Des chercheurs de l’Université du Québec à Chicoutimi se sont intéressés à l’exercice de la pensée critique lorsque l’on navigue sur Internet. Ceci est particulièrement important lorsqu’il s’agit des jeunes, qui font d’Internet leur source première d’information. Nous vous proposons un dossier en lien avec leur recherche.

Un dossier conjoint de l’École branchée et de Carrefour éducation

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Introduction

L’utilisation d’Internet pour les loisirs et les études est de plus en plus généralisée chez les jeunes. Cette tendance impose une responsabilité de plus en plus urgente pour l’école : elle doit contribuer à outiller les élèves afin qu’ils utilisent Internet de manière réfléchie, prudente et responsable, et à développer leurs aptitudes à faire des recherches efficaces et à juger de la qualité des informations.

Voilà ce qui a motivé les professeurs Patrick Giroux et Mathieu Gagnon, en collaboration avec leurs étudiantes Stéphanie Lessard et Josiane Cornut, de l’Université du Québec à Chicoutimi, à réaliser une recherche sur les compétences critiques de futurs enseignants.

Sommaire du dossier

Internet dans la vie des jeunes
Mettre sa pensée critique en pratique
Pour être un chercheur critique :
1. Définir l’objet de sa recherche en fonction du contexte
2. Effectuer sa recherche d’informations
3. Évaluer chaque nouvelle source
4. Utiliser et citer l’information correctement
Analyse de cas 1 : Utiliser une vidéo sur YouTube
Analyse de cas 2 : Utiliser une vidéo sur Facebook
Pour en savoir plus


Internet dans la vie des jeunes

Quelle importance a Internet pour les jeunes?

Internet occupe une place importante dans la vie des jeunes. Depuis 10 ans, la consommation d’Internet augmente régulièrement, au point que ce média est maintenant plus important que la télévision.

Selon les études, les jeunes naviguent jusqu’à 16 heures par semaine. Si l’on considère l’habitude de consommer plusieurs médias à la fois (écouter de la musique en naviguant sur le Web ou en clavardant), les jeunes d’aujourd’hui s’exposeraient à 7 heures de médias par jour! Ils raffolent, entre autres, des réseaux sociaux. Internet est devenu un lieu où ils se rencontrent, discutent, échangent, partagent… La plus forte consommation de médias serait chez les jeunes de 11-14 ans, alors qu’ils amorcent leur adolescence et construisent leur identité à la fois personnelle, sociale et professionnelle.

Récemment, l’apparition des appareils mobiles a contribué à l’augmentation de l’accès des jeunes à Internet. Ces appareils seraient partiellement responsables d’une véritable explosion sur le plan de la consommation médiatique. Ainsi, si les jeunes écoutent de plus en plus d’émissions de télé, ils ne le font pas devant le téléviseur, mais plutôt sur Internet (via un ordinateur ou un appareil mobile). Il en est de même pour la musique et pour les livres et les revues.

Du point de vue scolaire, Internet est, sans conteste, la principale source d’information des jeunes pour la réalisation de leurs travaux scolaires. Pourtant, il apparaît qu’ils  utilisent beaucoup plus Internet à la maison qu’à l’école. Les jeunes se disent intéressés d’apprendre à mieux chercher et évaluer l’information trouvée en ligne. Par contre, ils mettent en doute les compétences de la majorité de leurs enseignants dans ce domaine.

Internet, une grande bibliothèque?

Dans une bibliothèque traditionnelle, des responsables choisissent d’acheter et de classer les livres selon le genre littéraire, le sujet ou le public ciblé. Sur les rayons, se trouvent également des DVD, des bandes vidéo, des microfiches ou des bandes audio toutes sélectionnées en fonction de la visée de la bibliothèque. Ces médias sont alors classés ou organisés selon une logique, ce qui en augmente l’accessibilité pour les utilisateurs et en facilite la gestion.

Le lecteur qui prend un livre dans ses mains trouve rapidement certaines informations concernant son auteur, son éditeur, sa date de parution et sa réédition… Toutes ces informations rendent le livre moins anonyme et facilitent la vérification de sa crédibilité.

Dans une bibliothèque, les ouvrages et ressources les plus polémiques ou dont le contenu est dangereux ou moins acceptable socialement ou politiquement peuvent même être retirés ou être classés dans un espace où l’accès est contrôlé ou supervisé. Les bibliothécaires vont aussi s’assurer que les volumes sont bien rangés et disponibles là où ils le devraient. Le matériel désuet sera placé à côté des ressources plus récentes pour en faciliter la comparaison. Il pourra aussi être retiré des tablettes et archivé ou classé dans une section spéciale. En bref, une bibliothèque fait l’objet d’un certain contrôle et est organisée selon des règles définies pour chaque établissement.

Internet, une immense pagaille?

