un cours qui se nommerait « littérature numérique » à l’université? Plus tôt que tard, espérons-le…

Vous pouvez cliquer ici pour consulter l’ensemble de la programmation du colloque « Autour de l’adulte de demain ».

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