Le rythme des innovations en intelligence artificielle générative est tel qu’il devient difficile de distinguer l’effet de mode des fonctionnalités réellement utiles en éducation. Lors d’une récente présentation destinée à la communauté des conseillers du RÉCIT et des services TI du Québec, Alexandre Bazinet, du CSS des Mille-Îles, a fait le point sur une série de nouveautés dans ChatGPT et Gemini qui, loin d’être anecdotiques, transforment déjà les pratiques professionnelles des enseignants et des gestionnaires scolaires.
Voici ce qu’il faut retenir, et surtout, comment ces outils peuvent être utilisés de manière pédagogique et réaliste.
1. ChatGPT : d’un simple agent conversationnel à un espace de travail collaboratif
Un mode vocal intégré au flux de travail
Le mode vocal de ChatGPT a été repensé pour s’intégrer directement à la fenêtre de clavardage. Contrairement à l’ancienne version, qui isolait la conversation vocale en plein écran, il est maintenant possible de parler, d’écrire, de consulter des documents et de poursuivre d’autres tâches simultanément.
Pourquoi c’est important en éducation?
Ce fonctionnement reflète davantage une situation authentique de travail : réfléchir à voix haute, ajuster une consigne, reformuler une explication ou interrompre l’IA pour préciser un besoin, sans perdre le fil de la discussion.
Des projets partagés, même en version gratuite
Autre nouveauté marquante : la possibilité de créer des projets collaboratifs dans ChatGPT, accessibles même sans abonnement payant. Chaque participant conserve son compte personnel, mais collabore dans un même espace où les documents et les échanges sont partagés, avec l’IA « dans la boucle ».
Applications concrètes :
- co-planification de situations d’apprentissage;
- rédaction collective de grilles d’évaluation;
- préparation d’examens ou d’activités interdisciplinaires.
ChatGPT comme plateforme intégrée
L’intégration de services externes comme Canva ou même Spotify annonce une volonté claire : faire de ChatGPT un véritable hub de création. L’enseignant peut concevoir un visuel, l’adapter et l’intégrer à son matériel sans multiplier les plateformes. Cette centralisation réduit la charge cognitive et le temps de préparation.
2. Gemini : puissance gratuite et outils de création avancés
Le mode Réflexion : un changement de calibre
Dans Gemini, le simple passage du mode « rapide » au mode « réflexion » active Gemini 3 Pro, un modèle nettement plus performant et gratuit. Les gains sont particulièrement visibles dans le raisonnement, la programmation, la structuration d’idées complexes et la génération de contenus pédagogiques.
Pour le personnel scolaire, cela signifie accéder à un niveau de qualité habituellement réservé aux versions payantes d’autres outils.
(Note de la rédaction : entre la présentation d’Alexandre Bazinet et la rédaction de cet article, Gemini 3 Flash a fait son apparition, un modèle qu’on dit encore plus efficace!)
Des micro-sites éducatifs générés en une requête
Parmi les fonctionnalités les plus impressionnantes : la capacité de Gemini à générer une page Web complète et interactive à partir d’une simple consigne via l’option « Mise en page visuelle ». Onglets, liens, contenus multimédias et même cartes interactives peuvent être intégrés automatiquement.
Bien que cette option ne soit pas encore disponible dans les comptes éducatifs (uniquement via un compte personnel), elle préfigure un usage prometteur : fournir aux élèves des espaces d’apprentissage autonomes, structurés autour d’un thème ou d’une question.
Infographies et visuels pédagogiques avec Nano Banana Pro
En mode Réflexion, Gemini donne accès à Nano Banana Pro, un générateur d’images et d’infographies qui « réfléchit » à la mise en page. Résultat : moins d’erreurs textuelles, une meilleure hiérarchisation visuelle et des productions plus exploitables en classe.
Usages possibles : synthèses de notions, schémas explicatifs, frises chronologiques, supports pour l’enseignement explicite.
Créer des présentations réellement utilisables
Gemini permet aussi de générer des présentations Google Slides entièrement éditables, avec des images provenant du Web et clairement sourcées. Cette transparence est particulièrement appréciée en contexte scolaire, tant pour le droit d’auteur que pour la possibilité d’adapter le contenu aux besoins réels des élèves.
3. NotebookLM : lutter contre l’illusion d’apprentissage
Google positionne NotebookLM comme un outil d’étude structuré, conçu pour éviter un piège bien connu : l’illusion de compréhension. En effet, comprendre une explication ne signifie pas nécessairement avoir appris.
NotebookLM propose notamment :
- des quiz adaptatifs qui ciblent les erreurs;
- des cartes éclair modulables selon le niveau;
- des explications ciblées sur les notions mal comprises;
- le partage en lecture seule via Classroom, empêchant les élèves d’ajouter des sources non validées.
L’enseignant conserve ainsi un contrôle pédagogique tout en offrant un outil puissant d’autorégulation des apprentissages.
4. Une transformation majeure : les enseignants deviennent créateurs d’outils
Un des constats les plus forts partagés par Alexandre Bazinet concerne l’autonomisation professionnelle. Grâce à l’IA, les enseignants ne sont plus limités aux outils existants : ils peuvent créer eux-mêmes des outils pédagogiques sur mesure, sans expertise technique préalable.
Exemples observés sur le terrain :
- applications maison pour le calcul de pointage en éducation physique;
- modules de pratique personnalisés selon le vocabulaire d’un groupe;
- sites de ressources adaptés à une école ou à un cycle.
Ce qui nécessitait autrefois des compétences techniques avancées devient accessible en quelques minutes et l’IA devient ainsi un levier d’autonomisation professionnelle.
Deux visions complémentaires pour l’école
La conclusion d’Alexandre Bazinet est que ChatGPT se démarque par la qualité de son interface et ses fonctions collaboratives, alors que Gemini impressionne par la puissance de son modèle gratuit et ses capacités de création avancées. Pour le milieu scolaire, à son avis, ces outils ne s’opposent pas : ils se complètent.
Bien utilisés, ils permettent de gagner du temps, de différencier l’enseignement et, surtout, de redonner aux enseignants un pouvoir de création pédagogique sans précédent.
Et vous, quels sont vos meilleurs usages de ces agents conversationnels?
Merci à Alexandre Bazinet pour sa collaboration à cet article!









