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(Opinion) « Il faut souffrir pour apprendre », « on est doué ou on ne l’est pas », « je n’ai pas de mémoire » : ces idées reçues, souvent présentées comme des vérités, façonnent la perception que les apprenants ont d’eux-mêmes et limitent leur désir d’apprendre. Faisons le ménage dans ces croyances pour redonner à l’apprentissage tout son potentiel : motivant, signifiant… et profondément humain.
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Table des matières

par Sylvie Grimard,
Déléguée pédagogique, SOFAD

Les croyances ont tendance à déterminer la vision qu’une personne a d’elle-même, ce qui est une autre façon d’exprimer son estime de soi ou sa valeur personnelle.

Mais qu’en est-il des « idées fausses »?

Les idées fausses, sont ces idées reçues partagées largement et qui s’affichent en aura de crédibilité; dans les faits, elles nous empoisonnent la vie et bloquent notre confiance dans notre capacité d’apprendre.

Ces mythes sont persistants, contraignants, inhibiteurs et anxiogènes (la liste des qualificatifs est longue…). Il est important de les « chasser », non seulement par souci de vérité, mais parce qu’ils peuvent avoir des effets pernicieux sur notre perception de soi et ce qui en découle.

Pourquoi tombe-t-on aussi facilement dans le piège des idées reçues? 

Pourquoi ont-elles toujours cette emprise sur nous en biaisant et en limitant notre croyance et notre désir d’apprendre?

Neuromythes : extrait d’une animation de Canotech, par Réseau Canopé

L’éducation est une science, pas seulement une expérience. Ce que l’on constate actuellement dans le milieu scolaire, c’est que, malheureusement, plusieurs élèves et apprenants inscrits au secondaire, en formation générale aux adultes ou en formation professionnelle se fondent sur leurs expériences passées, synonyme d’un parcours scolaire houleux, et en font, pour la plupart, leur approche pédagogique « limitante ».

Quelles sont donc ces idées fausses, ces croyances?

On n’a rien sans rien! 

C’est la loi de l’effort. Mais faut-il vraiment souffrir pour apprendre?

Si je crois qu’il faut souffrir pour apprendre, il y a de fortes chances que je m’enferme dans un schéma dans lequel les apprentissages seront longs et pénibles.

Le mot travail vient du latin « tripalium », composé de tri (trois) et palus (pieu), un instrument de torture redoutable utilisé au Moyen-Âge pour punir les criminels.

Source : Wikipédia

Édifiant, non!  

Oui, mais malheureusement, cette ascendance douloureuse éclaire encore notre rapport moderne à l’effort et à la contrainte… 

On est doué ou on ne l’est pas.

Croyance génético-familiale. « Chez nous, dans ma famille, on n’a pas la bosse des maths » ou « chez nous, dans ma famille, on a la bosse des maths ». Peu importe la version négative ou positive de cette « fausse croyance », l’apprenant est piégé dans un schéma de réussite et de performance.

Je ne sais pas.

C’est la pensée magique! Les apprenants répondent du tac au tac lorsque l’enseignant pose une question… caractéristique de la peur de se tromper. Plus facile ainsi, car zéro risque de se tromper.

Fais un effort, il faut travailler beaucoup. 

Problématique d’un manque d’organisation chez l’apprenant. La vraie question : travailler beaucoup ou travailler mieux?

Je n’ai pas de mémoire.

Les croyances sur la mémoire sont nombreuses : mémoire de poisson rouge, mémoire d’éléphant ou mémoire sélective.

Je peux faire plusieurs choses à la fois.

Phénomène multitâche lié au développement des nouvelles technologies.

En réalité….

La réalité, c’est que, dans notre quotidien d’adultes, au travail, comme apprenants ou tout simplement comme êtres humains, nous devons souvent développer de nouvelles compétences.

L’important n’est pas d’augmenter le nombre de capacités, mais d’augmenter la croyance de ce qu’une personne est capable de réaliser avec ses capacités. 

C’est ce qu’on appelle l’effet Pygmalion, aussi appelé l’expérience Robert Rosenthal et Léonore Jacobson, montrant que les attentes des enseignants envers des élèves (ou celles des gestionnaires envers leurs employés) influencent significativement leurs performances. 

« En annonçant faussement que certains élèves aléatoires étaient jugés “brillants”, les enseignants les ont considérés différemment avec plus d’encouragement et de patience, entraînant une amélioration réelle de leurs résultats académiques ». 

Cela prouve à quel point le regard positif et la bienveillance peuvent modifier l’attitude et augmenter la motivation et la performance chez une personne.

Le principe est simple : croire dans son potentiel de réussite augmente ses chances de réussite.

Les sciences de l’éducation évoluent au même titre que d’autres domaines scientifiques. Les chirurgiens n’utilisent plus les mêmes méthodes qu’il y a 25 ans, alors pourquoi le faire en pédagogie? Selon les experts, le contenu pédagogique est plutôt ce qui devrait guider la méthode d’enseignement. En effet, le type de support choisi devrait idéalement être adapté à ce qu’on veut apprendre.

Le portrait des apprenants a évolué au cours des dernières décennies. Ces nouveaux apprenants, qualifiés de « génération net », ont besoin d’apprendre à partir de mises en situation concrètes permettant de répondre à leurs questions fréquemment posées :

« À quoi ça sert? Pourquoi dois-je faire cette page d’exercices? ». Ces apprenants multitâches sont prédisposés à déplacer leur attention rapidement d’une tâche à l’autre, ce qui affecte le plus souvent leur capacité d’attention et de concentration. Un défi de taille pour les enseignants!

Il faut donc trouver une nouvelle façon de faire quand la réalité du quotidien (omniprésence des technologies) nous invite continuellement à nous informer, à construire et à réapprendre.

La bonne nouvelle, c’est que l’apprenant souhaite s’engager davantage en participant activement à son apprentissage. Plus ç’a du sens, mieux il apprend et plus il s’oriente vers la réussite.

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