L’une de vos apps préférées est-elle uniquement en anglais? Si oui, lisez ceci!

À l’aube de la rentrée scolaire, des discussions circulent sur les réseaux sociaux à l’effet que des centres de services scolaires (CSS) du Québec interdiront l’usage de certaines applications par leurs enseignants lorsqu’elles sont uniquement disponibles en anglais. L'École branchée vous présente un état de la situation.

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Traduction anglaise automatisée - des erreurs (parfois hilarantes) peuvent se glisser! 😉

À l’aube de la rentrée scolaire, des discussions circulent sur les réseaux sociaux à l’effet que des centres de services scolaires (CSS) du Québec interdiront l’usage de certaines applications par leurs enseignants lorsqu’elles sont uniquement disponibles en anglais. La plateforme de communication Seesaw est notamment visée.

Au cours de la dernière année, les enseignants n’ont eu d’autre choix que de se tourner massivement vers les outils numériques afin de maintenir l’apprentissage des élèves à distance et les communications avec les parents. Or, certaines des applications conçues pour cela ne sont disponibles qu’en anglais. Certains enseignants choisissent néanmoins de les utiliser en raison de leur potentiel pédagogique et de leur simplicité d’utilisation.

Sur Facebook, nous avons remarqué que plusieurs enseignants cherchent des alternatives; c’est particulièrement le cas pour Seesaw, une application très répandue au Québec, qui permet une communication rapide et facile avec les familles de jeunes élèves, mais dont l’interface et les communications automatisées qu’elle émet aux parents et aux jeunes ne sont pas disponibles en français pour le moment. 

Une plainte à l’OQLF

Après vérification auprès de l’Office québécois de la langue française (OQLF), l’organisation confirme avoir reçu deux plaintes concernant l’utilisation de la plateforme Seesaw à l’automne 2020 au Centre de services scolaire Marie-Victorin (CSSMV). « Les organismes de l’Administration, comme les centres de services scolaires, doivent s’assurer que les textes et les publications qu’ils rédigent et publient sont en français », nous a-t-on expliqué par courriel en réponse à nos questions.

« L’Office a communiqué avec le centre de services scolaire visé par la plainte afin de lui faire part de la situation et l’accompagner dans la recherche de solutions qui respectent le droit des personnes de recevoir des communications en français. La décision quant aux mesures à mettre en œuvre pour que cette situation soit corrigée revient au centre de services scolaire. Dans le cas présent, suite à l’intervention de l’Office, le centre de services scolaire a choisi d’arrêter d’utiliser cette plateforme et a identifié d’autres plateformes, disponibles en français, pour la remplacer. Le dossier de plainte a donc pu être fermé », indique la porte-parole de l’OQLF.

Alexandre Kozminski Martin, conseiller en communication et relations médias au CSSMV, indique qu’à l’issue de cette intervention, « les écoles concernées ont été invitées à ne pas retenir les services de Seesaw pour la prochaine année scolaire ». Il ajoute que « des démarches sont effectuées auprès du fournisseur de l’application Seesaw afin d’en obtenir une version entièrement française ». Dans l’immédiat, les écoles du CSS Marie-Victorin  « explorent d’autres moyens afin de communiquer avec les parents, en fonction de leurs besoins, en tout respect de la Charte de la langue française ».

Des options pour pallier l’inconvénient

Myra Auvergnat-Ringuette, enseignante au primaire, utilise Seesaw depuis plusieurs années pour garder des traces des productions de ses élèves et communiquer avec les parents. Elle nous précise que, même si l’application est unilingue anglaise, elle contient très peu de texte. Puisqu’elle s’adresse principalement aux élèves du primaire, son interface est composée de nombreux pictogrammes. De plus, l’enseignante indique que « plusieurs des communications peuvent être traduites en français, directement dans l’application ». De même, la marche à suivre pour que les parents s’inscrivent en début d’année scolaire est disponible en français. Certaines notifications automatisées peuvent par ailleurs être désactivées. 

« L’idée n’est pas de promouvoir les applications anglophones, mais plutôt de mettre en valeur les applications qui ont un réel potentiel pour répondre aux besoins du monde scolaire », dit-elle.

