Avec la collaboration de Nicole Arsenault, déléguée pédagogique à l’École branchée
La lieutenante-gouverneure de l’Ontario, Édith Dumont, a ouvert le colloque avec une allocution empreinte d’engagement et de fierté. Première francophone à occuper cette fonction dans la province, celle qui a aussi été enseignante et directrice d’école a souligné l’importance de rester connecté au terrain, évoquant symboliquement l’attente aux autobus scolaires comme un moment clé du quotidien pour les élèves et le personnel scolaire. « C’est le moment que j’aimais le plus dans ma carrière et ça me manque! »
Rappelant que 1,6 million de francophones vivent en Ontario, elle a mis en lumière la richesse de cette diversité et la vitalité du fait français. Pour elle, vivre en français, c’est lire, rire, s’amuser, mais aussi comprendre la valeur économique, sociale et culturelle du bilinguisme. Elle a encouragé les leaders scolaires à « allumer des étincelles » dans le parcours des élèves, à célébrer les réussites et à mobiliser les talents pour bâtir un avenir audacieux, inclusif et francophone.
Le colloque de l’ADFO a été ponctué de session d’ateliers (nous en résumons certaines dans de futurs articles) et de quatre grandes conférences qui se voulaient source d’inspiration pour les participants. Voici un aperçu des quatre conférences principales.
Sébastien Sasseville : Gravir ensemble les sommets du leadership
L’aventurier et conférencier Sébastien Sasseville a offert une conférence inspirante en s’appuyant son expérience de l’ascension de l’Everest et d’autres défis sportifs extrêmes qu’il a réalisés pour parler de collaboration, de leadership et de dépassement de soi. Selon lui, la réussite collective repose moins sur le défi lui-même que sur le sens qu’on lui donne. « Pour gravir un sommet, il ne suffit pas d’avoir les compétences techniques : il faut aussi cultiver une mission commune et un esprit d’équipe solide », a-t-il rappelé à quelques reprises.
Il a insisté sur l’importance de la posture et de la culture de collaboration. Aucun sommet ne s’atteint seul : le rôle du « sherpa » – celui qui aide les autres à atteindre leur plein potentiel – devient essentiel dans toute organisation. En contexte scolaire, cela signifie que chaque membre d’une équipe-école doit pouvoir compter sur ses collègues pour progresser, apprendre et contribuer au succès collectif.
Il a souligné la nécessité de communications fréquentes, même brèves, pour entretenir l’élan et la confiance. Le leadership, selon lui, ne consiste pas à dire aux autres quoi faire, mais à incarner un message mobilisateur. Il a également évoqué la nécessité d’accepter le changement, de demander de l’aide et de faire preuve d’humilité.
L’atteinte d’un objectif commun, a-t-il rappelé, se fait par étapes, avec des montées et des retours en arrière, comme sur l’Everest, où il faut redescendre plusieurs fois avant de pouvoir monter plus haut. Ce processus est au cœur de l’apprentissage : les moments les plus exigeants sont souvent ceux qui forgent les plus grandes réussites. « Accepter de changer le comment pour continuer à servir le pourquoi », a-t-il résumé avec justesse.
Sylvie Bernier : Être et agir, un tremplin vers le mieux-être
Sylvie Bernier, première Québécoise à avoir remporté une médaille d’or olympique en 1984, a proposé une réflexion profondément humaine et inspirante sur l’importance de prendre soin de soi, tant sur le plan personnel que professionnel. Son message : pour continuer à performer et à servir les autres, il faut d’abord se choisir et préserver son équilibre.
Sylvie Bernier a retracé les moments clés de sa carrière et de sa vie, y compris l’après-médaille, sans jugement ni culpabilité, avec authenticité. Elle a abordé les nombreux défis contemporains — stress, anxiété, isolement, surcharge mentale, épuisement — qui affectent grandement l’équilibre de vie, et souvent la santé physique et mentale. Face à ces réalités, elle invite chacun à poser un geste fondamental : s’arrêter, écouter les signaux du corps, et faire le choix conscient d’instaurer de saines habitudes de vie. Il n’est jamais trop tôt ni trop tard pour amorcer des changements bénéfiques, dit-elle.