Sur Internet, la situation est fort différente. Même si certains pays tentent de contrôler Internet, l’ensemble de son contenu n’est supervisé par personne. Les lois qui régissent la vie quotidienne et qui empêchent, par exemple, de professer des menaces ou d’usurper l’identité de quelqu’un existent, mais sont souvent difficiles à mettre en application. Il n’y a pas de règle qui permette ou interdise à quelqu’un de publier sur Internet. Il n’existe pas de répertoires complets où les sites sont enregistrés et classés par catégories ou en fonction de l’âge de l’utilisateur. Pour s’y retrouver, les utilisateurs d’Internet doivent faire appel à des outils de recherche contrôlés par des tiers qui ont leurs propres objectifs. Cet objectif est souvent de faire des profits!

Pour certains contenus disponibles sur Internet, il arrive que les auteurs ne soient pas identifiés, ni qu’aucune institution ou entreprise ne soit responsable du site. Rien n’oblige  le responsable d’un site Web d’indiquer quand il l’a mis en ligne et s’il a fait des mises à jour fréquentes ou récentes. Sur le Web, un auteur pourrait facilement mentir à propos de son identité, de ses expériences, de son contenu ou de ses objectifs.

Internet n’a donc rien d’une vaste bibliothèque virtuelle et une page Web n’est pas un livre. Avec l’arrivée du Web 2.0 et des réseaux sociaux tels que Facebook, MySpace et Twitter, il est maintenant encore plus facile de s’exprimer en ligne et d’y tenir des propos de tous ordres. Malgré les efforts de certains moteurs de recherche pour y mettre de l’ordre, une réelle pagaille règne dans ce monde numérique. ll vaut probablement mieux se le représenter comme un gros tableau vert virtuel avec des craies qui traînent à gauche et à droite.


Mettre sa pensée critique en pratique

Qu’est-ce que la pensée critique?

Internet confronte les jeunes à de l’information provenant de sources variées, dont la qualité et la crédibilité sont inégales. Deux compétences s’avèrent essentielles à développer qui sont liées à la pensée critique : la recherche d’informations et le jugement de la qualité des sources repérées. Ces deux compétences vont de pair pour devenir un chercheur informé, compétent et efficace.

L’une des caractéristiques de la pensée critique est le mode évaluatif sur lequel elle s’appuie. Cela signifie que l’exercice de la pensée critique consiste à s’engager à l’intérieur d’un processus évaluatif par lequel l’information sera jugée en fonction de différents critères : clarté, fiabilité, pertinence, qualité. Afin de juger des informations, le penseur critique prendra soin de dépasser son impression personnelle en s’appuyant sur des raisons déterminantes.

Comment favoriser le développement de la pensée critique?

Développer la pensée critique des élèves face à l’information diffusée sur la Toile, c’est prévoir des espaces dans lesquels ils seront invités à réfléchir aux processus d’élaboration, à la valeur, à la portée et aux limites des informations, qu’elles soient scientifiques ou non.

Il ne s’agit pas simplement d’identifier la provenance, l’auteur, la date ou le lieu pour en conclure que le rapport aux informations s’inscrit à l’intérieur d’une démarche critique. Il ne suffit pas de nommer sa source, encore faut-il expliquer en quoi elle est crédible, fiable et appropriée au contexte. Bref, il faut aller « au fond des choses ».

Différentes habiletés servent de guide à l’évaluation de l’information :

  • analyser les arguments;
  • apprécier et évaluer les rapports d’observation et les inférences (déductions et inductions);
  • apprécier et évaluer les jugements de valeur (distinguer les « faits » des opinions);
  • identifier et évaluer les présupposés et les cadres de référence (souvent implicites);
  • identifier et évaluer les conclusions et les conséquences;
  • évaluer la cohérence et relever des contradictions;
  • évaluer les définitions;
  • apprécier la clarté et chercher des précisions;
  • formuler des questions de clarifications;
  • examiner les possibilités différentes et rechercher les points de vue alternatifs;
  • rechercher et évaluer les preuves;
  • avoir confiance en la raison, chercher et apprécier la rigueur, relever les sophismes;
  • examiner les propos à la lumière des normes relatives aux principes et méthodes des domaines convoqués.

Il s’agit de laisser aux élèves l’occasion de revenir sur ses propres démarches et ses manières de voir les choses, afin de les examiner et de les évaluer. Il apparaît précieux de proposer des situations dans lesquelles ils seront invités à réfléchir, à discuter, à évaluer et à modifier leurs stratégies.

En somme, si nous souhaitons aider les élèves à développer leur pensée critique face à l’information disponible sur Internet, il sera précieux de leur proposer des situations dans lesquelles ils seront appelés, de manière réflexive, à chercher, évaluer et sélectionner de l’information sur la base de cette évaluation.


