Un format ouvert pour faciliter le partage des contenus TBI

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Le TBI : un réel potentiel pédagogique, mais de nombreux défis à surmonter

Dans un contexte où, depuis bientôt cinq ans, les tableaux interactifs ont été implantés de façon massive dans la plupart des écoles du Québec, la Chaire de recherche du Canada sur les technologies en éducation a mené une étude visant à identifier les usages ainsi que les avantages et les défis de son utilisation.

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Le 4 février dernier, Ghislain Samson et Sonia Lefebvre, professeurs à l’UQTR, ont présenté le bilan de leur recherche portant sur les impacts de l’utilisation du tableau blanc interactif. Quelles sont les pratiques pédagogiques des enseignants du primaire et du secondaire qui l’intègrent à leur pédagogie? C’est ce que leur étude voulait détailler.
Grande-Bretagne – L’Agence britannique BECTA a conclu un important accord avec les principaux fabricants de tableaux blancs interactifs (TBI) pour le développement et le support d’un format de fichier ouvert (CFF), qui facilitera l’échange de matériel pédagogique quelle que soit la marque de tableau utilisée.
Voilà une nouvelle des plus importantes et des plus réjouissantes. Alors qu’on reproche de plus en plus aux fabricants de matériel informatique de développer des solutions dites propriétaires, ce pas en avant risque d’entraîner des conséquences très positives pour le milieu scolaire, autant pour les éducateurs que les éditeurs de contenus.

La nouvelle a notamment été rapportée le 2 avril dernier par le quotidien Web eSchool News.

À ce jour, Promethean (ActivBoard), eInstruction, Hitachi, Luidia, Mimio, PolyVision, RM, Sahara Presentation Systems, SMART Technologies et TeamBoard se sont engagés à supporter ce format de fichier en Grande-Bretagne. Le suspense demeure quant à l’Amérique : emboîteront-ils le pas aussi?

Les origines du projet

En 2007, la British Educational Communications and Technology Agency (BECTA), qui assure un leadership au niveau de l’utilisation des technologies éducatives au Royaume-Uni, a mandaté le Groupe RM, l’un des principaux fournisseurs de matériel informatique européens en éducation, pour aborder le problème de la non-compatibilité du matériel pédagogique entre les différentes marques de TBI.

En effet, la majorité des documents créés avec un logiciel ne peuvent être lus par les autres, limitant du même coup les possibilités de partage entre enseignants. La mission du Groupe RM : développer un standard d’interopérabilité dans l’industrie qui profiterait au milieu scolaire.

Tel que résumé par le site d’information en éducation educa.ch, les principaux constats du début du projet étaient :
– De plusieurs études menées en Angleterre, le pays avec le plus grand nombre de TBI (environ 90% des classes équipées), il ressort qu’un grand nombre d’enseignants n’utilisent que les fonctions de base de leur TBI.
– Les TBI, quelle que soit leur marque, ont des fonctionnalités de base très similaires. Le Common File Format (CFF) est basé sur ces fonctionnalités partagées.

En 2010, BECTA et RM ont non seulement créé un format de fichier pour les logiciels (.iwb), mais aussi une application qui permet de visionner les fichiers, de la documentation d’accompagnement et une bibliothèque de code que les développeurs de logiciels peuvent intégrer dans leurs applications.

Dans le communiqué émis par la BECTA à ce sujet, Steve Lucey, directeur exécutif des technologies stratégiques, explique ceci : « Nous savons que les TBI sont capables de donner vie aux leçons, de motiver les apprenants à participer avec enthousiasme et de les aider àobtenir de meilleurs résultats. Nous voulons donc aider le milieu scolaire à obtenir un meilleur retour sur leur investissement en technologie, ce qui est plus important que jamais dans le contexte économique actuel. Partager des ressources et des idées est l’une des façons de stimuler une utilisation plus efficace des technologies et de tirer le meilleur profit des investissements. »

« Partager des ressources et des idées est l’une des façons de stimuler une utilisation plus efficace des technologies et de tirer le meilleur profit des investissements. »

Steve Lucey raconte que la BECTA était depuis longtemps sollicitée par les utilisateurs de TBI de partout dans le monde pour développer ce format de fichier commun. Des ministres de l’éducation de plusieurs pays européens y voient un moyen de faciliter le déploiement des TBI à leur échelle nationale.

Le but ultime du Common File Format (CFF) d’extension .iwb (pour interactive whiteboard) est de pouvoir produire des fichiers que n’importe quel logiciel pourra ouvrir et même les enseignants qui ne possèdent pas de TBI pourront utiliser.

Quand pourrons-nous voir concrètement un exemple de ce nouveau format ouvert? Comme l’explique eSchool News, bien que les fabricants aient accepté de l’inclure dans leur logiciel, il faudra attendre un cycle de mise à jour pour que le format soit supporté.

À ce jour, le logiciel Draw 5.5 de TeamBoard serait le premier logiciel commercial à supporter le format. RM Easiteach suivra sous peu. De son côté, le TBI Polyvision ne fournit pas de logiciel particulier, on peut donc choisir lequel on veut utiliser.

Vous pouvez télécharger le lecteur CFF.

