Ewan McIntosh ne veut pas réparer l’école. Il veut écouter ce qui s’y vit. Stratège reconnu mondialement et fondateur de NoTosh, il accompagne depuis plus de 15 ans des écoles et organisations dans plus de 70 pays. Et partout, en ce moment, il entend les mêmes murmures : fatigue, lourdeur, routines défendues « sans trop savoir pourquoi ». Il observe aussi que, parfois, des choses essentielles disparaissent parce que personne ne s’en occupe.
Son constat est frappant : c’est souvent lorsque tout semble bien aller que le travail devient le plus difficile. Non pas parce que l’école échoue, mais parce qu’elle s’alourdit, se rigidifie et perd de vue son intention première. D’où l’urgence de se rassembler, de se questionner et de se réaligner… avant les turbulences.
De la communauté d’idées à l’économie de l’attention
Ewan McIntosh a aussi évoqué un changement de culture marquant. En 2012, rappelle-t-il, la communauté éducative se rassemblait autour du partage d’idées : blogues, liens, réflexions ouvertes, conversations publiques. Aujourd’hui, estime-t-il, nous sommes davantage réunis par l’attention et donc par la distraction. Le contact humain s’amenuise. Les échanges se fragmentent. Et malheureusement, l’école n’échappe pas à cette dynamique.
Dans ce contexte, il lance une proposition forte : l’école doit se concentrer sur ce qui n’est pas googleable, sur ce que l’on ne peut pas simplement trouver en ligne : faire de la musique, créer, coudre, construire, débattre, réfléchir ensemble. À l’ère de l’intelligence artificielle, il va plus loin : l’école pourrait devenir un lieu où l’on apprend à générer des idées nouvelles.
Cette idée résonne comme une mission claire : former des élèves capables de créer, de penser autrement, d’inventer, plutôt que de seulement consommer des réponses.
Trois défis qui nous affaiblissent collectivement
Selon Ewan McIntosh, trois défis majeurs fragilisent aujourd’hui notre capacité d’agir et de progresser :
- L’attention fragmentée : être constamment interrompus par les notifications, les messages, les sollicitations multiples.
- Les certitudes prématurées : alimentées par l’accès instantané à l’information : une recherche rapide suffit trop souvent à croire qu’on comprend.
- Une vision embrouillée du réel, incomplète, biaisée, difficile à clarifier tant tout va vite.
Résultat : on agit parfois sur les symptômes plutôt que sur les causes. On ajoute des solutions sans jamais prendre le temps d’enlever ce qui encombre le quotidien.
Source : Bluesky
Trois contraintes intentionnelles pour retrouver du sens
Pour répondre à ces défis, Ewan McIntosh propose de remplacer la réaction automatique par des contraintes intentionnelles :
- Une attention unifiée : se donner le droit de se concentrer sur une chose à la fois.
- Une certitude avec des paramètres : clarifier l’intention et le cadre, sans exiger de certitude sur le résultat final.
- Une vision simple et claire : réduire le bruit pour mieux comprendre ce qui se joue réellement.
Ces trois intentions ne promettent pas des solutions immédiates. Elles offrent plutôt une posture : celle de l’école qui apprend à mieux poser ses questions.
L’innovation exige du courage… et du ménage
Son message, au fond, est un appel au courage : oser poser des questions délicates, enlever plutôt qu’ajouter, et redevenir capables de prototyper, tester… puis enterrer certaines idées.
Face à des situations délicates, où l’on hésite à proposer des changements, il invite à se poser 3 questions :
- Qu’est-ce que je protège?
- Quel est le coût perçu de le dire?
- Qui bénéficie du fait que cela reste ainsi?
Si l’école veut redevenir un lieu vivant, elle doit accepter que certaines idées soient « en mouvement », inachevées, imparfaites. Parce que c’est précisément là que la pensée se construit. C’est exactement cela l’innovation.
Pour voir ou revoir la conférence d’Ewan McIntosh :




