Différencier pour tirer profit de la diversité dans la classe, à l’aide du numérique (ou pas!)

Dans ce dossier, l’École branchée et Carrefour éducation souhaitent apporter un éclairage sur ce qu’est et devrait être la différenciation pédagogique. Nous souhaitons apporter des pistes (choix d’interventions et d’outils numériques) pour que le concept se concrétise finalement dans nos écoles.

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Un dossier conjoint de Carrefour éducation et L’École branchée

Chaque élève est unique. Chaque élève apprend d’une façon différente. Il n’y a pas de plus grande hétérogénéité que celle vécue dans une salle de classe. D’ailleurs, la diversité des élèves s’est accrue au fil des années. Elle est le résultat de multiples facteurs (socioéconomiques, socioculturels, linguistiques, psychosociaux, de genre, d’apprentissage). Et même si on tend à regrouper les élèves par programme spécialisé, l’hétérogénéité demeure bien présente dans chaque classe. La pandémie nous a même offert une façon supplémentaire d’en prendre conscience.

Face à ces constats, il est illusoire de penser qu’une seule manière d’enseigner conviendra à tous les élèves. Il apparaît donc logique de s’adapter à la diversité des élèves pour favoriser le développement du plein potentiel de chacun et mieux répondre aux besoins de l’ensemble.

C’est ici que la différenciation pédagogique entre en jeu. 

La différenciation pédagogique est clairement identifiée comme le principal levier pour amener tous les élèves à la réussite éducative, dans le Programme de formation de l’école québécoise ainsi que dans la Politique d’évaluation des apprentissages, et ce depuis plusieurs décennies. Pourtant, c’est un concept qui demeure mal compris et qui a rencontré de nombreuses difficultés d’implantation dans les écoles, tout particulièrement au secondaire. 

Encore aujourd’hui, sa mise en œuvre est généralement arbitraire et souvent le fruit d’initiatives individuelles. Encore trop d’éducateurs croient que, faire de la différenciation pédagogique, c’est viser un enseignement individualisé et personnalisé pour chaque élève. D’autres croient qu’il s’agit d’une stratégie où l’enseignant diversifie simplement ses pratiques pédagogiques.

Or, dans la différenciation, il y a avant tout la posture de flexibilité qu’adopte l’enseignant, le fait qu’il accepte que tous les élèves puissent apprendre et découvrir différemment, qu’il mette en place un contexte favorable à l’apprentissage pour tous. C’est aussi l’idée qu’il peut les aider à se connaître comme apprenants et ainsi les guider vers le choix des méthodes qui leur conviennent.

Avec ce dossier, l’École branchée et Carrefour éducation souhaitent apporter un éclairage sur ce qu’est et devrait être la différenciation pédagogique. Nous souhaitons apporter des pistes (choix d’interventions et d’outils numériques) pour que le concept se concrétise finalement dans nos écoles.

Nous avons discuté avec trois expertes de la différenciation pédagogique au Québec : 

  • Mélanie Ducharme, conseillère pédagogique en évaluation et responsable de la sanction des études au Centre de services scolaire de Laval; 
  • Mélanie Paré, professeure à l’Université de Montréal, chercheuse sur l’inclusion scolaire et passionnée de différenciation pédagogique; 
  • Mylène Leroux, professeure et chercheure associée au Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE), Université du Québec en Outaouais.

Elles présentent une définition de la différenciation pédagogique et donnent des exemples pour la déployer en classe.

Le rôle que les outils technologiques peuvent jouer dans la différenciation est aussi abordé dans ce dossier à partir d’autres sources d’information, notamment des références de Marie-Josée Marineau-Harnois, conseillère au service national du RÉCIT en adaptation scolaire.

« La différenciation n’est pas une banque de stratégies, mais plutôt une façon de réfléchir à l’enseignement et à l’apprentissage. »

– Carol Ann Tomlinson (2016)

Table des matières

  1. Une définition de la différenciation pédagogique
  2. Les 4 axes de la différenciation pédagogique
  3. À quel besoin répond la différenciation? 
  4. Comment faire la différenciation sans alourdir sa tâche?
  5. Et quelles seront les retombées pour la classe?
  6. Différenciation pédagogique vs conception universelle de l’apprentissage (CUA)
  7. Différenciation et pandémie
  8. Qu’est-ce que le numérique permet de plus?
  9. Comment les outils numériques peuvent-ils servir?
  10. Comment choisir le bon outil?
  11. Comment déployer la différenciation pédagogique dans une école?

