Vers un droit à l’éducation au numérique

Des étudiants de l’Université Laval ont rédigé une Déclaration de principes à l’égard du droit à l’éducation au numérique pour éveiller à l’urgence de mieux préparer les jeunes aux enjeux d’une société où le numérique croît de façon exponentielle. 

Par Quinn Johnson,
étudiant à la maîtrise en technologie éducative (Université Laval)

Quand nous nous intéressons à l’histoire et que nous imaginons les temps passés, les événements, les gens, l’art, nous devenons très conscients des courants sous-jacents qui façonnaient ces temps-là : la montée et la chute de l’empire romain, la révolution industrielle, la chute des monarchies en Europe après la première guerre mondiale et le mouvement pour les droits humains dans les années 1960. Mais aujourd’hui, quels sont les courants sous-jacents qui façonnent notre époque? Qu’est-ce qui est présentement en train de bouleverser tous les aspects de nos vies? 

Il va sans dire que l’une des choses qui suscitent le plus d’enthousiasme et de crainte à la fois dans notre société actuelle, c’est l’augmentation constante et apparemment exponentielle de la capacité et du rôle de la technologie au niveau mondial. 

Un problème collectif : le manque d’éducation aux médias

À l’occasion d’un séminaire-atelier avec Thérèse Laferrière, à l’Université Laval, mes collègues et moi avons discuté de plusieurs enjeux modernes issus de la technologie numérique, ainsi que les craintes que nous avons par rapport à son développement rapide. Ces discussions ont été déclenchées par un questionnement sur l’identité numérique et la citoyenneté numérique.  Nous avons partagé nos idées sur le sujet en présence et de façon asynchrone via le Knowledge Forum. 

Éventuellement, nous sommes arrivés à un problème collectif : le manque d’éducation aux médias, particulièrement en ce qui concerne la compréhension des traces numériques qui touchent l’ensemble de la société. En fin de compte, ce qui fait le plus peur dans le développement technologique, c’est le peu de connaissances que nous possédons à son sujet. Alors, quelle est la solution? Nous avons déterminé que, puisque la technologie nous touche dans tous les aspects de notre vie, nous devrions avoir le droit d’en apprendre plus à son sujet si on le veut ou si on le juge nécessaire pour favoriser notre bien-être. Ce droit devient encore plus pressant quand nous considérons le fait que nos enfants sont en train de grandir dans un monde où ils ne seront pas pleinement conscients de leurs traces dans le cyberespace, une dimension cruciale dans leurs vies. La déclaration (en anglais) que nous avons rédigée par la suite énonce ce droit en mentionnant plusieurs facteurs qui justifient la co-construction d’un droit à une éducation au numérique (voir la section « Le numérique : enjeux actuels »). 

Pour passer du pessimisme à la confiance

L’interaction entre l’éducation et la technologie est un enjeu extrêmement complexe, et ainsi, cerner ce que veut dire « le droit à une éducation au numérique » exige une participation plus large de tous ceux qui sont touchés par l’évolution numérique. 

À la mi-trimestre, nous avons pris connaissance des 12 principes de coélaboration de connaissances de Bereiter et Scardamalia. À la fin du cours, nous avons décidé que ces 12 principes devraient être inclus dans notre déclaration comme des pistes d’encadrement pour mieux définir le droit à une éducation au numérique. En effet, notre propre sensibilisation à ces principes nous a permis de passer d’un état initial de peur et de confusion à l’égard du numérique et de terminer plus confiants grâce à un artefact clair qui peut répondre à certaines questions actuelles urgentes. Nous avons évolué d’un état de pessimisme à un état permettant de bâtir notre confiance en nous-mêmes et en nos communautés en ce qui a trait aux enjeux du numérique. 

Un droit à construire ensemble

Ainsi, nous souhaitons que La déclaration de principes à l’égard du droit à l’éducation au numérique (en anglais) fasse partie du paysage des droits numériques. Ce paysage compte sur plusieurs acteurs et organismes ainsi que des documents ciblant des problématiques pertinentes. 

Pour cerner les définitions nécessaires à ce droit :

Pour la sensibilisation aux enjeux numériques :

Les documents promulgués qui servent d’itérations possibles de ce droit :

Documents non encore ratifiés qui pourraient servir d’itérations de ce droit :

Des conclusions du EDUsummIT 2019

Finalement, lors de la conférence EDUsummIT 2019, qui s’est tenue à l’Université Laval du 29 septembre au 2 octobre, les membres du groupe de travail #5, dont je faisais partie, ont exploré ces dangers en détails. Nous avons investigué comment la complexité de notre société numérique crée des nouveaux dangers, notamment pour les enfants. Ces dangers comprennent la sécurité des données personnelles, la cyberintimidation, le harcèlement sexuel sur les médias sociaux, entre autres. À la conclusion de la conférence, plusieurs stratégies et actions qui pourraient aussi servir à la mise en œuvre de ce droit ont été élaborées. Voici quelques exemples pertinents.

Stratégies :

  • Créer un équilibre entre les occasions d’apprentissage et l’utilisation de protocoles dans l’éducation au cyber-bien-être;
  • Créer une compréhension de la relation mutuelle entre la technologie et les humains; nous façonnons les technologies que nous utilisons et les technologies que nous utilisons nous façonnent.

Actions : 

  • Développer un consensus sur une définition du bien-être et du cyber-bien-être (au niveau social, psychologique, physique et cognitif);
  • Promouvoir la conscience de soi de la façon dont nous apprenons et sommes influencés par la technologie;
  • Encourager les décideurs à intégrer efficacement le mieux-être (le volet « cyber » en faisant partie) dans tous les programmes;
  • Fournir des lignes directrices afin que les parties prenantes puissent faire des choix éclairés en matière de cyber-bien-être;
  • Développer et intégrer des communautés :
    • pour fournir un soutien entre pairs en réponse aux problèmes qui se posent.
    • des parties prenantes pour discuter et déterminer le bon usage de la technologie.