Pour des écoles belles et efficaces : les recommandations du Lab École

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Ricardo Larrivée et Jean-François Archambault, du chantier Alimentation du Lab École

Selon les co-fondateurs et chefs de chantiers du Lab École, Pierre Thibault, Pierre Lavoie et Ricardo Larrivée, c’est la première fois qu’autant d’intervenants se rassemblent dans le but d’arrimer la conception architecturale d’une école, incluant sa cour extérieure, à son projet éducatif. Les recommandations du groupe de travail sont présentées dans le livre Penser l’école de demain, qui a été lancé le 10 avril 2019. Il se veut d’ailleurs une sorte d’alphabet dont l’objectif est d’influencer la révision du cadre habituel de construction et de rénovation des écoles québécoises.

Les acteurs engagés autour du Lab École expliquent qu’ils ont souhaité répertorier et proposer les meilleures pratiques découvertes ici et ailleurs.

Chantier Environnement physique : des espaces repensés pour favoriser la collaboration et la socialisation

« C’est inconcevable de continuer à garder le modèle traditionnel de l’école comme bâtiment », affirme l’architecte Pierre Thibault, l’un des trois cofondateurs. L’impact positif de la présence de nature sur les lieux est indéniable selon lui. En Suède, par exemple, on ne voit pas d’asphalte dans les cours de récréation. On y voit d’abord et avant tout des arbres, de la verdure. Il y aurait même une sorte de ratio 1 élève = 1 m2 de « nature » autour de l’école.

Il affirme aussi qu’il est impossible pour quiconque de s’asseoir pendant 6 h de suite sur une chaise sans bouger. De plus, on sait que le travail en collaboration est facilité par des lieux d’apprentissage adaptés. Les acteurs du chantier Environnement physique du Lab École recommandent donc de prévoir des lieux communiquant le plus possible entre la classe et les autres espaces de l’école. Ils préconisent aussi des alcôves pensées pour favoriser les moments de travail individuel.

M. Thibault a expliqué que des études montrent que le développement du sens de la communauté chez les jeunes est favorisé par le fait d’avoir la possibilité de croiser ses pairs régulièrement. Il cite en exemple l’intérêt des gradins dans l’école comme espace de socialisation, un lieu ouvert pour accueillir ou attendre l’autre.

De plus, la lumière naturelle est quelque chose dont le système immunitaire a besoin. Il faut donc éviter à tout prix les classes sans fenêtres. Le groupe préconise aussi la sobriété des murs plutôt que la sur-stimulation causée par trop de couleurs ou d’affichage. Il faudrait viser le bon dosage pour favoriser la concentration afin d’avoir un effet positif sur la qualité de vie des élèves, mais aussi celle des enseignants.

Chantier Mode de vie sain et actif : pas que pour les profs d’éducation physique!

De son côté, l’équipe chargée d’étudier plus spécifiquement l’application d’un mode de vie sain et actif, dont l’ambassadeur est l’athlète Pierre Lavoie, y est aussi allée de ses recommandations. Ils ont bien sûr d’abord pensé au gymnase, grand lieu dédié à l’activité physique à l’école. Ils ont étudié les possibilités d’atténuation du bruit, l’optimisation de l’espace de rangement, la lumière.

Ils ont aussi demandé aux enfants où ils aiment être lorsqu’ils sont à l’école. Les jeunes ont très souvent répondu très candidement : dehors! D’où l’importance qu’ils ont accordée à l’étude des cours de récréation.

La norme de l’OMS, rappelle Pierre Lavoie, est qu’un jeune d’âge scolaire bouge 1 heure par jour.

Des idées avancées : un abri extérieur pour rester dehors même lorsqu’il pleut faiblement, des espaces pour favoriser les classes extérieures, etc. Sur ce dernier point, Pierre Lavoie rappelle que l’activité physique n’est pas un dossier réservé aux profs d’éducation physique. Tous les enseignants peuvent avoir intérêt à sortir à l’extérieur avec leur classe, ou à tout le moins favoriser l’aménagement de leur classe pour encourager le mouvement (que ce soit le leur ou celui des élèves).

Chantier Alimentation : l’alimentation saine, un mouvement qui peut venir de l’école

Le troisième chantier du Lab École, soit celui de l’alimentation, s’inscrit dans une volonté de favoriser l’apprentissage en dehors du curriculum. Ricardo Larrivée estime par exemple qu’une école dotée d’une cuisine ne devrait pas en limiter son usage à la seule période de préparation du dîner à la cafétéria, puis en verrouiller l’accès lorsque le traiteur privé s’en va. Ce lieu peut être source de multiples apprentissages, comme c’est vécu par exemple Au Millénaire, une école de la CS des Rives-du-Saguenay.

Pour sa part, M. Martin Fréchette, directeur d’une école de Maskinongé ciblée pour une refonte dans l’esprit du Lab École, est aussi d’avis que la promotion des saines habitudes alimentaires est essentielle. « Les enfants vont devenir des agents multiplicateurs des saines habitudes », affirme-t-il en rappelant le mouvement de sensibilisation au recyclage dans les années 1990, qui est venu principalement des écoles primaires et qui a entraîné un vrai changement dans nos habitudes.

Faire de nos écoles une fierté collective

En terminant, Ricardo Larrivée y est allé d’un vibrant appel à la société toute entière, rappelant que dans l’histoire, les communautés ont fait des cathédrales, puis des musées, leur fierté. Et pourquoi pas le tour des écoles, maintenant? « On veut aussi clairement provoquer une prise de conscience. Par exemple, ne plus jamais accepter qu’une école soit construite dans une bretelle d’autoroute! »

Pierre Thibault, Ricardo Larrivée et Pierre Lavoie, cofondateurs et ambassadeurs du Lab École
Photo : L’École branchée

« On veut des élèves qui bougent plus, qui collaborent bien et qui mangent mieux. Des jeunes curieux, ouverts sur le monde et sensibles aux enjeux environnementaux et à leur communauté » résume Martin Fréchette. Il ajoute : « Au 21e siècle, les rangées d’oignons, ça ne marche pas. Le bâti actuellement est une contrainte à l’innovation pédagogique ».

Bien que l’équipe soit consciente d’une nécessaire révision des budgets habituellement réservés à la construction et la rénovation des écoles, on peut dire qu’elle s’est réellement donné le goût de rêver, sans barrières.  

 « L’école parfaite existe déjà au Québec, mais en pièces détachées. » Pour avoir une idée de ce qu’elle pourrait être si toutes ces pièces étaient réunies au même endroit, consultez le document Penser l’école de demain.

Compte Twitter du Lab École : @Lab_Ecole

Proverbe africain entendu pendant la présentation : Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse!

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Audrey Miller est directrice générale et éditrice de L’École branchée. Détenant une formation de 2e cycle en technologies éducatives et un bacc en communication publique, elle a participé depuis 1998 à la mise sur pied de nombreuses initiatives destinées à stimuler le développement professionnel des enseignants en lien avec le numérique et l’innovation pédagogique, telles EdCamp Québec et les CréaCamps. Elle est vice-présidente de l'AQUOPS, secrétaire du conseil d’administration de l’Association Edteq et membre du comité #Francosphère de l'ACELF.