1- Une définition de la différenciation pédagogique

D’entrée de jeu, les trois spécialistes de l’éducation avec lesquelles nous avons discuté ont tenu à spécifier que le ministère de l’Éducation du Québec utilise le terme flexibilité pédagogique afin de traiter de différenciation pédagogique. Pour leur part, elles optent pour le terme différenciation pédagogique étant donné que c’est celui qui est utilisé dans tous les autres écrits à travers le monde. Nous avons donc fait le choix d’utiliser le même terme qu’elles dans ce dossier. 

Il n’existe pas de définition universelle de la différenciation pédagogique, mais plusieurs critères permettant de la caractériser.

Dans un avis du Conseil supérieur de l’éducation, celui-ci la décrit comme « une souplesse » que l’enseignant peut mettre en œuvre lorsqu’il offre des choix à l’élève au moment des situations d’apprentissage et d’évaluation.

Selon Mylène Leroux et Mélanie Paré, la différenciation se définit comme suit :

  • Connaître et accepter les caractéristiques individuelles et les besoins hétérogènes des élèves;
  • Proposer un enseignement qui convient à la diversité des processus d’apprentissage qui s’exprime en classe pour amener chaque élève au maximum de son potentiel;
  • Prendre en considération le contexte du groupe-classe afin d’avoir des objectifs communs;
  • Faire preuve de flexibilité dans son enseignement en se servant de divers moyens pour tenir compte de ces différences et faire progresser chaque élève.

Source : Leroux et Paré, (2016 6a p.8). Mieux répondre aux besoins diversifiés de tous les élèves, Chenelière Éducation

Pour Mélanie Ducharme, la différenciation pédagogique doit surtout être au service de la réussite éducative des élèves, en mettant en place des stratégies pour permettre à tous de réaliser des progrès constants. Elle permet notamment de rejoindre les élèves dans leurs intérêts divers et de les garder plus motivés. La notion de progrès a d’ailleurs été largement étudiée comme facteur de réussite chez les élèves, notamment par les multiples travaux de John Hattie, dont l’École branchée a récemment rapporté les propos à la suite d’une conférence donnée à des directions d’établissement scolaire du Québec. 

Bref, la différenciation pédagogique s’adresse à tous les élèves. Elle ne modifie ni le niveau de difficulté des tâches à accomplir ni les critères d’évaluation des compétences visées ou les exigences à remplir. Elle est planifiée par l’enseignant et s’intègre à tous les aspects de la classe. Elle consiste principalement à offrir des choix et de la variété aux élèves. 

La différenciation pédagogique ne doit pas être confondue avec l’adaptation ou la modification (voir l’image ci-dessous), qui s’adressent à des segments d’élèves. 

L’adaptation prend la forme d’aménagement pour les élèves ayant des besoins particuliers en fonction de leur plan d’intervention, mais elle ne réduit en rien les attentes face à ces élèves (ex. : l’élève peut disposer d’un peu plus de temps pour une activité, avoir accès à un local isolé ou avoir la possibilité d’utiliser un logiciel de correction).

La modification, par contre, implique des changements qui réduisent les attentes par rapport aux exigences du Programme de formation de l’école québécoise pour les élèves ayant des besoins particuliers (ex. : lecture des consignes ou du texte à un élève au moment d’une évaluation en lecture, tâche allégée ou situation différente de celle proposée à l’ensemble du groupe).

Dans ce dossier, nous nous attardons à la différenciation s’adressant à l’ensemble des élèves d’une même classe.

Source : Inspiré du Conseil supérieur de l’éducation

2- Les 4 axes de la différenciation pédagogique

La différenciation pédagogique peut se déployer sous différentes formes dans une salle de classe. Il faut donc la planifier afin de l’appliquer plus efficacement.

Ces choix peuvent toucher :

  1. les contenus (ce que l’élève apprend) (ex. : choix entre plusieurs romans pour la rédaction d’une critique littéraire, sujets de rédaction différents);
  2. les structures (environnement d’apprentissage et d’évaluation) (ex. : horaire varié, travail individuel, en équipe ou collectif, plan de travail);
  3. les processus (moyens avec lesquels sont faits les apprentissages et l’évaluation) (ex. : coffres à outils (aide-mémoire, liste de vérification), variété d’outils, type de consignes données);
  4. les productions (ex. : présentation orale, débat ou exposé, médium de présentation).

