L’effet Dunning-Kruger en éducation

|Dans l'oeil du directeur| En éducation, l’effet Dunning-Kruger, soit l’opinion qu’une personne a de sa propre connaissance d’un domaine en particulier par rapport à son niveau réel de compétence, peut essentiellement être envisagé de quatre façons différentes. Notre collaborateur, Marc-André Girard, les expose dans son plus récent billet.
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Les leçons de l’été 2020 à retenir pour l’éducation

[Dans l'oeil du directeur] Des plages de la Gaspésie à l'explosion de Beyrouth, en passant par les théories du complot lorsqu'on parle de COVID-19, les événements récents qui traduisent, pour la plupart, une mutation de notre société. Et si on en tirait des leçons pour faire muter à son tour l’éducation?

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[Dans l'oeil du directeur] Lorsqu’il est question de leadership à l’école, on fait le plus souvent référence à la direction. Oui, on s’attend d’une direction d’école qu’elle soit un leader dans son milieu. Or, doit-elle être le seul leader à bord? Et si le leadership, ce n’était pas tout à fait cela? Une réflexion de Marc-André Girard.

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[Dans l'oeil du directeur] Marc-André Girard, directeur d'une école primaire publique dans les Laurentides, parle des défis de l'année qui débute. Il invite les directions à faire preuve de plus d'ouverture que jamais! « L'ouverture de la direction a un important potentiel de mobilisation. En effet, en moment de crise, donner du pouvoir à toutes les parties prenantes est une démonstration que la direction a bel et bien confiance en son équipe, et ce, même lorsque la marge de manœuvre est mince. »

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Aussi appelé « effet de surconfiance », l’effet Dunning-Kruger lie directement l’opinion qu’une personne a de sa propre connaissance d’un domaine en particulier à son niveau réel de compétence dans ce domaine. On y réfère souvent lorsqu’on parle d’un individu qui possède une confiance et une assurance démesurée par rapport aux connaissances de base qu’il détient et à ses réelles capacités. Pour comprendre le phénomène, on peut se rapporter à la citation de Charles Darwin : « L’ignorance engendre plus souvent la confiance que la connaissance ». En éducation, cet effet peut être envisagé essentiellement de quatre façons différentes : 

1 – Un individu s’estime suffisamment formé pour juger de la compétence d’un professionnel de l’éducation 

J’ai souvent entendu ce commentaire de la part de certains collègues. Je l’ai même entendu de la bouche d’un professeur à l’université : « les parents s’estiment experts de l’école parce qu’ils l’ont fréquentée pendant une douzaine d’années ». Malgré le fait que l’éducation d’un enfant soit bel et bien une tâche partagée, il faut respecter les rôles de chacun. Les parents ne sont pas des professionnels de l’éducation, ils n’ont pas le même bagage ou l’expérience des enseignants et de la direction. Ils sont certainement les mieux placés pour connaître les besoins de leur enfant, mais ces besoins, contextualisés dans un cadre social et institutionnel, doivent être comblés par des professionnels au respect des programmes d’études et des attentes ministérielles.

Les parents peuvent avoir leur opinion sur l’éducation de leur enfant, sur les approches pédagogiques et les outils didactiques privilégiés par l’enseignant, mais ils doivent reconnaître que leur posture de parent implique un certain degré de subjectivité. À cet égard, les derniers mois d’école à la maison auront certainement pu contribuer à une certaine prise de conscience : être éducateur, ce n’est pas être enseignant! 

2 – Un professionnel de l’éducation s’estime compétent

Cette perception, qui traduit une certaine confiance en ses moyens, doit s’appuyer d’une démarche de formation continue puisque la compétence est, somme toute, éphémère. En éducation et au 21e siècle, les choses évoluent rapidement et les problématiques se complexifient. À l’époque de la personnalisation des approches pédagogiques impliquant de nouvelles attentes à l’endroit des professionnels de l’éducation, ces derniers ont intérêt à garder le fil ininterrompu du développement professionnel. Être compétent un jour ne garantit pas d’être compétent toujours!  

Dans certains cas, cette confiance peut se transformer rapidement en surconfiance causée par la croyance que la compétence est un acquis délivré par un diplôme de formation initiale. Celui qui se sent compétent exerce sa profession en se basant sur des repères passés, alors que ses interventions actuelles sont adaptées à des problématiques passées, sublimant les besoins présents de l’élève. 