Et au Canada?

Comme le marché canadien dépend beaucoup du marché américain et que nos voisins du sud ne disposent pas d’une organisation comme la BECTA en Grande-Bretagne, on pense que l’adoption du format ouvert sera plus longue ici.

Cela est d’autant plus prévisible que le marché est actuellement divisé en deux portions égales entre Smart Technologies et Promethean, tous deux fournissant un logiciel propriétaire (Smart Notebook et Promethan ActivInspire).

Du côté européen, on a convaincu les deux gros joueurs en ratifiant internationalement le standard, ce qui assure qu’il sera un pré-requis dans les futurs appels d’offre.

Aux États-Unis, RM a annoncé le lancement au printemps d’une nouvelle génération de sa plateforme Easiteach qui supportera le CFF, devenant donc la première sur le continent. eSchoolNews a tenté d’avoir des commentaires des autres fabricants : Promethean n’a pas voulu se commettre, et Smart a tout simplement refusé de commenter.

Promethean n’a pas voulu se commettre, et Smart a tout simplement refusé de commenter.

Malgré tout, certaines organisations américaines pourraient vouloir relever le défi. Par exemple, on peut penser au School Interoperability Framework (SIF), qui aide déjà les institutions primaires et secondaires à se partager des données, ou encore au IMS Global Learning Consortium, qui a développé un format standard permettant à n’importe quel contenu numérique d’être utilisé dans une plateforme d’apprentissage, un système d’information pour les élèves ou un portail Web. D’ailleurs, Promethean permet l’importation d’évaluations montées selon ce standard dans son logiciel ActivInspire.

Trois scénarios pourraient déclencher l’adoption du format en Amérique :
– si c’était le mandat d’une agence gouvernementale, comme ce fut le cas pour le format NTSC en télévision;
– si le mouvement était initié par l’industrie : les fabricants pourraient s’entendre sur un CFF pour les écoles d’ici;
– si un joueur majeur de l’industrie s’engageait à supporter le format, ce qui forcerait les autres à suivre par la pression du marché.

Certaines personnes interviewées par eSchool News pensent que le plus simple serait l’initiative gouvernementale. Comme les fabricants de tableaux ont différents besoins, des standards très complexes pourraient émaner s’ils ne sont pas encadrés. Ceci dit, la majorité s’entend sur le fait qu’aux Etats-Unis, de tels changements peuvent également être initiés par la base, comme par la pression des éducateurs ou par les fournisseurs eux-mêmes.

Selon le fabricant TeamBoard, un CFF aide les enseignants deux façons : premièrement, il leur ouvre la porte d’un monde de contenus accessibles peut importe le support utilisé, ce qui par ailleurs ne peut qu’accroître l’utilité de la technologie interactive. Deuxièmement, cela encourage les enseignants à s’investir dans la création de matériel car ils savent que celui-ci pourra profiter à la communauté.

Les défis sont grands

Le site québécois Zone libre en éducation se réjouit de ce projet. « Le tableau blanc interactif n’échappe pas à la logique qui veut qu’il n’est pas bon de cadenasser ses données et de les enfermer dans un seul système ou logiciel », peut-on y lire.

Bien que le progrès au Royaume-Uni soit significatif, le projet global en est tout de même à ses débuts. Plusieurs croient qu’un CFF aura un réel impact une fois qu’il sera intégré à des standards d’apprentissage communs et lorsque que les créateurs auront la possibilité de catégoriser leurs ressources, par exemple en y stockant des informations comme le nom de l’auteur, le niveau visé et des mots-clés sur les objectifs d’apprentissage.

Au Québec, l’organisme Normetic est justement voué à l’application d’un standard dans la catégorisation de ressources numériques en apprentissage. Pour lui, la catégorisation standardisée permet en plus d’accroître la réutilisation des ressources, de rendre accessibles des ressources de qualité, durables et interopérables, de les repérer, et enfin de créer un patrimoine éducatif, interopérable, accessible et réutilisable.

En tant que créatrice de contenus éducatifs pour les tableaux interactifs, je me questionne un peu sur les fonctionnalités qui seront interopérables, car je crains un nivellement vers le bas. Si tel logiciel permet telle application, mais que l’autre ne le permet pas, alors on l’enlève.

Les tableaux interactifs étant si souvent associés à l’enseignement magistral lorsqu’utilisés par des enseignants ayant déjà cette tendance ou mal formés, je crains que les fonctionnalités retenues n’amplifient cette tendance.

Mais avec une stratégie d’implantation solide, accompagnée de formation adéquate, j’ai quand même espoir qu’au bout du compte, une telle initiative ait plus d’avantages que d’inconvénients.

Vous avez maintenant la parole!

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Audrey Miller
Audrey Millerhttps://ecolebranchee.com
Éditrice de L’École branchée, elle détient une formation universitaire en technologies éducatives et en communication publique. Membre de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), elle couvre particulièrement l'actualité liée au développement professionnel des enseignants, à l'information à l'ère du numérique et à l'éducation aux médias. Elle s'implique dans l'écosystème éducatif, notamment dans l'AQUOPS, Edteq et en tant que membre du comité #Francosphère de l'ACELF.