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Mes stages sont venus à mon secours

Voici un récit qui relate la réalité quotidienne d'Ariane qui, après quatre années d’études, se réveille un bon matin de septembre, enseignante en 4e année. Après une première semaine incohérente, déroutante et désespérante, une réalité passée lui sauve la vie : ses stages pratiques! Le but de ce texte, proposé par un professeur retraité de l'UQO, est notamment de permettre aux enseignant(e)s de se remémorer des techniques de base!
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Traduction anglaise automatisée - des erreurs (parfois hilarantes) peuvent se glisser! ;)

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Après quatre années d’études, voilà qu’Ariane est enseignante en 4e année.

Voici un texte-récit qui nous a été proposé par Raoul Côté, Ph. D., professeur retraité en éducation à l’Université du Québec en Outaouais (UQO).

Il relate la réalité quotidienne d’Ariane qui, après quatre années d’études, se réveille un bon matin de septembre, enseignante en 4e année. Après une première semaine incohérente, déroutante et désespérante, une réalité passée renaît, la ramène sur terre, lui sauve la vie : ses stages pratiques!

À compter de ce moment, Ariane nous permet de la suivre au quotidien, d’être des témoins privilégiés de ses apprentissages pédagogiques sur le terrain. Ainsi, les débutantes et débutants pourront s’approprier un ensemble d’habiletés largement indispensable à l’enseignement et à l’apprentissage tandis que le personnel enseignant déjà en fonction aura l’occasion de se les réapproprier. On verra comment elle découvre la force du préambule, la majesté du tableau, la clôture-rétroviseur, l’importance d’un modèle de discipline, la réalité des diverses attitudes en salle de classe, l’usage efficace des exemples, les principes fondamentaux de la communication, les agents renforçateurs que sont la variation des stimuli, l’art de la question, l’exposé magistral et quand y recourir et les probabilités infinies du renforcement.


Finalement (et ça fait longtemps que je chéris se rêve) je pourrai profiter, à bon escient, des multitudes de techniques, de modèles et de théories qui ont décrit adéquatement l’acte d’enseigner. Je me pose néanmoins la question essentielle :

Comment rendre mon enseignement suffisamment intéressant pour favoriser et optimiser l’apprentissage de mes élèves?

J’avoue bien candidement que ce sont mes stages qui sont venus à mon secours.  Stagiaires et personnels enseignants, tous niveaux confondus, pourront s’approprier ou se réapproprier l’ensemble d’habiletés et de savoir-faire indispensables à l’enseignement et à l’apprentissage.

Le préambule          

Élément déclencheur qui contribue à créer un état réceptif

Après un mois d’enseignement, j’étais persuadée de l’importance primordiale de toujours présenter avant ma leçon proprement dite, une courte mise en situation anticipatoire ou un élément déclencheur qui servirait à susciter chez les élèves

  • une curiosité,
  • un goût de savoir,
  • une attention instantanée,
  • un état réceptif

grâce à un objet, une vidéo, une parole ou une image laissant pressentir quelque chose d’intéressant et d’essentiel à venir.

Exemple : Un court extrait vidéo de Météo Média en préparation d’une leçon sur le « temps versus la température. »


La clôture                 

Rétroviseur pour voir le chemin parcouru

Pendant mes stages, mon maître-associée mettait souvent l’accent sur l’importance des cinq dernières minutes d’une leçon pendant lesquelles je devais en profiter pour « jeter un regard dans le rétroviseur ». Aujourd’hui, ceci me permet de prendre connaissance du chemin parcouru, de m’offrir un moment privilégié pour juger la valeur pédagogique de mon enseignement et d’évaluer le niveau d’apprentissage de la classe. Du même coup, l’élève en profite pour évaluer son niveau d’apprentissage et son degré de satisfaction par rapport à ce qu’il était censé avoir appris.

Exemple — Comment résumeriez-vous cette leçon pour un étudiant qui était absent?


La perception des attitudes            

Elles se forment et se modifient

En connaissant davantage mes élèves de 4e année, je saisis plus clairement leurs attitudes personnelles ce qui me permet d’harmoniser mes propres comportements avec ceux de la classe. Je ne perds jamais de vue que la formation des attitudes chez l’être humainest le résultat de ses apprentissages, ses modèles sociaux, ses expériences directes avec autrui et de la situation courante. Les modifications de ces attitudes à travers les années dépendent des traits de personnalité, des croyances et des valeurs de chaque individu.