Source : Inspiré du CADRE21

Les exemples donnés représentent des pistes de différenciation. Il n’y a pas de mode d’emploi. Et attention! Il ne s’agit pas de faire de la différenciation pour tous les axes, préviennent les trois spécialistes. L’enseignant devra faire des choix parmi ceux-ci. « Il faut viser la qualité plutôt que la quantité », soutient Mélanie Ducharme. 

Et c’est ici que les besoins des élèves entrent en ligne de compte. En fait, toute démarche de différenciation devrait débuter par une analyse de leurs besoins, disent-elles.

3- À quel besoin répond la différenciation? 

« Toutes les différences entre les élèves ne posent pas les mêmes défis dans le cadre scolaire, car tous ne sont pas de même nature », lit-on dans l’avis du Conseil supérieur de l’éducation. 

Pour orienter leurs stratégies d’enseignement, les enseignants doivent tenir compte des besoins des élèves. Car, si le niveau d’engagement des élèves peut dépendre de leurs attentes et de leurs goûts personnels, il est aussi lié à leur vécu scolaire et aux besoins psychologiques qu’ils cherchent à satisfaire. 

La plupart des chercheurs retiennent trois besoins fondamentaux : les besoins de compétence, d’autonomie et d’affiliation. D’autres ajoutent les besoins de sécurité et de signifiance. Ces besoins psychologiques sont généralement organisés de façon pyramidale, à la manière de la pyramide de Maslow, comme illustré sur l’image ci-dessous. Lorsqu’ils ne sont pas satisfaits, des comportements d’évitement, dérangeants ou des signaux peuvent survenir.

Source : Inspiré de la figure 4.5 dans Archambault et Chouinard, (2016). Vers une gestion éducative de la classe, 4e édition, Chenelière Éducation

« Il est impossible de répondre aux besoins individuels de chaque élève. Il faut alors viser à répondre aux besoins généraux du groupe. Pour ce faire, l’enseignant doit prendre le temps de poser un regard sur son groupe en début d’année scolaire. Eh oui, l’exercice sera à refaire chaque année », dit Mylène Leroux.

Les observations de l’enseignant lui permettront de bien connaître son groupe, de poser un regard objectif sur son hétérogénéité, et donc de constater les besoins qui sont plus présents et qui semblent prioritaires. L’enseignant pourra alors déterminer son intention globale de différenciation. L’évaluation pourra être refaite à mi-année pour voir si les besoins ont changé.

Pour certains groupes, le besoin de socialisation (ou d’affiliation) sera plus fort (avez-vous déjà entendu un enseignant dire que ses élèves sont constamment en train de parler?), pour d’autres, ce sera l’autonomie ou la sécurité. 

À partir de son intention, l’enseignant pourra choisir des stratégies et des outils qui seront utilisés avec l’ensemble du groupe. À certains moments, les stratégies répondront davantage à un besoin ou à un autre, mais, en fin de compte, elles rejoindront tous les élèves. Par exemple, les élèves travailleront en équipe ou en dyade à certains moments. Ils auront le choix de l’ordre dans lequel ils compléteront une séquence de travaux. Ils pourront remettre un travail sous forme écrite, orale (audio ou vidéo).

« La différenciation est une approche organisée, souple et proactive qui permet d’ajuster l’enseignement et l’apprentissage pour atteindre tous les élèves, et surtout pour leur permettre de progresser au maximum. Dire que la différenciation pédagogique est “une approche organisée” laisse entendre que cette approche ne laisse pas l’apprentissage au hasard. Elle est pensée, réfléchie. Pourtant, elle est « souple et proactive » pour s’adapter aux besoins variés et changeants des élèves. Le but ultime, il convient de le rappeler, est le progrès de l’élève. »

– CAROL ANN TOMLINSON (SOURCE)

4- Comment faire de la différenciation sans alourdir sa tâche?

L’autoformation de CADRE21 formule ainsi les principes de la différenciation pédagogique.

Mylène Leroux n’hésite pas à comparer la différenciation pédagogique avec la préparation des repas. « On peut improviser chaque jour, mais cela va mieux quand on planifie. Pour moi, la planification de la différenciation pédagogique, c’est comme la préparation des repas de la semaine. Cela demande d’y consacrer du temps le dimanche, mais, pour le reste de la semaine, on réchauffe les repas et on gagne du temps. C’est une façon différente d’investir son temps », image-t-elle. 

