avec la collaboration de Dre Mélissa Généreux
« Un jeune sur quatre a un usage à risque ou problématique des écrans, et cela triple la probabilité qu’il ait une faible qualité de vie. »
Ce constat, issu de la plus récente enquête sur le bien-être des familles réalisée par Dre Mélissa Généreux, médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive à l’Université de Sherbrooke en collaboration avec la Fédération des Comités de parents du Québec (FCPQ), l’Association des comités de parents anglophones (ACPA), l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ), le Réseau québécois pour la réussite éducative (RQRE), ne peut pas laisser le milieu de l’éducation indifférent. Il rappelle que la question des écrans dépasse largement les murs de l’école : elle s’ancre dans tous les milieux de vie des jeunes, en considérant principalement la maison. Et c’est précisément là que plusieurs parents se sentent démunis.
Un besoin criant, clairement exprimé par les familles
Les parents québécois, comme ceux de partout dans le monde, sont nombreux à s’inquiéter de l’usage des écrans. Dans l’enquête citée plus haut, on révèle que tant le temps d’écran que le contenu auquel les jeunes sont exposés constituent des préoccupations importantes. La gestion des écrans est souvent difficile et les familles vivent des tensions ou des conflits à ce sujet.
Malgré l’abondance de ressources générales disponibles, peu de parents ont accès à un accompagnement personnalisé, adapté à leur réalité familiale, à l’âge de leurs enfants et à leur dynamique propre. C’est dans cet angle mort que s’est inscrit le programme Vers une saine gestion des écrans à la maison mis sur pied par Stéphanie Dionne, coach professionnelle certifiée en PNL, spécialisée sur les enjeux à l’ère du numérique, qui a été expérimenté par une dizaine de familles de la région de l’Estrie à l’automne 2025.
Une intervention cohérente avec les orientations gouvernementales
Ce programme incarne concrètement les recommandations actuelles. Il s’aligne notamment avec :
- la Stratégie québécoise sur l’utilisation des écrans et la santé des jeunes (2022-2025), qui insiste sur l’importance de l’implication parentale pour atteindre un équilibre numérique ;
- les recommandations de la Commission spéciale sur les impacts des écrans (2025), qui appellent à soutenir les parents, à renforcer leur exemplarité et à développer les compétences numériques des jeunes.
- le Cadre de référence de la compétence numérique du MEQ, qui mise sur le développement de l’autonomie et la responsabilisation des jeunes dans leur usage des technologies.
Plutôt que de miser uniquement sur des interdictions ou la mise en place de règles uniformes et unilatérales, le programme adopte une approche non culpabilisante, axée sur la compréhension, le dialogue et la définition de règles cohérentes avec la réalité unique de chaque famille. Les écrans ne sont pas diabolisés. Ils sont remis à leur juste place, au service du bien-être et de la réussite de tous les membres de la famille.
Une démarche personnalisée et des outils concrets au service de la famille
La démarche d’accompagnement du programme « Vers une saine gestion des écrans à la maison » se déploie sur une période d’environ trois mois et privilégie une approche humaine, personnalisée et centrée sur le dialogue familial. Parmi les outils proposés, la technique du GPS (présentée dans cet article) a marqué les familles.
Dans les témoignages recueillis par l’équipe d’évaluation, certains parents l’ont même qualifiée de « petit miracle ». Simple, concrète et efficace, elle aide les jeunes comme les parents à sortir d’un usage impulsif ou compulsif de leur appareil numérique tout en développant leur capacité d’autorégulation.
Voici quelques témoignes de l’impact de l’outil sur les habitudes :
- (Parent) « C’est celui qui a le plus changé quelque chose pour nous parce qu’avec ça, […] il y a un avant et un après. »
- (Parent) « Elle a développé son autonomie de choix; [L’enfant se demande] qu’est-ce qu’elle a le goût de faire pour diversifier [ses activités]? Je n’ai plus à lui dire de fermer son écran 2-3 fois, parce qu’elle le fait elle-même […] c’est plus facile, moins de friction. »
- (Enfant) « Là avec le GPS, je me mettais un temps, je me mettais mon alarme, puis quand c’était fini, j’arrêtais. J’allais parler de ma journée avec mes parents ou j’allais faire d’autres jeux. »
- Un adolescent explique comment l’outil l’aide à réfléchir : « Le GPS c’est vraiment une bonne affaire pour minimiser son temps, ou genre, le rendre vraiment pertinent dans le fond. Pour moins doomscroller, […] moins aller vers les écrans par impulsion. Prendre un moment pour réfléchir sur si j’ai vraiment le goût de faire ça ou si c’est juste une impulsion. »
Un élément clé du programme : l’implication active des enfants et des adolescents. En les intégrant aux discussions et aux décisions, les parents ne font pas que gérer les écrans, ils contribuent à ce que les jeunes deviennent plus conscients, responsables et autonomes dans leurs usages numériques. La pertinence du programme repose sur une approche individualisée qui cible non seulement l’usage des écrans, mais aussi la dynamique familiale et le bien-être global des jeunes.
Des résultats qui donnent espoir
Les impacts mesurés du programme sont éloquents. Alors qu’au départ, seulement 25 % des jeunes présentaient un usage considéré comme sain, ils étaient 83 % à la fin de l’intervention (selon les données d’un questionnaire rempli par les parents). De plus, l’usage jugé « problématique » a tout simplement disparu.
Au-delà des chiffres, les familles ayant participé au programme rapportent une amélioration marquée du climat familial : moins de tensions, davantage de dialogue et un sentiment accru de justice et de compréhension mutuelle. La posture parentale évolue également : on passe d’un contrôle souvent conflictuel à une approche plus instructive et éducative, centrée sur la qualité des contenus et le bien-être global des jeunes. Plusieurs ont témoigné de l’augmentation des activités en famille ou plus variées dans le quotidien des jeunes.
On peut voir ici le résumé du projet de recherche.
Une occasion de faire ensemble, école-famille
Les saines habitudes de vie et l’usage éducatif des technologies instaurés à l’école ont un plus grand impact sur les jeunes lorsqu’elles sont soutenues à la maison. En accompagnant les parents, on renforce la cohérence éducative, on soutient le bien-être des jeunes et on crée des conditions plus favorables à la réussite scolaire. Face à une tendance préoccupante, les résultats de ce programme d’accompagnement montrent qu’il est possible d’agir avec humanité, efficacité et surtout, d’inverser la tendance d’un usage problématique des technologies.
Pour aller plus loin…
Stéphanie Dionne fait partie de l’équipe de formateurs de l’École branchée et peut accompagner les milieux membres dans une démarche de coéducation avec les familles grâce à notre service de formation sur mesure. Les familles intéressées peuvent quant à elles communiquer avec la Clinique Mana.







