par Audrey Miller
À l’occasion de l’événement en ligne La Barak@tic 2025, organisée par les technopédagogues de Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE), cette réflexion a pris tout son sens dans l’atelier intitulé « Au secours, j’ai un élève avec un outil numérique dans ma classe », animé par Nathalie Massa, kinésithérapeute de formation et désormais référente numérique au pôle territorial WBE, et Catherine Chenot, professeure de français dans le secondaire rattachée aux pôles territoriaux de WBE. Ensemble, elles accompagnent enseignants et directions dans l’accueil d’élèves à besoins particuliers et partagent un regard ancré à la fois dans l’expertise technopédagogique et la réalité quotidienne des classes.
C’est Nathalie qui a ouvert la discussion sur l’accessibilité en racontant une expérience personnelle révélatrice : en apprenant à sa fille à conduire, elle ne comprenait pas comment celle-ci était passée, du jour au lendemain, de l’incapacité à démarrer la voiture à une maîtrise soudaine. Sa fille lui a alors confié qu’elle avait regardé… des vidéos sur TikTok, les jugeant « plus claires que ses explications ».
Pour Nathalie, ce moment fut un déclic : il illustre parfaitement l’importance d’offrir un autre support que les consignes orales, lorsque celles-ci ne suffisent pas. Cette histoire a servi de tremplin pour aborder la CUA et rappeler que, pour apprendre, chaque élève doit pouvoir s’appuyer sur le format qui lui convient, qu’il s’agisse de texte, d’audio, de vidéo ou d’outils d’aide technologique.
Dans cet esprit, cet article explore quatre défis concrets rencontrés en classe et propose des outils numériques pratiques pour aider chaque élève à tracer sa propre voie vers l’autonomie, inspiré de l’atelier de Nathalie Massa et Catherine Chenot.
Défi 1 : Clarifier un contenu de cours trop dense
Connaissez-vous Léo? C’est un élève brillant, mais qui se sent « noyé dans les informations » lorsque le cours est particulièrement riche. Cette surcharge cognitive est un obstacle majeur à l’apprentissage, car elle empêche de distinguer l’essentiel de l’accessoire. Comment l’aider à s’approprier la matière par lui-même?
Outils pour synthétiser et visualiser l’information
- NotebookLM : Cet outil de Google permet de « dialoguer » avec ses propres documents. Son atout majeur est sa flexibilité : l’élève y télécharge son cours, mais il peut aussi simplement prendre des photos de ses notes manuscrites avec son téléphone. L’intelligence artificielle travaille alors uniquement à partir de cette source pour générer des résumés, répondre à des questions précises et, surtout, créer des cartes mentales qui structurent visuellement la matière. Pour l’élève, c’est un moyen de clarifier ses idées; pour l’enseignant, le résultat est un excellent indicateur de la compréhension de l’élève.
- Napkin : Idéal pour transformer un texte dense en une synthèse visuelle claire et engageante. Imaginez une leçon complexe sur l’accord du participe passé transformée en une infographie aérée et facile à mémoriser. En quelques clics, Napkin extrait l’information et la réorganise de manière graphique.
Ces outils donnent à l’élève plus de contrôle sur son apprentissage. Ils lui permettent de déconstruire et de reconstruire la matière à sa façon, favorisant une compréhension durable et une plus grande autonomie, tout en offrant à l’enseignant de nouvelles manières d’évaluer l’appropriation du contenu.
Défi 2 : Aider les élèves à organiser leurs tâches
Voici maintenant Timeo, débordé par ses travaux scolaires, ses répétitions de théâtre et les tâches demandées par ses parents. Savoir gérer ses priorités est une compétence essentielle, mais qui est loin d’être innée! Des outils de gestion visuelle peuvent l’aider à y voir plus clair.
Outils de gestion de tâches visuelles
- KanbanTool : Des outils de gestion de projet basés sur la méthode Kanban (un mot japonais signifiant « étiquette »), comme Trello ou KanbanTool, peuvent être très efficaces. Le principe est simple : des colonnes visuelles (« En attente », « En cours », « Terminé ») permettent de visualiser le travail à accomplir. Le simple fait de déplacer une tâche dans la colonne « Terminé » procure un sentiment puissant de satisfaction et de contrôle, un moteur psychologique essentiel pour un élève comme Timéo.