De là, l’importance de bien identifier les besoins des élèves en début d’année scolaire. Cela nécessitera du temps à ce moment-là, mais fera gagner de précieuses minutes pour le reste de l’année scolaire. 

« Comme bien d’autres aspects de l’enseignement, l’évaluation notamment, tout part de la planification. Un mois après la rentrée, l’enseignant devrait être en mesure de dresser un bon portrait de ses élèves. Il peut alors identifier leurs forces et les défis, puis asseoir son intention pour le reste de l’année. Il gagne alors à se faire un plan de match. On planifie pour gagner du temps par la suite », renchérit Mélanie Ducharme. 

Les enseignants qui ne sont pas familiers avec la notion de différenciation peuvent commencer à différencier en observant des champs d’intérêt, des besoins d’apprentissage ou des rythmes d’apprentissage différents repérés chez leurs élèves. L’important est de ne pas tomber dans « le faire à la pièce » ou de manière improvisée. « Il faut se libérer de toute surcharge cognitive quand on le peut », dit Mme Ducharme. 

« Chaque matin, les élèves choisissent leurs activités à partir du tableau de programmation. Ils peuvent travailler seuls, en dyade ou en petits groupes. L’enseignante circule pour donner du soutien aux élèves et proposer des défis, du matériel supplémentaire ou des idées pour les faire progresser dans les matières touchées ou leurs défis personnels. »

Source : Conseil supérieur de l’éducation

5- Et quelles seront les retombées pour la classe?

Les effets de la différenciation varieront en fonction de l’intention de départ. Parmi les retombées couramment nommées, on note un lien de confiance et de respect qui s’établit entre élèves et enseignants, des élèves qui fournissent plus d’effort et qui sont plus attentifs; des comportements d’évitement ou de dérangement en baisse. De façon générale, les spécialistes s’entendent d’ailleurs pour dire que les enseignants réduisent considérablement le temps consacré à la gestion de classe. 

« Avec la différenciation pédagogique, on établit dans la classe un climat de respect où les élèves sentent (et constatent) que l’enseignant se préoccupe vraiment de leurs besoins, qu’il est à l’écoute. Un enfant dont les besoins psychosociaux sont répondus aura moins d’occasions de déranger ou de s’ennuyer », explique Mélanie Ducharme. 

Également, un enseignant qui différencie afin de répondre à un besoin d’autonomie de ses élèves les amènera à avoir une plus grande confiance en eux, un enseignant qui différencie en permettant aux élèves de travailler en équipe répondra à leur besoin de socialiser, mais aussi d’apprendre à collaborer, soulignent à titre d’exemple Mylène Leroux et Mélanie Paré.

Toutes trois font un lien direct entre la différenciation pédagogique, la motivation et la persévérance scolaire. « En permettant aux élèves de faire des choix, d’être plus autonomes, de vivre des situations diversifiées, il est certain que l’enseignant leur permet également de progresser. Il leur fait vivre des réussites et il les guide vers la réussite. Ils seront plus engagés dans leurs apprentissages », fait valoir Mélanie Ducharme.

« Au quotidien, je travaille par atelier et cela me permet de différencier mon enseignement. Ça favorise beaucoup le développement de l’autonomie et de la résolution de problème, en plus de favoriser l’entraide et l’estime de soi chez les élèves. » – Marie-Josée Blanchette, enseignante.

6- Différenciation pédagogique vs conception universelle de l’apprentissage (CUA)

Avant d’aborder plus concrètement la différenciation pédagogique, prenons un moment pour la comparer avec la conception universelle de l’apprentissage (CUA) dont on entend aussi beaucoup parler. La CUA part du principe que les programmes scolaires érigent, bien involontairement, des barrières à l’apprentissage pour les élèves et qu’il faut ensuite faire tomber ses barrières.

Selon les lignes directrices officielles de la CUA, celle-ci vise des pratiques pédagogiques qui offrent une souplesse à l’égard des moyens de présentation de l’information, de réaction ou de démonstration des connaissances et des compétences et de participation active des étudiants. Elles réduisent les obstacles à l’éducation, offrent des mesures d’adaptation, du soutien et des défis appropriés et nourrissent des attentes élevées en matière de réussite pour tous les étudiants, y compris ceux ayant un handicap et des capacités limitées face à la langue d’enseignement.

Cela ressemble étrangement à la différenciation pédagogique. Mais est-ce la même chose?