Devenir un chercheur critique, étape 1 :
Définir l’objet de sa recherche en fonction du contexte

Déterminer le sujet et identifier les idées principales :

Lorsqu’il se lance dans une démarche de recherche d’informations, l’expert comme le débutant gagnera à définir clairement ses intentions et le contexte de sa quête. Pour ce faire, il aura besoin d’une simple feuille de papier qui servira à organiser toutes les informations et à y faire référence tout au long du processus. Dans une école où les ressources informatiques sont moins accessibles, cette première étape peut très bien être réalisée en classe, avant de se déplacer à l’ordinateur.

Pour débuter, il faut indiquer l’objet de recherche dans le haut de la page. En une ou deux phrases, l’élève résumera les concepts-clés et leurs relations.

Ensuite, il lui faudra identifier les idées principales de la phrase-sujet. Il apparaît avantageux de surligner chacune avec une couleur différente. Ce code de couleur pourra être réutilisé pour classer les références repérées ou pour retrouver plus facilement les informations liées à l’une ou l’autre des idées importantes. Pour chaque idée importante, il lui faudra faire une courte liste de mots clés ou de synonymes. Ces derniers pourront être utilisés dans les moteurs et les bases de données à l’étape de la recherche. Le chercheur critique ajoutera des mots clés et en biffera certains tout au long de sa recherche selon les informations trouvées ou pas, les nouvelles expressions rencontrées, etc.

Identifier les limites de sa recherche d’informations :

Le chercheur d’informations devrait utiliser l’espace qui reste au bas de la feuille pour définir le contexte et les limites qu’il doit respecter. Voici quelques exemples de questions pour l’aider à le cerner.

●     Comment saura-t-il qu’il a trouvé la bonne information?

●     Quels sont les critères d’évaluation pour ce travail? Quelles sont les informations obligatoires?

●     La recherche d’informations fait-elle référence à une période historique particulière, à un territoire ou un pays?

●     Les sources d’information doivent-elles être dans une autre langue (p. ex. pour un cours d’anglais ou d’espagnol)? Si le chercheur ne parle que le français, il doit peut-être se limiter à des sources d’information en français.

●     Quel type d’information a-t-on le plus besoin? Des explications textuelles, des schémas ou une vidéo? Doit-on connaître l’opinion de certains groupes ou des faits avérés et vérifiés?

Encore une fois, il est probable que le chercheur ait à ajouter ou modifier des limites alors qu’il découvre son sujet, l’explore et apprend à mieux le comprendre.


Devenir un chercheur critique, étape 2 :
Effectuer sa recherche d’informations

Sur le Web ou non?

Avant même de commencer à chercher et tout au long de la recherche, il faut décider s’il est approprié de chercher sur le Web. C’est le “pourquoi” du Réseau Éducation-Médias. Le chercheur doit peser le pour et le contre, évaluer si le Web répond à ses besoins et en soupeser les avantages et les inconvénients par rapport à la bibliothèque, à des spécialistes, aux journaux…

Les encyclopédies, livres spécialisés et journaux scientifiques sont des sources qui nécessitent que l’on soit critique et que l’on analyse les informations qu’elles présentent, mais elles ont souvent déjà une part de crédibilité d’établie. On trouve ce genre de références sur le Web comme à la bibliothèque et, dans les deux cas, elles sont plus ou moins classées au milieu de plusieurs autres types de sources d’informations. À la bibliothèque, le classement risque d’être plus facile et les bibliothécaires pourront assister l’étudiant-chercheur. Enfin, s’il décide d’aller sur le Web, il sera probablement seul (sans assistance) et aura à être très critique devant chaque site repéré.

Avec quels outils?

Ensuite, une fois que le chercheur a décidé d’aller sur le Web, il doit déterminer où chercher l’information. Les options sont nombreuses : bases de données bibliographiques, moteurs de recherche généralistes ou spécialisés, dictionnaires, encyclopédies, blogues, wikis, forums de discussion… Chaque option a des avantages et des inconvénients qu’il faut évaluer en fonction du contexte, des besoins, des objectifs.

Quand arrêter de chercher?

Le chercheur doit ensuite décider du nombre d’outils à utiliser. Après tout, deux outils différents rapportent des résultats différents. Lors de chaque nouvel essai de repérage d’information, il faut aussi déterminer quelles limites imposer (date, région, langue…) et quelles combinaisons de mots clés utiliser. Surtout, il faut décider à quel moment cesser de chercher. Chacune de ces décisions nécessitera de reconsidérer le contexte et les objectifs décrits dans la phrase-sujet et sur la feuille.


Devenir un chercheur critique, étape 3 :
Évaluer ses sources

Tout au long de la recherche d’informations, chaque nouvelle référence devra être évaluée. À chaque fois, l’élève devra être critique envers sont utilité, sa fiabilité et sa crédibilité. Plusieurs critères pourront être utilisés. Les « questions du cyberespace » du Réseau Éducation-Médias semblent suffisamment génériques pour évaluer les informations issues de différents contextes.