- Trello : Une alternative populaire qui permet de créer des listes thématiques, d’ajouter des échéances avec des rappels automatiques et de suivre l’avancement grâce à une barre de progression visuelle très motivante. C’est un allié précieux pour les travaux individuels comme pour les projets d’équipe.
En apprenant à utiliser ces outils, les élèves développent leurs fonctions exécutives. Ils passent d’une posture passive à une gestion active de leur charge de travail, une compétence qui leur servira tout au long de leur vie. Pour l’enseignant, un élève mieux organisé est un élève plus autonome, qui nécessite moins de rappels individuels.
(Note de la rédaction : plusieurs écoles utilisent aussi l’application québécoise Studyo, conçue spécifiquement pour faciliter l’organisation et le découpage du travail en tâches digestes chez les élèves.)
Défi 3 : Soutenir les élèves non francophones et les lecteurs en difficulté
Les classes sont de plus en plus multilingues. Pour un élève primo-arrivant ou qui ne parle pas français à la maison, la barrière de la langue peut être immense et parfois confondue, à tort, avec un manque d’intérêt. Comment rendre le contenu accessible lorsque le premier obstacle est la langue elle-même?
Un outil polyvalent pour la lecture et la traduction
- Seeing AI : Conçue à l’origine pour les personnes malvoyantes, cette application gratuite se révèle être un outil pédagogique formidable. En pointant la caméra de son appareil sur n’importe quel texte, que ce soit une consigne au tableau, une page de manuel, une fiche d’exercice, l’application le lit à voix haute, en surlignant chaque mot prononcé. Imaginez une activité de découpage : au lieu d’attendre que quelqu’un lui traduise la consigne « Je découpe sur des lignes », un élève peut l’écouter de manière autonome dans sa langue maternelle puis en français, et commencer son travail en même temps que ses camarades. L’application reconnaît une multitude de langues et peut traduire le texte capturé.
Cet outil simple favorise l’autonomie et permet une inclusion discrète, mais efficace, en donnant à chaque élève la clé pour décoder son environnement d’apprentissage sans interrompre le flux de la classe.
Défi 4 : Rendre les contenus vidéo accessibles à tous
Monsieur René utilise beaucoup de vidéos dans ses cours, un format dynamique et apprécié. Cependant, sans support textuel, une vidéo peut exclure un élève malentendant ou quiconque se trouve dans un environnement bruyant.
Une solution immédiate : les sous-titres en direct
- Sous-titres en direct (Live Caption) : Cette fonctionnalité d’accessibilité, intégrée à Windows et à l’écosystème Google, est une solution de dépannage universelle. Une fois activée dans les paramètres, elle génère automatiquement et en temps réel des sous-titres pour n’importe quel son joué sur l’ordinateur ou la tablette. C’est la solution parfaite lorsque la vidéo projetée en classe n’a pas de sous-titres intégrés.
Cette option simple transforme n’importe quel contenu audio en une expérience multimodale, la rendant instantanément plus accessible à tous.
L’accessibilité, une démarche gagnante pour tous
Il est possible pour l’enseignant d’intégrer des outils numériques favorisant une plus grande accessibilité sans charge de travail supplémentaire. En outillant les élèves pour qu’ils puissent surmonter leurs propres défis, on favorise leur autonomie et on libère du temps pour des apprentissages plus approfondis.
La plupart des solutions présentées ici sont gratuites et intuitives. Pourquoi ne pas en explorer une ou deux pour rendre vos prochains cours encore plus inclusifs et bénéfiques pour l’ensemble de la classe?
La Barak@TIC est un festival pédagogique et numérique en ligne organisé par Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE). Il se tient chaque année pour les professionnelles et professionnels de l’éducation francophones et vise à promouvoir l’intégration des outils numériques et des pratiques innovantes en classe à travers une série d’ateliers et conférences.




