Au colloque Clair 2026, comme chaque année, la session Ignite a mis en lumière audace et réflexion dans un format éclair. Six personnes, 20 diapositives, 20 secondes chacune : un format exigeant, sans filet, pour revisiter le thème Fier d’hier, engagé vers demain.
En 6 minutes 40, chaque intervenant a partagé son parcours, sa réflexion et son regard. Ensemble, ils ont tracé la voie d’une école plus attentive, humaine et ouverte sur demain.
Voici quelques éléments tirés des présentations, dont l’animation a été assurée par Martine Rioux, de l’École branchée.

Michelle Thibault : Des racines pour agir
À travers la pédagogie par la nature et la littératie climatique, elle a plaidé pour une éducation enracinée, capable de nourrir l’espoir plutôt que l’écoanxiété.
« Nourrir l’espoir, ce n’est pas seulement pédagogique, c’est une responsabilité sociale. »
Son message central : l’environnement n’est pas un contenu de plus, c’est un lien à retisser. À son avis, nos choix éducatifs d’aujourd’hui façonnent la société dans laquelle nos élèves vivront demain.

Amélie Bédard : Changer le regard
Coordonnatrice des services éducatifs au Centre de services scolaire des Premières-Seigneuries à Québec, Amélie Bédard a choisi de donner la parole aux élèves — ceux d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Son intervention a mis en lumière un déplacement fondamental : du contrôle vers la relation.
L’école d’hier structurait. Celle d’aujourd’hui commence à écouter. Celle de demain devra reconnaître pleinement la voix des élèves comme donnée essentielle à l’apprentissage.
« Ma voix n’est pas un bruit, c’est une donnée. »
Au-delà des approches pédagogiques, c’est la posture adulte qui fait la différence, selon elle. Un regard peut enfermer ou libérer. Être engagé vers demain, c’est accepter d’être transformé par ceux que l’on accompagne.

Julie Bussière : Incarner les valeurs
Directrice des services pédagogiques (primaire et secondaire) au Collège Jésus-Marie de Sillery à Québec, Julie Bussière a posé la question suivante pour captiver l’auditoire : quelles valeurs et quelles compétences devrions-nous incarner pour accompagner les citoyens de 2026?
Aujourd’hui, transmettre des connaissances ne suffit plus. Il faut montrer le jugement critique, la créativité, la résilience et l’authenticité, par exemple.
« Les enfants apprennent davantage de nos actions que de nos paroles. »
Elle a rappelé que l’école avance lorsque les équipes avancent ensemble. La force d’un établissement réside dans la cohésion et la passion de ceux qui l’habitent.

Jean-Marc Dupont : Des racines et des ailes
Directeur du service de soutien à l’apprentissage, volet pédagogique, au Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) à Ottawa, Jean-Marc Dupont a proposé une métaphore puissante : pour évoluer, l’école a besoin à la fois de racines et d’ailes.
Il ne s’agit pas seulement de réfléchir à comment intégrer la technologie, mais bien :
« À l’ère de l’IA, à quoi ressemble notre écosystème éducatif? »
S’appuyant sur les communautés d’apprentissage professionnelles, il a rappelé que l’innovation n’exige pas d’abandonner le passé, mais de s’appuyer sur lui pour transformer l’avenir avec lucidité et agentivité.

Frédéric Jean : Briser la chaîne
Enseignant au Centre de services scolaire des Bois-Francs et créateur du blogue Le Cancre Pédagogue, Frédéric Jean a livré le témoignage le plus vulnérable de la soirée. Il a nommé son anxiété, reconnu ses erreurs, et raconté comment un changement de posture a transformé sa pratique.
Au lieu de traiter les symptômes, il s’est concentré sur l’humain.
L’échec, c’est juste un pas de plus vers la réussite. »
En guérissant certaines blessures personnelles, il a redonné toute sa place au lien. L’engagement des élèves a suivi. Son message résonne fort : la transformation pédagogique commence souvent par une transformation intérieure.
On peut lire ses réflexions suite au 15e colloque Clair ici.

Pierre Poulin : Suivre son cœur, trouver ses alliés
Enseignant à l’école Wilfrid-Bastien du Centre de services scolaire de la Pointe-de-l’Île et chargé de cours à l’Université d’Ottawa, Pierre Poulin a raconté son parcours d’enseignant prêt à démissionner… jusqu’à ce qu’un directeur lui offre carte blanche.
De là sont nés des espaces repensés, des projets intergénérationnels, des initiatives audacieuses nourries notamment par le colloque Clair.
« Suis ton cœur et trouve tes alliés. »
Son parcours montre que l’innovation ne se fait pas en étant seul. Elle se construit avec des complices — collègues, retraités, étudiants, partenaires — dans une dynamique de cocréation continue.

Une école en mouvement
Six parcours différents, mais une même direction : une école plus humaine, plus collaborative et résolument tournée vers l’avenir.
Être fier d’hier, c’est reconnaître les fondations. Être engagé vers demain, c’est accepter de changer de posture, de partager le pouvoir, de revisiter nos pratiques. Parfois, c’est aussi se revisiter soi-même.
En 6 minutes 40, ces présentations éclair ont rappelé une chose essentielle : l’avenir de l’éducation ne se joue pas seulement dans les outils ou les programmes, mais dans la qualité du regard que l’on porte sur les élèves, sur les collègues… et sur soi-même.
La rediffusion des sessions Ignite est disponible ici (à partir de 9 min 28 s).








