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Une première rentrée sans cellulaire au Québec

La rentrée scolaire 2025-2026 marque un tournant pour les élèves et le personnel des écoles primaires et secondaires du Québec. Pour la première fois, une interdiction complète de l’utilisation des téléphones cellulaires, montres intelligentes et autres appareils électroniques personnels s’applique sur l’ensemble du temps et de l’espace scolaire, y compris les pauses et l’heure du dîner. Comment se déroule la rentrée scolaire? Nous avons fait le tour des médias.
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Table des matières

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Cette interdiction s’inscrit dans la continuité de celle visant l’usage du cellulaire pendant les cours, instaurée par le ministère de l’Éducation du Québec en janvier 2024. Elle découle de la principale recommandation du rapport final de la Commission spéciale sur les impacts des écrans et des réseaux sociaux sur la santé et le développement des jeunes (CSESJ) déposé à l’Assemblée nationale du Québec le 29 mai dernier.

Cette commission soulignait alors la nécessité d’agir rapidement pour limiter le temps d’écran en milieu scolaire, afin de préserver la santé mentale et le bien-être des élèves. L’objectif derrière la mesure est donc de favoriser la concentration, réduire les distractions et encourager les interactions sociales entre les jeunes.

Des modalités d’application propres à chaque école

Chaque établissement est responsable de déterminer les modalités d’application et les sanctions en cas de non-respect de la directive et de transmettre les informations aux parents et aux élèves. 

Par exemple, les établissements peuvent prévoir des endroits sécurisés, comme les casiers, pour permettre aux élèves de déposer leurs appareils en début de journée. Au Centre de services scolaire Des Chênes, on recommande carrément aux élèves de laisser leurs appareils à la maison. Dans le cas contraire, les élèves devront déposer leurs cellulaires et tous autres appareils dans le casier.

C’est également le cas d’une école secondaire du Centre de services scolaire des Premières-Seigneuries, dont nous avons obtenu une copie de la lettre envoyée aux parents :

« Il est fortement recommandé de laisser les appareils à la maison. Si un appareil est apporté à l’école, il doit être fermé et rangé dans son casier barré sans y avoir accès jusqu’à la fin de la journée. Il est interdit de garder son cellulaire dans ses poches, dans son étui ou dans un sac transporté sur soi. L’objectif est une déconnexion complète durant la journée scolaire. Quitter les terrains de l’école dans le but d’utiliser un appareil n’est absolument pas encouragé. »

Dans cette école, en cas de non-respect, un élève pourrait se voir obligé de passer ses pauses et son dîner dans un local prévu à cette fin. Des suspensions pourraient aussi s’appliquer.

Certains centres de services vont plus loin, comme le CSS de la Région-de-Sherbrooke, en appelant également le personnel éducatif à limiter l’usage de leur téléphone en présence des élèves, voire à les ranger pour la journée.

L’Association québécoise des cadres scolaires (AQCS) a fait savoir qu’elle doute que le projet de Règlement sur les règles de conduite au primaire et au secondaire atteigne réellement ses cibles. Elle considère que « le Règlement devrait spécifier l’interdiction du cellulaire et des autres appareils mobiles personnels lors des activités et sorties, tant scolaires que parascolaires, afin d’assurer une cohérence dans les pratiques. L’utilisation d’un appareil mobile pour motif d’état de santé, prévue au Règlement, devrait aussi être approuvée par les professionnels de l’école et au besoin, par les partenaires de la santé et des services sociaux ».

Face à cette interdiction, des jeunes entrepreneurs québécois ont imaginé la Pochette Séréna, un étui verrouillable vendu entre 7 $ et 10 $ qui permet aux élèves de conserver leur téléphone sans pouvoir l’utiliser pendant la journée.

Dans un article publié dans Le Journal de Québec, Daphné Dion-Viens propose 5 leçons pour un virage réussi : 

  1. Des règles claires à faire respecter
  2. Mettre les élèves dans le coup
  3. Des activités pour occuper les jeunes
  4. Adapter la vie de l’école
  5. Une équipe-école mobilisée

Quelles sont les mesures mises en place dans votre milieu? Qu’est-il prévu en cas de non-respect?
Vous pouvez nous en faire part : info@ecolebranchee.com

Des avis partagés

D’ailleurs, plusieurs personnes ont souligné que l’interdiction ne doit pas être perçue comme une fin en soi. Elle doit s’accompagner d’une éducation à la citoyenneté numérique et d’un dialogue constant avec les parents pour assurer une cohérence entre l’école et la maison.

L’École branchée a déjà publié un article présentant 8 pistes d’action concrètes pour repenser l’usage du numérique dans les écoles. 

Dans cet autre article, paru dans Le Soleil, des experts se sont aussi prononcés sur l’importance d’éduquer aux usages du numérique.  