Selon les principes de l’effet Dunning-Kruger, dans plusieurs domaines, les gens sont portés à surestimer leur compétence et leurs capacités. Cette tendance engendre deux conséquences : d’une part, les personnes en question font des erreurs et prennent de mauvaises décisions sans être en mesure les reconnaître  vu, justement, leur manque d’expertise. Ainsi, ils ne peuvent déployer des moyens pour pallier ces erreurs. Comme Neil Young le chantait il y a presque trente ans : « You feel invincible, it’s just a part of life ». Si aujourd’hui on se sent confiant et en contrôle de sa propre pratique professionnelle, demain, cette invincibilité peut se transformer en faiblesse. Et c’est vrai en éducation comme dans tous les domaines. 

3- Un professionnel de l’éducation s’estime insuffisamment compétent

Cette situation, aussi observée par Dunning et Kruger, révèle que ceux qui sont réellement très compétents tendent à se sentir comme étant des imposteurs. L’image qu’ils ont de leur propre expertise est moindre que ce qu’elle est vraiment. L’hypothèse qui sous-tend cette observation est que les gens compétents, lesquels sont impliqués dans des activités de développement des connaissances sont conscients de deux choses : 

  1. Ils sont conscients de ce qu’ils savent;
  2. Ils sont conscients qu’ils en savent bien peu sur un sujet ou un domaine particulier. 

Comme les individus moins compétents ne peuvent reconnaître leurs erreurs, les individus hautement compétents ne peuvent réaliser à quel point leur niveau de compétence peut être remarquable et rarissime.

4 – Les professionnels entre eux s’estiment aptes à faire le travail de l’autre 

Ce n’est pas parce que nous avons une formation similaire qu’on peut nécessairement faire le travail de l’autre. En éducation, les jugements sur ce que tel enseignant ou telle direction aurait dû faire à un moment précis sont fréquents. Certains s’estiment en mesure de faire le travail de l’autre, même lorsqu’ils n’ont pas les éléments de contexte et  les nuances nécessaires à la bonne compréhension d’une problématique. Ce phénomène peut probablement s’expliquer par la surestimation de ses propres capacités professionnelles. Alors, comment s’assurer d’avoir l’heure juste sur notre degré de compétence?  

  • Le développement professionnel et la formation continue sont des incontournables. 
  • Demander de la rétroaction aux personnes qui nous côtoient et être à l’écoute de leurs réponses. 
  • Accorder de l’importance aux commentaires, même s’ils proviennent de personnes qui ne connaissent pas notre réalité ou qui n’assument pas  vos responsabilités quotidiennement. Justement, leur regard extérieur peut vous éclairer et vous aiguiller. 
  • Dans nos écoles, ne négligeons pas de consulter les élèves qui pourront aussi nous aider à évoluer professionnellement. 

L’effet Dunning-Kruger nous rappelle de conserver l’équilibre entre la modestie et la confiance aveugle en nos moyens.  En veillant à conserver un haut degré de compétence grâce à une démarche de développement professionnel et de formation continue, nous découvrirons que nous n’en savons que très peu sur la profession que nous exerçons. L’hétérogénéité des élèves placés sous notre responsabilité requiert des mises à niveau fréquentes de nos connaissances et de nos compétences.

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À propos de l'auteur

Marc-André Girard
Marc-André Girard
Marc-André Girard est détenteur d’un baccalauréat en enseignement des sciences humaines (1999), d’une maitrise en didactique de l’histoire (2003) et d’une maitrise en gestion de l’éducation (2013). Il est actuellement doctorant en administration scolaire. Il s’est spécialisé en gestion du changement en milieu scolaire ainsi qu’en leadership pédagogique. Il s’intéresse également aux compétences du 21e siècle à développer en éducation. Il occupe un poste de direction à la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord et donne des conférences sur le leadership en éducation, les approches pédagonumériques, le changement en milieu scolaire ainsi que sur la professionnalisation de l’enseignement. Il a participé à des expéditions pédagogiques en France, en Finlande, en Suède, au Danemark et au Maroc. En septembre 2014, il a publié le livre « Le changement en milieu scolaire québécois » aux Éditions Reynald Goulet et, en 2019, il a publié une trilogie portant sur l'école du 21e siècle chez le même éditeur. Il collabore fréquemment à L’École branchée sur les questions relatives à l’éducation. Il est très impliqué dans tout ce qui entoure le développement professionnel des enseignants et des directions d'école ainsi que l’intégration des TIC à l’éducation. En mars 2016, il a reçu un prix CHAPO de l’AQUOPS pour l’ensemble de son implication.

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