Le Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE), en collaboration avec l’Association des doyens, doyennes et directeurs, directrices pour l’étude et la recherche en éducation au Québec (ADEREQ), a récemment dévoilé les résultats de la plus vaste enquête jamais menée auprès des étudiantes et étudiants en formation à l’enseignement au Québec. Réalisée auprès de 2 902 répondants issus de plusieurs universités québécoises, cette étude d’envergure offre un regard sur le profil, les motivations, les difficultés vécues et les aspirations professionnelles des futurs enseignants et enseignantes.
Initiée par le regretté professeur Maurice Tardif, éminent chercheur de l’Université de Montréal et cofondateur du CRIFPE, cette enquête constitue une contribution à la compréhension des conditions de formation et des enjeux liés à l’entrée dans la profession enseignante.
Un choix professionnel toujours motivé… mais mis à l’épreuve
L’enquête révèle que les motivations qui poussent les étudiantes et étudiants à choisir la profession enseignante demeurent fortes et ancrées dans le désir de contribuer à la société, d’agir auprès des jeunes et de transmettre des savoirs. Toutefois, malgré cet engagement initial, près de la moitié des personnes sondées (47,2 %) ont déjà envisagé d’abandonner leur formation. Ce constat met en évidence la fragilité du parcours et les obstacles rencontrés par plusieurs.
Parmi les défis évoqués, plus de 90 % des répondants déclarent éprouver des difficultés à concilier leurs études avec leur vie personnelle, notamment en raison de la charge de travail, du stress et de la précarité financière. Ces tensions influencent non seulement leur bien-être, mais également leur persévérance dans le programme.
Portrait d’une relève résiliente
Malgré les embûches, l’étude met aussi en lumière la détermination des futurs enseignants. En effet, près de la moitié des répondants inscrits dans les programmes de baccalauréat et de maîtrise – deux des quatre types de formation initiale recensés dans l’enquête (baccalauréat, maîtrise qualifiante, programme en formation professionnelle, formation en adaptation scolaire) – indiquent qu’ils se projettent dans la profession enseignante jusqu’à la retraite. Ce constat suggère que, malgré les défis rencontrés en cours de formation, une proportion significative d’étudiants envisage une carrière à long terme dans le milieu scolaire, lorsqu’ils bénéficient des conditions nécessaires à leur persévérance.
Des pistes d’action pour mieux soutenir la relève
Plusieurs observations issues du rapport peuvent être interprétées comme des leviers d’action. Voici quelques suggestions tirées des constats généraux :
- Renforcer l’accompagnement et le soutien psychosocial
Étant donné que 47,2 % des étudiants ont songé à abandonner leur formation et que plus de 90 % évoquent des difficultés à concilier études et vie personnelle, il est essentiel de prévoir un soutien accru, notamment par :
- Des services de santé mentale mieux accessibles.
- Du mentorat par des pairs ou des enseignants expérimentés.
- Un encadrement plus personnalisé pendant les stages.
- Adapter les programmes de formation à la diversité des profils
Le rapport montre une diversité de parcours (étudiants en réorientation, mères étudiantes, étudiants de différents milieux sociaux). Cela invite à :
- Offrir des cheminements flexibles ou adaptés (ex. : horaires aménagés).
- Revoir certaines exigences de stage pour favoriser la conciliation études-vie personnelle.
- Valoriser davantage la profession et les débouchés
La motivation des étudiants reste forte, mais l’incertitude quant à l’avenir professionnel est présente. Il est donc utile de :
- Mieux informer les étudiants dès le début du programme sur les conditions de travail réelles.
- Renforcer les liens avec les milieux scolaires dès la première année pour créer un sentiment d’appartenance.
- Favoriser des partenariats université-milieu scolaire
Des stages mieux intégrés et accompagnés pourraient améliorer la transition vers la profession.
- Renforcer les liens entre les superviseurs universitaires et les enseignants associés.
- Encourager des projets communs entre étudiants et milieux scolaires dès les premières sessions.
Ce projet de recherche s’inscrit dans une volonté de doter le Québec de données fiables et structurantes sur la formation à l’enseignement. En offrant une vue d’ensemble des aspirations, des difficultés et des besoins de la relève, il constitue un outil précieux pour les décideurs, les universités, les formateurs et tous les acteurs du monde scolaire.