Qui?

Les auteurs ou les responsables de l’information présentée sont un élément important. La compétence et les diplômes ne sont pas toujours les seuls facteurs à considérer lorsqu’il est temps de juger de l’auteur et de sa crédibilité. Il faut prendre en compte les besoins informationnels et les expériences connexes.

Sur le Web, l’auteur ou les responsables ne sont pas toujours faciles à identifier, car il est possible de publier des contenus de manière anonyme. Il est alors difficile de juger la crédibilité de l’auteur et l’information perd une certaine part de sa valeur. Le chercheur aura donc à faire des recherches complémentaires pour consulter le site personnel de celui-ci ou celui de l’organisation qui l’emploie. Il devrait être capable de contacter l’auteur pour lui adresser des questions ou lui faire part de ses commentaires. Le contraire serait inquiétant et soulèverait des questions.

Un élément qui rend parfois l’identification de l’auteur ou du responsable difficile est la facilité avec laquelle les contenus numériques sont mis en ligne. Il arrive de trouver des dizaines de copies d’une ressource et qu’elles aient toutes été publiées par des gens différents, comme c’est souvent le cas sur YouTube. Il faudra alors être plus attentif aux contenus et d’y repérer des informations sur leur provenance (nom du spécialiste interviewé, titre de l’émission de télé). L’auteur n’est pas nécessairement la personne qui a placé le contenu en ligne. Il faut alors se questionner et tenter d’identifier les personnes ou les institutions qui sont responsables des propos et idées présentées.

Quoi?

L’un des aspects les plus difficiles à critiquer est le contenu lui-même. Si l’on cherche une information, c’est souvent qu’on ne la maîtrise pas suffisamment. Il y a plusieurs éléments à prendre en compte et certains se retrouvent le plus fréquemment “entre les lignes”. Les élèves commettent cette erreur commune de faire l’économie de la lecture ou de la consultation approfondie de la ressource.

Sur le Web, les auteurs sont nombreux et leurs motivations varient beaucoup. Il importe de se questionner constamment afin de distinguer les opinions des informations plus factuelles, et éviter de se laisser convaincre par des informations qui relèvent plus de l’opinion que des faits par un auteur qui fait appel à nos sentiments. Il faut ensuite éviter les sources qui déguisent des opinions ou des croyances en les habillant d’un discours scientifique, spécialisé ou d’apparence logique. Il arrive qu’on présente, volontairement ou non, comme avérées des relations de cause à effets qui sont, dans les faits, difficiles à démontrer. Un truc? Être attentif et douter presque systématiquement. Dans le doute, le meilleur conseil c’est d’utiliser une autre méthode ou une autre source d’information pour contre-vérifier l’information. L’une et l’autre source d’information sont utilisées de manière complémentaire pour valider l’information.

Sur le Web, on peut utiliser cette méthode. À la lecture d’un reportage ou après avoir écouté une vidéo, on peut vérifier certains aspects dans une encyclopédie et chercher d’autres sources qui confirment l’existence d’une relation entre deux aspects. On peut aussi aller sur d’autres sites. Normalement, les informations crédibles et fiables peuvent être vérifiées facilement.

L’information trouvée est-elle complète? Le site fait-il le tour de la question ou du sujet? Le chercheur pourra aussi mettre à jour des informations incomplètes, déceler les « trous », volontaires ou non. En effet, un auteur ou un organisme peut décider d’éviter de discuter de certains aspects, oublier de le faire ou l’omettre par ignorance. Il est mieux de le savoir avant d’accorder sa confiance à une source d’information!

Comment?

Comment l’information est-elle présentée? L’aspect visuel, la facilité de navigation, les couleurs, l’espacement, les polices, les images, la division du texte en petites portions, les titres pour faciliter le repérage, les hyperliens sont des éléments importants relatifs à la présentation. Un site devrait aussi être facile à consulter. L’objectif et le sujet traité devraient être clairement identifiés ainsi que les différentes parties du site. En général, les professionnels du Web privilégieront aussi l’utilisation d’appuis visuels.

Il convient aussi de vérifier si le site est conséquent et s’il livre effectivement l’information annoncée sur les pages d’accueil. Certains sites projettent une certaine image pour attirer des visiteurs et présentent ensuite des contenus autres, ce qui nuit à la crédibilité (par exemple, ce site utilise l’image et le nom du défenseur des droits des noirs aux États-Unis, mais prône la suprématie des blancs). Le niveau de langage devrait, également, être adapté au public cible : un site censé s’adresser aux jeunes de 6 à 11 ans qui présente des publicités “pour adultes” ou des pages pleines de textes serrés et complexes peut-il être jugé crédible?

