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Quand l’IA aide les mots à prendre vie en classe

Dans une école montréalaise, un projet novateur allie intelligence artificielle et pédagogie inclusive pour accompagner des élèves de 6ᵉ année — dont plusieurs présentent des difficultés d’apprentissage — dans l’amélioration de leurs textes descriptifs. En transformant leurs mots en images, l’IA agit comme un outil de rétroaction visuelle, favorisant la révision, l’engagement et la confiance des élèves en écriture. On vous en dit plus ici!
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Table des matières

Par Rose Laberge, orthopédagogue au Centre de services scolaire de la Pointe-de-l’Île

Dans une classe de 6e année, les mots prennent vie — littéralement. C’est l’effet d’une innovation technopédagogique mise en place dans le cadre du travail d’orthopédagogue au sein de la ressource Dys+ du Centre de services scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSSPI), un dispositif unique au Québec. Implantée dans une école publique située en milieu défavorisé à Montréal, cette ressource adopte un modèle de coenseignement en classe régulière, réunissant 10 élèves ayant un diagnostic de dyslexie ou de dysorthographie — parfois combiné à d’autres troubles langagiers, attentionnels ou cognitifs — et 10 élèves dits « moyen/forts » issus de l’école hôte.

Ce groupe mixte, soutenu par une équipe multidisciplinaire, favorise une pédagogie inclusive, ancrée dans la diversité sociale, culturelle et économique. L’objectif : offrir un espace d’apprentissage équitable, exigeant et stimulant, où chaque élève peut progresser selon son potentiel, en misant sur la mixité scolaire comme levier de justice éducative.

Une innovation centrée sur l’IA

Au cœur de cette initiative se trouve l’utilisation de l’intelligence artificielle pour illustrer les textes descriptifs produits par les élèves. Lancé en début d’année, le projet visait à répondre à un double défi : améliorer la précision des textes et accroître la motivation à réviser.

De nombreux élèves, surtout ceux ayant des difficultés d’apprentissage, peinent à produire des descriptions claires et imagées. La réécriture n’est pas toujours spontanée, particulièrement lorsque la rétroaction demeure floue ou trop générale. Pour l’enseignant, il s’agit de fournir une rétroaction à la fois explicite, constructive et bienveillante. L’IA est alors devenue un outil pour ancrer cette rétroaction dans une expérience signifiante, en rendant visible l’écart entre l’intention de communication et la perception du lecteur.

Illustrer pour mieux réviser

Le projet s’est amorcé par une séquence sur le texte descriptif inspirée de l’album Bienvenue à la monstrerie d’Élise Gravel. Chaque élève a rédigé un avis de recherche décrivant un monstre imaginaire. Une fois le premier jet complété, l’outil DALL·E, via ChatGPT, a été utilisé pour générer une image du monstre à partir du texte.

L’image produite joue alors le rôle de miroir : elle met en évidence ce qui est bien décrit… et ce qui l’est moins. Si l’IA ajoute un élément inattendu — par exemple, une robe au monstre alors que ce n’était pas prévu — l’élève prend immédiatement conscience de l’imprécision. La rétroaction, visuelle et neutre, déclenche souvent une prise de conscience rapide. L’élève note ses observations, discute avec l’enseignant, précise son texte, puis génère une nouvelle image. Le processus se répète jusqu’à ce que le texte et l’image soient cohérents.

Des retombées pédagogiques durables

Cette démarche a suscité engagement, curiosité et rigueur. Certains élèves ont produit jusqu’à trois versions de leur texte. D’autres, habituellement peu enclins à écrire, ont été motivés par le plaisir de voir leur personnage « prendre vie ». Pour plusieurs élèves en difficulté, il s’agissait d’une première réussite marquante en écriture.

L’activité s’est conclue par la création d’affiches d’avis de recherche et des échanges oraux en arts plastiques. Les traces laissées par ce projet ont perduré toute l’année, tant sur les murs de la classe que dans l’attitude des élèves face à l’écriture.

Un usage encadré et critique de l’IA

Avant l’utilisation de l’outil, une discussion de sensibilisation a été menée avec les élèves pour aborder les forces, les limites et les biais possibles de l’IA, ainsi que ses impacts environnementaux et éthiques. Des notions telles que le droit d’auteur, la protection des données et le fonctionnement des images générées ont été expliquées de façon accessible. L’objectif : développer une posture critique face aux outils numériques et éviter que l’IA ne soit perçue comme un simple gadget, plutôt que comme un moyen de soutenir la réflexion, la révision et l’esprit critique.

Prochaines étapes

Le prochain défi consiste à accompagner les élèves qui ne perçoivent pas encore la valeur d’une deuxième version en écriture. Si l’IA peut stimuler la motivation, elle ne remplace pas l’accompagnement humain. Comme le rappelle l’équipe pédagogique, l’innovation technologique prend toute sa force lorsqu’elle sert une relation éducative authentique.

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