Avec son témoignage, elle a rappelé à tous les leaders scolaires que le mieux-être n’est pas un luxe, mais une nécessité. Et que c’est en prenant soin de soi qu’on peut durablement prendre soin des autres.
Carol Allain : La révolution numérique – L’humain d’abord
De son côté, Carol Allain, conférencier bien connu pour son regard incisif et souvent teinté d’humour sur les générations montantes, a invité les participants à réfléchir aux impacts de la transformation numérique sur les jeunes d’aujourd’hui — et aux façons dont l’école peut (et doit) évoluer en conséquence.
Selon lui, les jeunes générations, qui terminent désormais leur adolescence autour de 24 ans (!), cherchent avant tout à être vues, entendues et écoutées. « Le besoin d’appartenance et de reconnaissance est plus fort que jamais, dans une société où les interactions numériques dominent. De même, puisqu’ils sont peu nombreux dans les familles, les jeunes ont été habitués à recevoir toute l’attention. »
M. Allain a souligné qu’en dépit des apparences, les communautés ne se forment plus aussi naturellement qu’auparavant. Dans ce contexte, l’école a un rôle essentiel à jouer pour « recréer du lien », renforcer les interactions sociales et soutenir la vie citoyenne. « Les institutions doivent repenser leur fonctionnement : favoriser des environnements collaboratifs, horizontaux, ancrés dans le vivre-ensemble, et qui misent sur la relation humaine comme fondement de l’apprentissage. »
Finalement, il propose d’encourager le dialogue intergénérationnel, de s’intéresser sincèrement à ce que les jeunes vivent et pensent, et de reconnaître leur besoin de socialisation et de proximité. Il est convaincu que les éducateurs peuvent également apprendre de la culture des jeunes et en profiter pour changer leurs habitudes et oser des approches qui susciteront l’étonnement, l’intérêt et l’implication.
Jasmin Bergeron : Le plaisir et le rire au travail
Finalement, pour clore le colloque, Jasmin Bergeron a démontré que performance et bien-être ne sont pas incompatibles — bien au contraire. Et cela commence par la gestion des attentes; autant celles des collègues, des parents ou des élèves et même celles qu’on a envers soi-même.
Cela se présente souvent en milieu éducatif, parce qu’on y rencontre le syndrome de la « bonne personne » qui veut tout faire rapidement et parfaitement — une posture qui cause un stress inutile et qui peut devenir contre-productive. « Arrêtez de tout promettre pour demain! Donner un délai plus long et si c’est fait avant, tout le monde sera content. Il n’y aura pas de déception et moins de pression. » Cette approche est plus réaliste et bienveillante : « Under promise, over deliver », soit promettre moins, mais livrer davantage.
L’un de ses messages clés était aussi de revaloriser les dernières impressions qui sont souvent négligées. Plutôt que de terminer une réunion sur le point varia, il recommande de conclure par un moment fort, marquant et positif – à l’image d’un feu d’artifice.
En parallèle, il a souligné que dans les compliments, la personnalisation est essentielle. Dire « parce que… » lorsqu’on félicite quelqu’un renforce la reconnaissance, car elle montre que l’on a pris le temps d’observer et d’apprécier précisément ce qui a été accompli : « Je suis content de toi, parce que… ». Trop souvent, selon lui, les commentaires négatifs sont détaillés tandis que les commentaires positifs restent vagues : une habitude qu’il encourage vivement à inverser.
Avec humour et authenticité, il a également rappelé l’importance de l’enthousiasme communicatif. Il a pris l’exemple d’un animateur de minigolf à la télévision qui, grâce à sa passion débordante, parvenait à capter l’attention des téléspectateurs comme s’il commentait la finale de la coupe Stanley. Cette analogie illustre selon lui un principe fondamental : c’est l’énergie qu’on met dans ce qu’on fait qui rend les choses intéressantes, même les plus anodines.
Enfin, il a invité les participants à oser l’humour, à provoquer les quiproquos joyeux et à cultiver la surprise dans les échanges quotidiens. Son intervention s’est conclue par un appel à la simplicité : valoriser les personnes, célébrer les démarches et raviver le plaisir de collaborer, car ce sont ces petits gestes, porteurs d’humanité, qui transforment profondément les milieux de travail.
*Les deux co-autrices avaient été invitées à participer au colloque par l’ADFO.