« C’est le sujet de l’heure dans le monde de la recherche! », s’exclame Mélanie Paré. Plusieurs écoles de pensée coexistent actuellement, dit-elle. Est-ce que la CUA fait partie de la différenciation? Est-ce plutôt l’inverse? Ou sont-elles simplement complémentaires? « Il n’y a aucun consensus scientifique pour le moment. »

Elle s’avance avec sa propre interprétation. « Autant la CUA que la différenciation pédagogique visent une éducation plus inclusive. Elles tiennent compte de la diversité des élèves qui doit être prise au sens large et non pas individuel. La différenciation est basée sur une réponse aux besoins des élèves. La CUA est basée sur l’identification des obstacles à l’apprentissage avec l’objectif de les faire disparaître et donner accès à l’apprentissage à tous les élèves. Elle m’apparaît plus comme une méthode de résolution de problèmes. » 

Par exemple, toujours selon les lignes directrices de la CUA, le matériel scolaire devrait toujours être disponible sous plusieurs formes et supports (tels que papier et numérique, et, qui plus est, un support numérique dit accessible). En ce sens, la CUA va plus loin que la différenciation. Elle vise un accès universel aux savoirs (un peu comme les rampes d’accès destinées aux personnes à mobilité réduite visent un accès universel aux bâtiments).

Par contre, la CUA pourrait se vivre de la façon suivante : l’écriture peut être un obstacle pour un élève lorsque vient le moment de s’exprimer correctement. Dans le cadre d’un travail où l’évaluation de la compétence Écrire n’est pas nécessaire, il pourrait alors être possible qu’il rende la production finale oralement, par exemple. À ce moment, cela devient de la différenciation. 

En fonction de l’image ci-dessous, on pourrait donc dire que la CUA fera tomber la barrière au complet, alors que la différenciation visera davantage l’équité (mais pourrait se rendre jusqu’à l’accès universel dans certains cas).

Source : Conseil supérieur de l’éducation, (2017, octobre). Pour une école riche de tous ses élèves, Avis au ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport.

Nous n’aborderons pas davantage le concept de la CUA dans ce dossier pour éviter de mélanger les concepts. Pour en savoir plus sur la CUA, le CADRE21 offre une autoformation complète à ce sujet.

7- Différenciation et pandémie

Il est impossible de rédiger un dossier en éducation sans aborder les impacts de la pandémie depuis un an. « La pandémie a certainement mis en lumière la nécessité de différenciation pédagogique », affirme Mélanie Ducharme. En effet, avec la distance, les différences entre les élèves, sans être plus grandes nécessairement, deviennent plus visibles.

Par exemple, l’enseignement à distance met parfois en relief l’environnement familial des élèves (pour le meilleur ou pour le pire). Pour certains enseignants, cela a amené une prise de conscience sur la diversité du vécu des élèves, sur leur contexte familial.

« Des enseignants ont probablement commencé à faire de la différenciation avec le contexte de l’enseignement en ligne, de façon naturelle et sans le nommer. Dans certains cas, ils le faisaient en réaction. Je souhaite qu’ils passent maintenant à l’étape de le planifier pour l’avenir. Même si l’enseignement à distance devient moins fréquent, cette pratique doit se poursuivre dans la classe », ajoute-t-elle. 

Effectivement, comme le mentionne aussi Mélanie Paré, les enseignants ont vite réalisé, lors des séances de cours en ligne, qu’il était très difficile de retenir les élèves dans une présentation magistrale. Ils ont commencé à miser sur de courtes présentations, à diversifier les façons de présenter des contenus (quiz en ligne, capsule vidéo, etc.), à mettre les élèves en action (en sous-groupes, ou breakout rooms, ou en travail autonome), etc. Ils ont développé différentes stratégies pour maintenir l’intérêt des élèves.

Dans certains cas, les tâches confiées aux élèves ont pu être différentes en fonction de l’appareil électronique sur lequel ils assistaient au cours. Ceci était une contrainte imposée par le contexte, mais a pu aussi devenir source d’inspiration pour faire de la différenciation.

« Nous assistons à une accélération incroyable de l’utilisation du numérique en éducation. Cela a permis de changer des pratiques qui devraient demeurer pour la suite », résume Mélanie Ducharme.

8- Qu’est-ce que le numérique permet de plus?

La différenciation n’est pas nécessairement numérique. Offrir des choix d’activités, un plan de travail, prévoir du temps de travail sous forme d’atelier, seul ou en groupe; tout ceci peut se réaliser en classe ou en ligne, avec ou sans outil numérique. 