Les auteurs de sites sérieux vont souvent fournir des pistes pour aider à débuter la triangulation discutée plus tôt ou à approfondir le sujet traité. Ils indiqueront, par des hyperliens ou des références, des sites qui confirment leurs propos et d’autres qui entretiennent des points de vue différents. Les informations provenant d’ailleurs devraient être facilement reconnaissables et faciliter la critique. Il arrive que des auteurs se citent mutuellement et s’appuient l’un et l’autre, mais sans jamais vraiment fournir de preuves solides. Dans le doute, il vaut parfois mieux faire ses propres vérifications en trouvant d’autres sources qui confirment ou non l’information trouvée à l’origine.

Quand?

La date à laquelle le site Web a été mis en ligne ou la date de la dernière mise à jour contribuent à l’appréciation de la valeur de l’information. Ainsi, le chercheur qui planifie ses vacances d’été ne souhaitera pas se fier à un site qui n’a pas été mis à jour depuis 18 mois!

Mais la date n’est pas toujours facile à trouver. Parfois au bas des pages, présentée pour chaque billet sur un blogue. Sur les wikis, il faudra peut-être explorer l’historique pour la découvrir. Si elle est absente ou si l’information est en ligne depuis très longtemps, le chercheur devra juger de la crédibilité et de la pertinence de l’information en se rapportant à d’autres critères.

Il peut vérifier si les liens présents sur la page Web consultée fonctionnent. Cet aspect est un bon indicateur de la fréquence de l’entretien d’une page Web. Par contre, ce ne sont pas nécessairement toutes les pages qui ont été mises en ligne au même moment. Sur les blogues, par exemple, les auteurs revisitent plus ou moins régulièrement leurs vieux billets, bien qu’ils continuent à en publier de nouveaux.

Où?

Chaque site disponible sur le Web a une adresse particulière que l’on nomme aussi URL. Comme elles sont porteuses de détails qui aident à évaluer l’information, le chercheur aura avantage à savoir les déchiffrer.

Un exemple appliqué d’analyse critique

Ce dossier de Carrefour éducation à propos d’Internet et de la loi, servira d’exemple.

1re partie (protocole) : indique qu’il s’agit d’un document hypertexte.

Dans l’exemple, le protocole est le « http ». Certaines URL débutent par « https », ce qui indique qu’il s’agit d’une page sécurisée, d’autres par « ftp », ce qui permet le transfert d’un fichier entre deux ordinateurs, d’autres « IRC », qui sont des sessions de clavardage.

2e partie (nom de domaine) : nom de l’hébergeur, de la personne ou de l’organisme responsable du site ou de la page consultée.

C’est la partie la plus intéressante de l’URL, puisque le domaine indique une personne ou un organisme qui a une certaine responsabilité vis-à-vis de l’information. Dans l’exemple, la page se trouve à l’intérieur du domaine “carrefour-education.qc.ca”.

Le domaine pourrait aider le chercheur à remonter la piste jusqu’à l’auteur en raccourcissant l’URL. Dans l’exemple, le chercheur qui serait tombé directement sur la page donnée en exemple sans connaître Carrefour éducation pourrait diriger son navigateur sur http://carrefour-education.qc.ca pour découvrir plus exactement où il est et qui endosse l’information trouvée.

3e partie (l’extension) : la fin du domaine.

Les extensions sont plus ou moins standards. Dans l’exemple, le “qc.ca” indique un site québécois. Plusieurs domaines informent sur leur provenance géographique, tandis que d’autres informent sur leur nature. Voir la liste des extensions.

4e partie (répertoire) : indique dans quels répertoires et sous-répertoires sur les serveurs de l’organisme ou de l’hébergeur du site se trouvent les fichiers ou la page consultée et dans quel format.


Devenir un chercheur critique, étape 4 :
Utiliser et citer l’information correctement

C’est le moment important où l’élève devra articuler ensemble les informations pour construire un tout cohérent (résumé, texte de recherche, opinion dans un débat, réponse à une question…).  Le chercheur critique dispose cependant d’outils et d’éléments qui l’aideront dans cette tâche. Il a, par exemple, identifié les forces et les faiblesses de chaque source. Il a triangulé l’information et a constaté ce qui fait l’unanimité ou non. Il a distingué les opinions des faits avérés. Il a évalué le niveau de crédibilité des auteurs.

Le chercheur critique devrait utiliser les observations qu’il a faites et le résultat de l’application des critères décrits plus tôt dans ce dossier afin de mieux articuler les informations trouvées les unes par rapport aux autres, de mettre de l’emphase sur ce qui est avéré ou le distinguer des opinions émises par certains auteurs.


