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Évaluer la réelle plus-value du numérique en classe : le modèle MINE en action

Faut-il absolument transformer ses pratiques pédagogiques pour que le numérique soit utile ? Rien n’est moins simple, rappelle la chercheuse Natasha Noben, qui propose une lecture nuancée à travers le modèle MINE — Mesure de l’Intégration du Numérique en Éducation.
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Table des matières

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Natasha Noben, chercheuse à l’Université du Luxembourg et docteure de l’Université de Liège, a présenté son modèle MINE à l’occasion du Rendez-vous de la culture numérique de janvier 2026. Développé dans le cadre de ses travaux doctoraux et publié en 2024, il repose sur deux constats : 

1. La pertinence de l’introduction du numérique en éducation est souvent définie par la transformation des pratiques d’enseignement qu’elle permet et ses effets positifs sur les apprentissages des apprenants (Livingstone, 2012). Pourtant, ces deux caractéristiques transparaissent peu dans les modèles existants.

2. Dans les modèles existants, il est souvent considéré que plus la transformation est importante, plus les effets seront positifs. Or, ce n’est pas toujours le cas…

Une grille d’analyse en deux axes

Le modèle MINE s’articule sur une structure bidimensionnelle qui croise deux axes : la transformation des pratiques enseignantes et les effets observés sur l’activité d’apprentissage.

  • L’axe de la transformation distingue les pratiques traditionnelles (substitution) des pratiques modifiées (transformation) : il s’agit ici de savoir si les objectifs, contenus ou méthodes ont été repensés.
  • L’axe des effets permet d’objectiver les résultats : ceux-ci peuvent être positifs, neutres ou même négatifs, sans lien automatique avec le niveau de transformation.

Autrement dit, une activité hautement technologique ne garantit pas une amélioration de l’apprentissage. À l’inverse, une simple substitution peut très bien générer des effets positifs, ce que les modèles traditionnels comme SAMR ou PICRAT ont souvent eu tendance à minimiser.

Source : support visuel de la présentation de Natasha Noben. 

Observer pour mieux décider

La force du modèle MINE réside dans sa capacité à repositionner l’enseignant(e) comme analyste de ses choix didactiques. Loin d’un simple tableau de conformité, il devient un outil d’émancipation professionnelle : il autorise à dire « non » à une technologie séduisante si ses retombées sont peu concluantes, et à valoriser des choix plus sobres, mais efficaces.

Étape par étape

Le modèle propose une démarche en quatre étapes :

  1. Décrire l’activité initiale sans numérique : discipline, objectifs, déroulement.
  2. Identifier l’intégration numérique : outil, fonctionnalités, type d’usage.
  3. Évaluer la transformation : la méthode a-t-elle été modifiée ?
  4. Mesurer les effets : comparer les gains anticipés aux résultats réels.

Des usages numériques à la loupe

Le numérique n’est pas une entité homogène. Il active différentes fonctions pédagogiques, telles que :

  • (S’)informer : traitement de données
  • Produire : création, programmation
  • Communiquer/Interagir : partage, collaboration
  • (S’)évaluer : autorégulation, réflexion
  • Soutenir : accompagnement individualisé

En parallèle, le modèle distingue deux types d’améliorations :

  • Directes : gains mesurables (temps, quantité, visualisation, automatisation…)
  • Indirectes : perceptions des acteurs (meilleure différenciation, respect du rythme, confort cognitif)

Exemple concret : les probabilités en mathématiques

Voici un exemple d’application du modèle à partir d’une activité en mathématiques sur les probabilités, réalisée avec des élèves de 1re secondaire.

Version sans numérique

Les élèves travaillent en dyades avec des dés ou des cartes pour comparer des résultats théoriques et expérimentaux. L’enseignante circule et interagit en temps réel, avant un retour en groupe centré sur le vocabulaire mathématique.

Version avec numérique

L’activité se transpose ensuite sur l’application Desmos, via une simulation individuelle. L’élève explore des probabilités à partir d’une roue virtuelle, puis analyse les résultats. Les effets attendus? Moins de logistique, plus de répétitions, meilleure visualisation, engagement accru.

Ce que révèle l’analyse MINE

  • Transformation : Oui, la modalité change.
  • Effets observés : Mitigés. Si les répétitions augmentent et que la simulation facilite certains aspects, le retour en groupe s’avère plus long et l’enseignante a plus de difficulté à suivre les apprentissages en temps réel. L’engagement, lui, reste stable.

Bilan MINE : La transformation est réelle, mais l’effet global est neutre, voire partiellement négatif sur certains aspects comme la visibilité sur les apprentissages. L’analyse permet alors à l’enseignante d’envisager une version hybride ou un retour partiel à la version initiale.

Repenser la posture enseignante

Ce que souligne le modèle MINE, c’est l’importance d’une approche réflexive et située. Chaque enseignant(e) est invité(e) à analyser ses propres pratiques à l’aide d’un outil rigoureux, mais adaptable, qui tient compte de la complexité du terrain.

À l’heure où les appels à la transformation numérique se multiplient, ce modèle invite plutôt à ralentir… pour mieux avancer.

D’ailleurs, comme le souligne Natasha Noben, il demeure pratiquement impossible de mesurer objectivement les effets du numérique sur les apprentissages. Cette difficulté s’explique par l’impossibilité, pour les chercheurs, d’isoler l’usage du numérique de son contexte d’implantation, des approches pédagogiques mobilisées ou encore d’une multitude d’autres variables susceptibles d’influencer les résultats. Dans cette optique, la communauté scientifique doit privilégier une approche qualitative pour mieux comprendre les impacts réels. 

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