Je me rends compte que plus je deviens sensible et attentive aux attitudes qui se forment et se modifient en classe, plus je peux repérer et reconnaître les signes

  • d’attention,
  • d’ennui,
  • d’intérêt
  • d’engagement,
  • de compréhension,

qui sont exprimés par

  • le direction du regard,
  • les expressions faciales,
  • les yeux brillants,
  • les réactions spontanées
  • le mouvement

L’exemple                 

L’idée abstraite requiert souvent l’illustration concrète

Pendant ma formation, un des critères d’un bon prof était la tendance pédagogique d’avoir recours aux exemples et aux démonstrations afin de rendre les concepts plus clairs. Aujourd’hui je peux confirmer que cette habileté s’avère une façon efficace pour garder les élèves intéressés et engagés.

C’est pourquoi j’ai rapidement compris l’importance et les bénéfices d’avoir recours à deux techniques pour favoriser l’apprentissage.

1. La technique déductive (la plus fréquemment utilisée en classe)

a.   Comme première étape, j’énonce l’idée à découvrir. Le concept « chaleur »

b.   Je poursuis avec l’eau chaude, des allumettes, les rayons de soleil, etc.

c.   J’ouvre le débat à savoir le commun dénominateur entre a et b.

d.   Je demande à la classe de fournir d’autres principe de chaleur.

2. La technique inductive

Cette technique me dicte d’utiliser les caractéristiques communes entre une tasse d’eau chaude, le soleil de juillet, etc., pour amener la classe à former des inférences ou des généralisations qui aboutissent à la notion de « chaleur ».

Je tiens à ajouter qu’il est parfois avantageux de faire appel à

  • L’analogie simple, comme comparer « le cœur humain à une pompe ».
  • La métaphore qui suggère des ressemblances telles que « il est une vraie tortue »
  • Le non-exemple qui permet de comprendre certaines idées complexes.

La discipline*                      

La clé du succès dans l’enseignement

Dès ma première présence dans la classe de l’ancienne enseignante, je me suis rendu compte qu’elle avait oublié soit par inadvertance ou délibérément une affiche représentant trois cercles colorés. Je me suis fait dire par d’autres enseignantes que ces trois couleurs définissaient son modèle de discipline calqué sur les feux de circulation. Le vert, le jaune et le rouge étant des porteurs de messages non seulement connus de tous mais comportant des conséquences.

En consultant mes notes de cours j’ai rapidement compris que je devais établir des procédures claires et précises afin de paver le chemin vers un modèle personnel de discipline. Il fallait créer un milieu de vie qui garantirait que tous les élèves soient sur la même longueur d’onde.

À défaut de connaître un autre modèle, j’ai décidé que pour le moment, celui-ci m’irait et que mon mantra serait de chercher à atteindre un but précis, notamment la responsabilisation de l’élève à travers des :

  • règlements exprimés en attentes observables et mesurables, compris de tous, garantissant le droit de l’élève à vivre dans un climat favorable à son apprentissage et à moi  d’enseigner dans un milieu propre à un enseignement efficace;
  • choix qui d’une part reposent sur une connaissance d’informations pertinentes et d’autre part fonder sur des renseignement clairs et précis d’une situation donnée;
  • conséquences retirées ou accordées selon un comportement donné.  Elles doivent être constructives et aidantes tout en visant la modification d’un comportement. 

*Côté, R. 2002, SOS Discipline, Éditions Nouvelles, Montréal
*Charles, C.M. 2009, La discipline en classe : Modèles, doctrines et conduites. De Boeck Supérieur.

Voir les modèles suivants :
Dreikurs : La discipline sans larmes
Ginott : Teacher and Child
Glasser : Des écoles sans déchets (Reality Therapy)
Kounin : Discipline and group management in the classroom.
Redl et Wattenberg: Mental hygiene in Teaching


La variation des stimuli      

La provocation des sens

Ma génération a donné lieu au téléphone intelligent, à l’internet, à l’ordinateur, au cellulaire et à tous les médias sociaux. Ils font tous partie du quotidien de mes élèves. Afin d’atténuer ces multiples distractions je fais appel à une variété d’agents renforçateurs (stimuli) qui vont, je l’espère, activer les sens des élèves et influencer leurs comportements.