Analyse de cas 1 :
Utiliser une vidéo sur Youtube

Émilie est en 6e année du primaire et doit faire une recherche à propos d’un animal originaire d’un autre pays. Comme première étape, son enseignante lui a demandé de choisir un animal. En fouillant sur Youtube et en questionnant ses amis, elle découvre une vidéo qui présente un documentaire à l’allure scientifique sur un animal européen peu connu : le dahu. Au premier coup d’oeil, cette vidéo peut sembler authentique en raison de sa présentation sous forme de documentaire. L’utilisation de termes scientifiques, la présentation de l’animal dans son habitat naturel et l’interview d’un spécialiste du dahu sont des éléments qui semblent suggérer un fond de vérité. Il est tout de même important de se questionner sur la crédibilité de l’information présentée dans ce documentaire. Voici, à titre d’exemple, ce qu’Émilie aurait pu remarquer.

Pourquoi?

Émilie a décidé de chercher sur le Web parce que c’est très rapide. Les moteurs de recherche disponibles lui permettent de cibler une région ou un type de contenu, donc d’exclure le Canada de ses recherches. Comme elle a accès à Internet à la maison, elle n’a pas à se déplacer. Elle sait ensuite qu’elle trouvera de l’information textuelle, mais aussi des photographies ou des vidéos.

Qui?

Les premières secondes de la vidéo présentent très rapidement « Supinfocom, Valenciennes ». Ce n’est pas un organisme, une institution ou une association connue, et il n’y a aucune façon de les rejoindre. Sur le Web, on dit qu’il s’agit d’une école d’infographie : « École SUPérieure d’INFOrmatique de COMmunication» située dans la ville de Valenciennes. Sur le site de l’école, on ne présente aucune trace de la vidéo.

Dans la vidéo, on présente Hartmutt Ziedler comme “l’éminent spécialiste du dahu”. On ne dit rien sur sa formation ou sur la façon de le joindre. Il n’a qu’un compte Facebook. Les autres liens répertoriés mènent tous à la vidéo. On mentionne aussi que l’Union européenne protège cet animal, mais il n’y a ni logo ni lien pour joindre les responsables. Et sur le site de l’Union européenne, aucune information sur la protection du dahu.

Dans le générique final, on présente les réalisateurs de la vidéo : Thibeault Berard, Vincent Gautier et Frederique Gyuran. Mais aucune information sur eux ni aucun lien pour les joindre. Ils font des remerciements plus ou moins sérieux (papa, maman, Garfield…).

Jusqu’à présent, la simple question « qui » nous fait énormément douter de l’information présentée dans cette vidéo. Personne n’assume la responsabilité du contenu, on ne présente aucune information sur les auteurs et il est impossible de les joindre. On ne peut donc pas vérifier si les auteurs sont une source d’informations crédible.

Quoi?

L’information présentée donne un bon aperçu du dahu. Le langage utilisé est clair et relève parfois du domaine scientifique. Les auteurs ne semblent pas avoir été guidés par leurs sentiments ou leurs opinions. Il s’agit d’une présentation de faits qui expliquent par exemple l’origine, l’habitat, le mode de reproduction, etc.

La vidéo a été produite dans une langue étrangère, d’abord traduite en anglais, puis retraduite en français. Aucun lien ne mène vers d’autres sites afin de compléter l’information. De plus, l’information présentée ne concorde pas avec d’autres sources d’informations trouvées sur le Web. Dans un dictionnaire en ligne ou sur Wikipédia, on découvre que le dahu est un animal imaginaire. Il est impossible de corroborer l’information présentée dans la vidéo à l’aide d’une ressource extérieure. La fiabilité de l’information est donc fortement mise à l’épreuve.

Par ailleurs, l’information présentée revêt parfois un caractère complètement ridicule. Par exemple : « Pour chasser le dahu, mettez-lui du poivre sur la queue, il se retournera et tombera de la montagne. » Nous n’avons pas besoin d’être un expert en faune terrestre pour comprendre qu’il s’agit d’informations farfelues.

Comment?

À l’écoute de la vidéo, on constate que l’information est présentée sous forme de reportage scientifique. Le sujet est amené de façon progressive et il y a une cohérence entre les idées. L’information est organisée, elle semble complète et simple à comprendre. Ces éléments sont positifs.

Par contre, aucun « copyright » ne protège l’information présentée et il n’y a aucune indication sur les possibilités de réutiliser l’information. On ne trouve aucun lien pour la recherche d’informations complémentaires. Parfois, la définition graphique de la vidéo porte aussi à croire qu’il s’agit d’un montage d’animation. L’image de l’animal semble avoir été collée sur le paysage.

Quand?

Aucune date n’est indiquée dans le documentaire, mais l’information sur la page de Youtube présentant la vidéo indique qu’elle a été mise en ligne le 30 octobre 2007. Il est cependant impossible de savoir si la vidéo était plus âgée.

Où?

