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Qu’est-ce que le « défilement anxiogène » ?

Derrière le geste banal de faire défiler des flux d’actualités se cache un phénomène nommé le « défilement anxiogène », ou « doomscrolling ». Cette habitude numérique, qui fait l'objet de cet article de La Conversation, décrit notre tendance à plonger dans un flot ininterrompu de nouvelles négatives. Un mot qui éclaire autant nos biais cognitifs que notre rapport aux technologies… et qui nous invite à reprendre le contrôle de notre attention.

Table des matières

Temps de lecture estimé : 4 minutes
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The Conversation

Marie Danet, Maîtresse de conférence en psychologie – HDR
Université de Lille

Le « défilement anxiogène » décrit ce geste familier où l’on fait défiler, parfois pendant des heures, des flux de mauvaises nouvelles. Un « réflexe numérique » qui manifeste nos biais cognitifs et notre façon de gérer les incertitudes.

Apparu en 2018, le terme de « défilement anxiogène », ou « doomscrolling », en anglais, s’est imposé pendant la pandémie de Covid. Dans la littérature scientifique, il renvoie à une habitude numérique : consulter des fils d’actualité, souvent sur smartphone, de façon compulsive avec une focalisation sur les contenus inquiétants, déprimants ou négatifs.

Comment expliquer ce phénomène ? Tout d’abord, par le biais de négativité qui focalise notre attention d’humains sur les contenus néfastes et qui nous incite donc à faire défiler les informations anxiogènes sans percevoir le temps qui passe. Ensuite, sur le plan cognitif, par l’incertitude qui active un mécanisme émotionnel de recherche d’informations rassurantes parmi les contenus négatifs. Mais cette quête, loin de réduire l’anxiété, tend à la renforcer en entretenant la vigilance et le doute.

Cette pratique de défilement est renforcée, d’une part, par la technologie qui offre un flux d’actualités illimités et, d’autre part, par les recommandations des algorithmes qui augmentent notre exposition à des informations saillantes, souvent négatives.

Une transformation du rapport à l’information

À partir d’une échelle de mesure du défilement anxiogène, on a observé que cette habitude numérique est associée à une détresse psychologique, à une moindre satisfaction de vie et à des usages problématiques des réseaux – sans pour autant pouvoir conclure à un lien de causalité.

Les liens entre défilement anxiogène et émotions négatives pourraient s’expliquer en partie par l’intolérance à l’incertitude. Selon une étude, celle-ci prédit en effet une augmentation du défilement anxiogène et une baisse du bien-être. Par ailleurs, l’intolérance à l’incertitude expliquerait le lien entre l’anxiété-état (tendance stable à ressentir de l’anxiété plus fréquemment ou intensément que la moyenne) et le défilement anxiogène. Cette pratique serait donc une façon de faire face, de réguler ses émotions sans pour autant être une stratégie efficace puisqu’elle ne permettrait pas un apaisement.

Cependant, le défilement anxiogène n’est pas juste une pratique individuelle. Il serait aussi le reflet d’un rapport au monde, de la façon dont les technologies numériques et le design de captation de l’attention peuvent transformer notre relation à l’information, avec un accès en temps réel à des événements négatifs. À côté de ce défilement anxiogène passif, le doomsurfing (exploration active d’un sujet) et le doomchecking (retour à des sources fiables pour vérifier) peuvent avoir une valeur de connaissance, d’information, s’ils ne dépassent pas nos limites émotionnelles.

Cette distinction rappelle que notre but n’est pas seulement de « nous sentir mieux », mais aussi d’être correctement informés. Pourtant, du point de vue de la connaissance, le défilement anxiogène est le moins recommandable, car il expose à la désinformation.

Comprendre le terme de défilement anxiogène et les mécanismes individuels et algorithmiques associés, c’est déjà commencer à le déjouer, en transformant un défilement passif en une pratique d’information plus consciente, plus choisie et moins délétère pour le bien-être.

La série « L’envers des mots » est réalisée avec le soutien de la délégation générale à la langue française et aux langues de France du ministère de la culture.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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