Par contre, Mélanie Ducharme n’hésite pas à le dire : « Le numérique a ouvert un univers de possibilités. Les options sont plus nombreuses. Les outils numériques permettent de recueillir des productions des élèves sous des formes encore plus variées. Ils donnent de la latitude à l’enseignant ».

L’exemple le plus fréquent concerne les productions des élèves. Certaines présentations orales, au lieu d’être faites debout devant la classe, peuvent être enregistrées à domicile sous forme de capsule vidéo (avec Flipgrid par exemple). Ces capsules peuvent parfois être présentées devant la classe et d’autres fois simplement visionnées par l’enseignant. 

Les différents outils numériques permettent entre autres aux élèves :

  • de progresser à leur propre rythme;
    • Scratch (programmation);
    • Exerciseur, comme LearningApps (tâches supplémentaires pour ceux qui ont terminé avant, toutes disciplines confondues)
  • de socialiser;
    • Salles de sous-groupes des plateformes de visioconférence (breakout rooms);
  • de passer de l’abstrait au concret;
    • Geogebra (mathématiques);
    • Minecraft (univers social);
    • CoSpacesEDU (toutes disciplines confondues)
  • de relever des défis supplémentaires;
    • Élève expert de la classe d’un outil en particulier.

Le niveau Architecte de la formation Différenciation pédagogique de CADRE21 présente également des outils numériques et des exemples d’enseignants appliquant les principes de la différenciation pédagogique dans leur classe.

9- Comment les outils numériques peuvent-ils servir?

Les outils numériques s’arriment facilement avec les 4 axes de la différenciation pédagogique, en classe comme à distance. Voici quelques exemples. 

D’autres références supplémentaires sont aussi présentées à la fin de cette section.

Contenus :

  • Utiliser Internet pour varier la recherche d’information;
  • Utiliser des outils de planification et d’organisation d’idées (idéateur, traitement de texte, etc.) (ex. : Miro, Padlet, Jamboard, OneNote);
  • Enregistrer des textes sur support audio (ex. : Vocaroo, Anchor, GarageBand);
  • Modifier la mise en page de textes (taille, couleur, ajout d’image, etc.); 
  • Offrir du matériel supplémentaire (vidéos, lectures, sites Web, etc.) (ex. : SCOOP!, eduMedia);
  • Encourager l’utilisation des fonctions d’aide (ex. : lecteur immersif, prédiction de mots);
  • Offrir des occasions de travailler en équipe (produire un contenu collectif).

Processus : 

  • Utiliser différentes démarches (synchrone et asynchrone);
  • Offrir du soutien et de la rétroaction sous différentes formes (écrite, orale, vidéo) (ex. : Talk and comment, e-Comments, Flipgrid);
  • Respecter les rythmes d’apprentissage;
  • Favoriser l’échange d’idées et de points de vue (outils collaboratifs);
  • Utiliser le tableau numérique interactif pour solliciter les différentes façons d’apprendre;
  • Utiliser le correcteur orthographique dans le but de favoriser l’autorégulation de l’élève;
  • Utiliser les outils d’enregistrement vocal ou vidéo pour favoriser l’autorégulation, la fluidité, le débit, le volume, etc. (ex. : Flipgrid, Anchor, Audacity). 
  • Utiliser l’appareil photo pour solliciter les élèves qui sont visuels.

Productions :

  • Donner des modèles de ce qui est attendu;
  • Présenter la grille d’évaluation ainsi que les critères;
  • Trianguler les traces d’apprentissage (observations, conversations et productions);
  • Permettre une diversité de productions (supports numériques au choix de l’élève);
    • Utiliser les outils audiovisuels : enregistrement vocal, images, photos, vidéos, etc.;
    • Utiliser les logiciels outils : traitement de texte, présentation, etc.;
  • Permettre aux élèves d’utiliser les fonctions d’aide en lecture et en écriture (selon l’intention pédagogique).

Structures :

  • Nommer des élèves experts du numérique en classe;
  • Permettre à certains élèves l’utilisation d’outils technologiques variés : portables ou appareils mobiles (même en classe); 
  • Aménager un espace dans la classe où des appareils sont disponibles;
  • Utiliser les salles de travail virtuelles (breakout rooms);
  • Prévoir des temps de rencontres individuelles, en sous-groupes et en grand groupe;
  • