par Louis-Philippe Duchesne, enseignant de 6e année
et Marie-Soleil Poulin, élève de 6e année
École de la Ruche, CSS des Navigateurs
Il n’est pas rare de rencontrer des élèves ayant un rythme d’apprentissage très rapide. Vous savez, celles et ceux qui terminent tous les travaux qu’on leur propose à une vitesse phénoménale et qui traversent les activités plus vite qu’une Formule 1. Trouver des activités enrichissantes et stimulantes pour ces élèves devient souvent une tâche complexe pour l’enseignant. Le projet dont il est question ici montre comment l’intelligence artificielle générative (IAG) peut appuyer la conception d’activités répondant aux besoins de ces élèves rapides. Il se situe au croisement des enjeux actuels de différenciation pédagogique et du développement de l’agentivité chez l’élève.
Cibler le besoin de l’élève
En tant qu’enseignant, la différenciation pédagogique est essentielle pour répondre aux besoins diversifiés des élèves de nos classes. Nous prenons le temps d’adapter nos contenus et nos activités pour répondre aux besoins de chacun d’eux. Malgré tous nos efforts, il reste toujours quelques élèves, comme Marie-Soleil, qui terminent le travail plus rapidement que les autres et qui viennent nous voir en disant : « J’ai fini ! Qu’est-ce que je fais maintenant ? ». Que faire pour occuper ces élèves avec des tâches intéressantes pour eux, sans s’épuiser à toujours chercher de nouveaux exercices ou des lectures supplémentaires ?
Ayant participé à plusieurs formations sur l’usage pédagogique de l’IAG, j’ai tout de suite pensé que c’était l’occasion idéale de m’en servir pour répondre au besoin précis de cette élève. L’IAG peut nous aider à concevoir des tâches enrichissantes qui favorisent l’autonomie et l’engagement des élèves. Après avoir discuté avec Marie-Soleil, nous avons choisi de nous lancer dans le codage avec la plateforme Minecraft Éducation, que je maîtrise déjà très bien. Ce choix s’est appuyé sur nos intérêts communs, mais aussi sur la disponibilité de l’outil. Minecraft Éducation est un logiciel gratuit, accessible sur plusieurs plateformes (PC, Chromebook, iPad…). Il est également à la portée de nombreux enseignants, puisque plusieurs formations et outils existent pour se familiariser avec son usage.
Marie-Soleil témoigne : « Habituellement, je termine mes travaux de mathématiques assez rapidement. Mon enseignant, qui est expert dans l’univers de Minecraft, m’a proposé un défi personnel : apprendre le codage et utiliser l’intelligence artificielle pour m’aider. Ce projet répond à mon besoin d’autonomie car je peux faire les choses par moi-même, quand je vois que j’ai du temps devant moi. Ce que j’aime dans le projet, c’est que quand j’ai terminé un travail, je sais déjà ce que je vais faire par la suite durant mon temps libre ; les défis de codage sur Minecraft. Ce que j’aime également, c’est qu’au lieu de faire de la lecture comme à l’habitude, j’ai un autre projet personnel que je peux avancer. »
Utiliser l’IAG pour préparer le projet
Pour gagner du temps, j’ai soumis une série de requêtes à l’IAG. Pour ce projet, j’ai utilisé Copilot de Microsoft, puisqu’il est accessible avec mon compte professionnel du centre de services scolaire (CSS). Je lui ai demandé de créer un programme d’autoformation destiné à des élèves de 6e année, en m’inspirant des autoformations que nous recevons dans le milieu de l’enseignement.
Ma requête initiale consistait à préparer un parcours permettant à l’élève d’apprendre à coder de façon autonome à l’aide du logiciel Code Builder, l’outil de codage par blocs intégré à Minecraft Éducation. J’ai demandé une séquence de dix activités, progressant en difficulté, pour que les élèves puissent assimiler les bases du codage étape par étape.
Une fois ces notions de base bien maîtrisées, j’ai rédigé un nouveau prompt à l’IAG afin qu’elle me génère une série de tâches créatives, permettant à l’élève de mettre en pratique ses nouvelles compétences.
Une fois le travail effectué par l’IAG, je lui ai demandé de me fournir un exemple du code attendu pour réussir la tâche. J’ai ensuite importé le tout dans Google Slides afin de créer un visuel attrayant pour l’élève. En quelques minutes, j’avais un parcours de formation autonome qui permettait à mon élève de relever des défis motivants. Par la suite, vous pourriez emprunter la même démarche pour concevoir un parcours semblable, adapté au sujet qui allume la passion de vos propres élèves.
Cliquez sur l’image pour télécharger le fichier de codage :
Marie-Soleil explique : « Le but de mon projet de codage était d’essayer quelque chose que je n’avais jamais expérimenté auparavant et dont le terrain d’apprentissage m’était inconnu. Ça a testé ma patience à de nombreuses reprises car il arrivait souvent que les codes que je rentrais ne fonctionnaient pas bien et je devais donc recommencer. Pour que vous compreniez mieux, je dois rentrer des codes qui programment mon agent, mon assistant, et qui lui indiquent quoi faire comme construction. La partie la plus difficile à coder paraît simple, mais elle est quand même difficile. Je devais construire un toit plat pour une petite maison. J’ai essayé à de nombreuses reprises de faire différents codes que je pensais qui pourraient marcher, mais à chaque fois, j’échouais. Un jour, j’ai finalement réussi à faire la bonne commande et j’étais très fière de moi. »
Les retombées positives du projet
L’intégration du codage en classe a permis d’aller bien au-delà de l’apprentissage de simples lignes de code. En s’appropriant un parcours conçu spécialement pour elle, mon élève a développé une série de compétences essentielles. Par les choix qu’elle devait faire et par son implication, elle a été amenée à prendre des décisions et à s’ajuster face à une situation nouvelle. Elle a fait preuve de persévérance en surmontant plusieurs obstacles au fil des activités de codage. Elle a acquis de nouvelles connaissances et développé des habiletés variées.
Confrontée à des difficultés, elle devait trouver des solutions par elle-même. Chaque défi de programmation l’a poussée à décomposer un problème complexe en petites étapes logiques. Elle a dû faire preuve de créativité pour corriger des erreurs de codage. C’est son engagement dans le projet qui lui a permis de mener à bien des tâches complexes.
Marie-Soleil confirme : « D’habitude, quand j’apprends quelque chose de nouveau, je comprends la matière assez rapidement. En faisant du codage dans Minecraft, j’ai été un peu frustrée de ne pas tout comprendre du premier coup. Je ne connaissais pas toutes les astuces et les manières de faire pour que mon agent (celui que je programme pour construire différentes choses et qui n’est pas réel) fasse ce que je lui demande. Des fois, les défis étaient plus durs ou plus longs que d’autres et ça a testé ma patience car je ne pouvais rien faire pour arrêter mon agent. Il devait terminer la commande que je lui avais dit de faire avant que je puisse le programmer une seconde fois pour qu’il fasse la bonne chose. Je recommanderais fortement à d’autres élèves de 6e année un parcours d’enrichissement par eux-mêmes avec des outils numériques parce que ça ouvre des portes pour plus tard, dans le sens que ça fait découvrir de nouvelles choses et on peut se sentir plus à l’aise avec le numérique par la suite. On découvre de nouvelles astuces et de nouveaux trucs pour être meilleur dans l’univers du numérique. »
Ce parcours a été un véritable catalyseur d’autonomie. Grâce aux étapes que j’ai structurées avec l’IA, mon élève a pris en charge son propre apprentissage. Elle a appris à gérer son temps, à chercher des solutions par elle-même avant de demander de l’aide, et à persévérer face aux difficultés. Il s’agit d’une habileté essentielle qui la prépare non seulement au secondaire, mais aussi à la vie adulte. Ce projet lui a également permis de développer concrètement sa compétence numérique.
En somme, ce projet, né d’un besoin exprimé par une élève et structuré à l’aide de l’IAG, démontre que la technologie, lorsqu’elle est utilisée de manière réfléchie et pédagogique, peut devenir un formidable levier pour développer des compétences fondamentales et rendre l’apprentissage plus pertinent et engageant.