Quant à eux, les enseignants touchés par l’interdiction d’utiliser Seesaw doivent néanmoins se tourner dès maintenant vers d’autres applications. Parmi celles-ci, ClassDojo et Espace de My Blue Print sont suggérées. D’autres se tournent tout simplement vers des fonctionnalités de Google Classroom qu’ils utilisaient déjà.

Du côté du CSSMV, Alexandre Kozminski Martin indique : « Nous sommes en réflexion actuellement pour proposer des alternatives à nos écoles et nous nous inspirerons des travaux du service national du RÉCIT à l’éducation préscolaire pour choisir la meilleure application « portfolio » ».

Que dit la Charte québécoise de la langue française?

Au Québec, l’Administration publique, qui inclut les centres de services scolaires, doit se soumettre à la Charte de la langue française qui « fait du français la langue de l’État, de l’enseignement, du commerce et des affaires ainsi que la langue normale et habituelle du travail ». 

Comme stipulé dans la Charte, les contrevenants sont passibles d’amendes. Ainsi, toute personne qui considère que ses droits linguistiques n’ont pas été respectés peut soumettre une plainte à l’Office québécois de la langue française, qui fera par la suite les vérifications nécessaires. Si une contravention à la Charte est constatée, l’Office communiquera avec l’organisme afin qu’il corrige la situation. Le processus s’inscrit dans une approche de collaboration.

Lorsqu’il reçoit une plainte, l’Office collabore avec l’entité visée afin de trouver des solutions pour que la situation soit corrigée. Si l’entité refuse d’apporter les corrections nécessaires, le dossier peut être transmis au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) qui détermine s’il y a lieu d’intenter une poursuite pénale relative à la Charte. Seul un tribunal peut alors imposer une amende. 

En ce qui concerne le cas présent, aucune amende n’a été imposée au CSS.

Une traduction à venir?

En plus du CSSMV, certains enseignants utilisateurs de Seesaw ont interpellé directement l’entreprise de la Californie sur les réseaux sociaux. Les représentants répondent qu’ils sont au courant de la problématique, que la traduction en français est prévue dans leurs développements futurs, mais qu’ils ne peuvent pas avancer de date de réalisation pour le moment. Bref, rien ne laisse présager une version en français à court terme.

Nous reproduisons ici, avec sa permission, la réponse envoyée en privé sur Twitter à Myra Auvergnat-Ringuette : “This has been shared with Carl, one of the co-founders at Seesaw. This topic has been discussed and we want to share a few updates with you. First of all, we want to make sure you know we hear you. We know how devastating this can be. We wish this was an easy, overnight fix but it’s not. We appreciate your feedback and our team views it as very important. It’s on our product roadmap and we will have more info to share with you next year.”

Certains enseignants espèrent maintenant que des développeurs québécois seront sollicités pour contribuer à une version française ou qu’une entreprise québécoise se saisira de l’occasion pour développer une nouvelle application qui répondra aux besoins et aux normes québécoises.

Au moment de publier cet article, nous avions placé une demande d’information au ministère de l’Éducation du Québec, mais nous n’avions pas obtenu de réponse à nos questions. Nous mettrons ce texte à jour dès que nous aurons de nouvelles informations.

Mise à jour : Depuis la parution de l’article, nous avons appris que le Centre de services scolaire des Trois-Lacs et la commission scolaire English Montréal interdisent aussi l’utilisation de Seesaw par leur personnel.

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À propos de l'auteur

Martine Rioux
Après des études en communication publique, Martine a été journaliste pour différentes publications, avant de poursuivre sa carrière comme conseillère en communications interactives chez La Capitale, groupe financier, puis chez Québec numérique, organisme dont elle a pris la direction générale avant de faire le saut comme conseillère politique au cabinet du ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale. Elle est aujourd'hui rédactrice en chef adjointe et chargée de projets spéciaux à l'École branchée. Son rêve : que chacun ait accès à la technologie et puisse l'utiliser comme outil d’apprentissage et d’ouverture sur le monde.

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