Par exemple :

  • Je choisis parfois de me déplacer physiquement vers un élève en particulier. Ceci me permet d’une part de réduire la distance psychologique entre moi et l’élève et d’autre part de capter et de maintenir l’attention de celui-ci.
  • Mes mouvements de tête et de mains sont des agents renforçateurs dominants.
  • Mon rire et mon jeu de sourcils sont des outils efficaces.
  • Mes divers tons de voix servent à éveiller l’intérêt.
  • Mes pauses intentionnelles, mes méthodes d’enseignement, mes styles d’interactions autant que l’appel aux divers canaux sensoriels peuvent aussi servir à l’enseignement.

La communication/enseignement

Écouter deux fois plus que parler

Parmi les multitudes d’habiletés de l’acte d’enseigner, je me butte souvent à l’art de communiquer pour une bonne et simple raison que le tout se fait avec des mots, des sons, des gestes, des signes et des comportements qui risquent de nuire ou aider à ma relation avec ma classe. Afin de maitriser l’art de communiquer je dois accepter certaines caractéristiques inévitables chez mes élèves à savoir que certains :

  • doivent entendre pour apprendre,
  • sont stimulés par des écrits,
  • favorisent les concepts et les applications
  • carburent à la démonstration suivie de la pratique.

En tenant compte de ces données, voici mes diverses façons de communiquer avec mes élèves.

  • Pour éviter l’ennui, je m’éloigne le plus possible de la lecture de notes.
  • « Tout se dit, c’est dans la manière ». 
  • Le mot comporte un indice d’efficacité de 7 % versus le ton de voix à 43 %.
  • Je ne ménage pas le sourire, le regard, les signes de la tête.  
  • Le sens de l’humour, les pauses et les silences planifiées prennent une importance capitale dans ma classe.

Je m’efforce de bien écouter en adoptant les « mantras » suivants.

  • Une fois que j’ai dit ce que je veux dire, je fais une pause intentionnelle pour écouter et évaluer que l’élève a compris.
  • Pendant sa réponse, j’évite cette fâcheuse habitude de lui couper la parole.
  • Je me retiens d’anticiper la fin de sa pensée pour ajouter ce qui me vient à l’idée.

Note : J’ai appris l’importance de la rétroaction qui me permet d’évaluer le niveau de compréhension de la classe et d’ajuster mon style de communication en conséquence.


L’exposé magistral  

Une séance d’hypnotisme sans guérisseur.

 Au niveau de la 4e année, l’exposé magistral s’avère un outil valable s’il sert à :

  • Transmettre de l’information
  • Renforcer un document écrit
  • Synthétiser des données
  • Renseigner la classe sur les résultats escomptés
  • Transmettre un feu sacré pour un thème donné ou une matière.

Avantages de l’exposé magistral

  1. Constitue une façon rapide de présentation.
  2. Permet d’aller à son propre rythme en termes de contrôle et de temps alloué.

Désavantages de l’exposé magistral

Il n’est pas approprié si :

  1. L’information doit être conservée longtemps;
  2. La matière est complexe;
  3. Les capacités des élèves sont inappropriées.

NOTE :

Étant donné la somme d’information phénoménale en faveur ou en défaveur de l’utilisation de l’exposé magistral, je vous rappelle deux réflexions de sages.

Selon Mark Twain :

« les notes prises par vos étudiants pendant un exposé magistral aboutissent dans leur cahier sans passer par le cerveau »

Donald Bligh écrivait :

« L’enseignement magistral représente une conception de l’éducation où l’enseignant, qui sait tout, transmet des connaissances aux élèves qui ne savent rien et qui sont donc censés n’avoir rien qui vaille à contribuer ».


Le renforcement                 

La probabilité de répétitions

Je suis une adepte de la course à vélo. Je m’entraîne donc à l’année en vue de compétitions longues distances. Je sais que pour maintenir les efforts que nécessite mon programme d’entraînement, je dois pouvoir sentir et constater des améliorations ou des progrès afin de maintenir ma motivation. Mes élèves sont conscients de ma passion et ils me suivent et m’encouragent. Vous ne m’en voudrez pas si je vous dis que j’en profite en ayant intentionnellement recours à des événements ou des stratagèmes qui risquent d’augmenter la probabilité que tel ou tel comportement se répète chez mes élèves!!