« …c’est une solution paternaliste, où les adultes décident pour les jeunes. On leur enlève de l’autonomie. » Emmanuelle Parent, Ph.D

« …si les jeunes n’ont jamais appris à bien consommer leur téléphone et ont juste été dans un contexte où c’est interdit, ils vont arriver au cégep ou ailleurs et ils n’auront jamais appris à bien se contrôler. » François Savard de la Fondation des Gardiens virtuels

« En interdisant, on risque plutôt de diaboliser les écrans. » Association québécoise des neuropsychologues (AQNP), Arielle Bélisle 

De son côté, l’organisme PAUSE a préparé un dossier avec des informations, des conseils concrets et des pistes de réflexion pour les parents. Ce dossier propose des conseils pour les écoles (voir encadré ci-bas) mais surtout des informations pour guider les parents dans la gestion des écrans à la maison avec leurs enfants. Car, l’une des inquiétudes en lien avec l’interdiction des appareils électroniques à l’école est que les jeunes compenseront une fois à la maison. 

Cela a d’ailleurs été observé à l’école secondaire d’Oka l’année dernière alors que l’interdiction y était déjà en vigueur. On y a « constaté un changement dans les habitudes numériques des élèves plutôt qu’une diminution du temps d’écran total, comme souhaité. En effet, les premiers mois, les jeunes ont compensé le temps qu’ils et elles ne pouvaient plus passer sur leur cellulaire à l’école en l’utilisant davantage durant la soirée. C’est pourquoi il importe que vous mainteniez des règles claires en lien avec les écrans à la maison et que vous continuiez de surveiller attentivement les habitudes numériques de votre enfant », lit-on sur le site de PAUSE. Nous reviendrons dans un prochain article sur l’évaluation qui a été faite de cette interdiction.

Extrait du dossier PAUSE
Comment instaurer avec succès l’interdiction du cellulaire dans les écoles?

La collaboration entre les directions d’école, le personnel enseignant, les parents et les élèves est essentielle pour faciliter cette importante transition.Les directions d’école doivent expliquer aux élèves les raisons de l’interdiction des cellulaires en mettant l’accent sur les bienfaits et en se basant sur des données probantes. Elles devraient également offrir du soutien et des stratégies aux élèves qui ont besoin d’aide pour s’habituer à l’école sans cellulaire. Puis des activités doivent être organisées en dehors des heures de cours pour occuper le temps libre des élèves.

Le personnel enseignant doit appliquer le nouveau règlement de manière uniforme, tout en se montrant empathique et bienveillant envers les élèves, qui vivent un gros changement.Les parents doivent tenir un discours cohérent avec celui de l’école et continuer d’encadrer l’utilisation des écrans pour éviter que leur enfant en augmente l’usage à la maison.Les élèves doivent avoir la possibilité de s’exprimer sur ce changement majeur dans leur vie, tant à l’école qu’à la maison, pour sentir qu’ils et elles participent à la transition plutôt que de la subir.

Est-ce que d’autres stratégies devraient être mises en place dans les écoles afin de favoriser le bien-être numérique des jeunes?

Carolanne Campeau croit fermement que oui. « Puisque la technologie est omniprésente, on s’attend à ce que les enfants apprennent à s’en servir à la maison. Mais les études notent de grandes inégalités chez les jeunes en matière de compétences numériques, parce que certains parents ont plus de connaissances que d’autres à ce sujet », fait-elle remarquer.

Selon elle, c’est donc aux écoles que revient le rôle d’enseigner aux jeunes comment utiliser Internet et les écrans. « Je réintégrerais les laboratoires informatiques dans les écoles, puis j’ajouterais les compétences numériques dans le cursus scolaire. Les jeunes doivent apprendre à utiliser les écrans. Ils et elles doivent savoir comment ils fonctionnent, mais aussi comment les utiliser de façon sécuritaire et équilibrée », poursuit la conseillère en prévention des risques liés à l’usage des écrans. Cela devient d’autant plus important face à l’évolution rapide des technologies, notamment l’intelligence artificielle (IA).

L’avis du ministre et de son ministère

En visite dans une école secondaire en Chaudière-Appalaches, le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, a constaté le peu d’enthousiasme des élèves, mais il a dit avoir confiance dans leur capacité d’adaptation.

« Ça va prendre un certain temps, il va y avoir un processus d’adaptation. En bout de ligne, je pense qu’on va, avec ces mesures-là, contribuer à créer au sein de nos écoles un climat plus respectueux des élèves entre eux, et plus respectueux envers les adultes et envers l’autorité qu’ils incarnent», a expliqué le ministre de l’Éducation.

Plus tôt cette semaine, son ministère avait répondu à quelques questions du journal Le Soleil. Au sujet de l’écoute de musique avec des appareils personnel et de l’utilisation en classe des appareils pour des activités pédagogiques, la responsable des relations de presse au ministère de l’Éducation, Esther Chouinard, a indiqué que « les modalités d’intervention pédagogique prises par l’enseignant font partie des exceptions d’utilisation qui sont permises par le Règlement sur les règles de conduite au primaire et au secondaire », qui sera officialisé prochainement.

Ainsi, bien que « l’usage du cellulaire, des écouteurs et des appareils mobiles personnels est interdit sur les terrains et dans les bâtiments de l’école, du début à la fin des cours, certaines modalités pourront être précisées dans les règles de conduite (code de vie) des établissements ». 

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