La vidéo est présentée sur Youtube et est classée dans la catégorie « humour ». On ne retrouve aucune information sur la personne ayant publié la vidéo. D’autres utilisateurs de Youtube ont aussi mis cette vidéo en ligne.

Quelles conclusions Émilie devrait-elle tirer?

Dans l’ensemble, plusieurs aspects entachent la crédibilité de cette vidéo. Les auteurs et le spécialiste sont d’abord difficiles à identifier et à joindre. L’information présentée est ensuite contredite par d’autres sites Web et la date de réalisation de la vidéo est inconnue. Les faits que la vidéo soit classée dans la catégorie “humour” et que les propos soient parfois farfelus devraient aussi la faire douter. La somme de ces éléments devrait pousser Émilie à choisir un autre animal pour son travail scolaire.


Analyse de cas 2 :
Utiliser une vidéo sur Facebook 

Âgée de 20 ans, Mélanie étudie en éducation préscolaire et en enseignement primaire à l’université. Les réseaux sociaux font partie de son quotidien. Elle y socialise et s’informe sur l’actualité. Dernièrement, Mélanie a écouté une vidéo publiée par l’une de ses camarades et provenant de Youtube. Le contenu de la vidéo « Les enfants : tubes à essai sur pattes » était si surprenant qu’elle désirait l’utiliser lors d’un prochain exposé. Elle explique l’existence d’un lien entre l’hyperactivité chez les jeunes et les additifs alimentaires. Avant de produire son exposé, Mélanie devrait valider le contenu de sa source Web. Voici un aperçu de ce qu’elle obtiendrait.

Pourquoi?

À première vue, Mélanie considère que l’information présentée est intéressante et vraisemblable. Elle désire travailler avec les enfants et cette vidéo touche donc à l’un de ses centres d’intérêt. Le reportage est en apparence scientifique et basé sur une expérimentation effectuée dans une école primaire. Facile à consulter et accessible depuis la maison, la vidéo est un média riche en paroles et images.

Qui?

Dans cette vidéo, il n’y a aucune information sur le ou la véritable responsable du contenu. Elle semble beaucoup centrée sur l’analyse de Mme Sue Dengate présentée dans le reportage et sur des observations faites sur le terrain. On décrit la spécialiste comme étant auteure et détective en nutrition, mais lorsqu’on consulte son propre site Web, on apprend qu’elle a obtenu un diplôme en psychologie et qu’elle a été enseignante. Ce serait plutôt son mari qui aurait fait des études en nutrition, étant docteur et scientifique dans ce domaine.

Sa biographie, ses publications et ses supposées recherches sont aussi présentées sur le site. Plusieurs hyperliens sont disponibles et mènent souvent à un autre endroit du site, ou encore vers d’autres sites qui présentent le même point de vue. Il y a aussi des actualités qui semblent toutes très alarmantes et plus ou moins liées à l’intolérance alimentaire ou à la nutrition.

Le lien permettant de la joindre était non fonctionnel au moment d’écrire ce dossier. On nous invite à acheter ses livres et DVD qui décrient une industrie qui rendrait nos enfants malades. Le site présente même les symptômes de l’intolérance alimentaire dès la page d’accueil. La longueur de la liste apparaît invraisemblable. Ces constatations devraient amener Mélanie à douter de la crédibilité du site de la spécialiste et, par conséquent, à douter des propos de Mme Dengate.

Quoi? Quelle information obtenons-nous?

La situation est présentée avec un ton alarmiste. Le message véhiculé incite l’auditoire à se poser des questions et à douter de l’efficacité des autorités responsables de la qualité alimentaire. Les sources susceptibles d’appuyer ces propos ne sont ni accessibles, ni clairement énoncées. On mentionne qu’une étude effectuée au Royaume-Uni est à la base de cette expérimentation. Mais sur le site de l’« European Food Safety Authority », on explique que cette étude n’apporte pas de preuve d’un lien de cause à effet entre les colorants individuels et d’éventuels effets sur le comportement.

Sur le Web, plusieurs sites soutiennent cette dénonciation. Psychomédia est un site québécois dont l’objectif est la transmission d’information de qualité en psychologie. Pour y soumettre un article, une simple adresse courriel suffit. On y présente trois articles sur le sujet, et on réfère à l’étude effectuée au Royaume-Uni. Même chose pour l’article sur le site de Radio-Canada. (Pas d’hyperliens?)

Bien qu’il existe une multitude de sites proposant un lien entre les colorants alimentaires et l’hyperactivité, ils mentionnent tous l’étude effectuée au Royaume-Uni comme référence scientifique ou font référence à d’autres articles qui fondent leur propos sur cette étude. Le sujet des additifs et de l’hyperactivité apparaît sur divers forums et d’autres sites n’ayant aucune source scientifique.