Je paraphrase les notes de cours du professeur qui nous a expliqué très clairement la vérité derrière le renforcement tel qu’utilisé en salle de classe.

« D’abord j’avais tendance à simplifier le tout en pensant qu’un renforcement supposait qu’on « offrait un bonbon » pour un bon comportement et qu’on « retirait un bonbon » pour un mauvais comportement. Il est évident que je confondais « conséquences » et « renforcement. »

Renforcement positif versus le renforcement négatif 

On parle de renforcement positif lorsque la probabilité de revoir le comportement souhaité est accrue à cause de l’ajout d’un « agent renforçateur » tel que des autocollants, des remarques positives, des responsabilités, du temps libre.

On parle de renforcement négatif lorsque la probabilité de revoir le comportement souhaité est accrue à cause du retrait d’un « agent renforçateur aversif ». On peut penser au retrait d’activités comme « repousser un échéancier, enlever une surveillance, retirer une mauvaise évaluation ou cesser certaines critiques personnelles.


La question               

Une bonne question rend la réponse difficile

J’ai été surprise d’apprendre pendant ma formation, qu’entre 35 % et 50 % du temps de classe était consacré à la question, soit entre 300 et 400 utilisations par jour, en dépit de l’ordinateur et de la technologie moderne. Maintenant, en pratique réelle, je peux corroborer ces statistiques; le questionnement a pris une place significative dans mon enseignement.

Je vous fais part des autres surprises que j’ai retenues et qui sont d’une importance capitale.

  • Lorsque je pose une question à l’ensemble de la classe, je mobilise l’attention de 1/3 des élèves… Devinez ce que le 2/3 fait?
  • Au début de ma première année comme enseignante,
    • je ne laissais qu’une seconde à l’élève pour donner sa réponse  
    • à la suite de quoi je répétais la question ou
    • je la modifiais ou
    • j’en posais une différente ou
    • je désignais un autre élève pour répondre ou
    • pour comble de malheur, je répondais à ma propre question.
    • Aujourd’hui j’espère avoir changé. Seul mes élèves le savent ET mon enseignante jumelée.
  • De plus je me suis habituée à tenir compte du temps d’attente normalement requis (de 3 à 5 secondes) pour que l’élève dispose du temps nécessaire pour formuler sa réponse et nous la donner.

Je découvre encore constamment l’importance de planifier mes leçons en tenant compte du type de questions que je pose, à savoir la forme :

1. Convergente

  • Connaissance.            Qui a énoncé la théorie de la relativité?
  • Compréhension.         Résumez le dernier chapitre de…
  • Application.               Pourquoi apprendre les mathématiques?

2. Divergente

  • Analyse                      Quelles autres options y voyez-vous?
  • Synthèse                    Qu’est-ce qui arriverait si…?
  • Évaluation                  Selon vous, existerait-il une meilleure façon de…?

Le tableau                 

Une icône serviable depuis le 19e siècle

Je me souviens encore du grand tableau vert qui m’a marquée dès mes premières journées à l’école Ste Gertrude. J’avais 6 ans. Aujourd’hui j’ai appris à l’apprivoiser et à m’en servir avantageusement. Il est devenu un médium qui sert à mettre de l’avant des informations essentielles et de développer des idées au fur et à mesure que la situation progresse. Le fait qu’il peut être stable ou amovible offre une surface facile à voir et à utiliser pour l’élève.

Pour favoriser l’apprentissage avec le tableau, je respecte certaines règles essentielles. Par exemple, on n’a pas d’idées comment le fait de diviser la surface du tableau en zones peut aider les élèves à mieux suivre. Pratiquement mon tableau prend l’allure suivante :

  1. L’évolution du contenu se trouve au milieu,
  2. Les rappels et des définitions à gauche,
  3. Les détails et les explications ajoutés à droite,
  4. Mes écrits évoluent de la gauche vers la droite,
  5. Mes écrits partent du haut vers le bas.

J’ajoute que mes déplacements n’obstruent jamais le texte qui imite le plus possible un livre ligné est en MAJUSCULES pour être visible à tous et que ma voix porte jusqu’aux élèves derrière la classe.


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