Mélanie devrait commencer à remettre cette information en cause, car toutes les sources d’informations répertoriées citent la même référence scientifique qui a été démentie par un organisme reconnu. De plus, sur le site de l’école identifiée dans la vidéo, rien ne mentionne la participation de l’école à cette expérimentation ni la collaboration avec Mme Sue Dengate.

Comment?

L’information, présentée sous forme de reportage, est cohérente, compréhensible et vraisemblable. De vrais élèves et adultes sont interviewés. Même si on laisse entendre qu’il y a une relation de cause à effet et qu’on met l’emphase sur le changement et les bienfaits de l’expérimentation effectuée, on ne propose aucun lien ni référence pour approfondir le sujet.

Plusieurs questions importantes n’ont pas été abordées dans la vidéo : Comment a-t-on contrôlé le contexte pour empêcher que d’autres éléments interviennent dans l’expérimentation? Qui était responsable et comment les enfants et leurs familles ont été supervisés pendant l’expérimentation? Des enfants et des adultes peuvent-ils réellement déchiffrer toutes les étiquettes comme on le laisse entendre? Etc.

Bref, on peut avoir joué avec les apparences et les preuves présentées sont insuffisantes ou ne sont pas défendues. Cela pourrait être volontaire ou lié au format de la présentation qui ressemble à un reportage pour la télévision. Plus accessoirement, l’information présentée ne semble pas protégée par un « copyright » et il n’y a aucune explication sur les possibilités de l’utiliser.

Quand?

Aucune date n’est présente dans la vidéo.

Où?

Cette vidéo est présentée sur Youtube et porte le nom « Les enfants : tubes à essai sur pattes » par solutionprudction. Les informations concernant l’utilisateur qui a publié cette vidéo ne sont pas pertinentes, on ne peut ni le joindre ni voir son identité. Un lien mène à un site nommé « Santé en danger » qui propose d’autres vidéos sur l’effet des colorants alimentaires sur le comportement des enfants. Ce site semble rapporter les mêmes informations, sur le même ton, de la même manière. On nous y propose d’acheter des livres et des DVD sur des sujets proches, mais écrits par une auteure française.

Quelles conclusions Mélanie devrait-elle tirer?

La crédibilité de la « scientifique » devrait sérieusement être mise en doute. Il est anormal que son site ne fournisse pas de références et ni de lien pour la joindre. Les hyperliens mènent trop souvent sur le même site ou sur le site de personnes ou organismes qui tiennent le même discours en s’appuyant sur les mêmes faits. De plus, un organisme reconnu critique l’étude sur laquelle l’expérimentation est basée. Le ton un peu alarmiste de la vidéo et du site de la “spécialiste” et le manque de rigueur scientifique dans l’expérimentation devraient convaincre Mélanie de ne pas se fier à cette vidéo. Les liens de causalité présentés ne semblent pas avoir été prouvés.

Les vérifications effectuées témoignent par contre que ce sujet intéresse beaucoup de gens qui semblent croire que certains additifs alimentaires sont dangereux. Il semble y avoir place pour un débat. Si le sujet l’intéresse vraiment, Mélanie devrait faire des recherches supplémentaires : chercher des articles qui adoptent un point de vue différent ou qui démontrent plus solidement qu’il y a ou non un lien. Elle pourrait aussi consulter des articles plus sérieux sur le sujet et ayant été validés par d’autres chercheurs spécialistes dans le même domaine (validation par les pairs). Elle pourrait aussi probablement tenter de contacter un spécialiste dans son université ou dans sa région qui serait plus à même de l’éclairer sur le sujet.


Conclusion et pour en savoir plus :

– Lisez un dossier de vulgarisation scientifique sur le même sujet
– Téléchargez la webographie, un répertoire de sites Web sur l’évaluation de l’information et les activités pédagogiques à réaliser en classe (PDF)
– Téléchargez le dossier complet et plus détaillé (PDF)
– Lisez le dossier Développer des pratiques critiques sur Internet (des mêmes auteurs)
–      Lisez l’article Décortiquer une page Web sur le site de Réseau Éducation-Médias
–      Téléchargez la webographie, un répertoire de sites Web sur l’évaluation de l’information et les activités pédagogiques à réaliser en classe (PDF)

Il est difficile de proposer une recette générique qui convient à toutes les situations en matière de jugement ou d’appréciation de la qualité, de la crédibilité ou de la fiabilité de l’information trouvée sur le Web. En effet, le processus et les critères diffèrent selon le contexte, le type de sources d’information auquel on fait face, nos compétences et le sujet. Souvent, il faudra revenir en arrière, recommencer, s’adapter…

Les 6 questions du Cyberespace du réseau Éducation-Médias constituent un excellent point de départ. Nous ajouterons cependant quelques nuances qui sont associées au jugement de l’information et qui nécessitent la mise en œuvre des pratiques critiques.

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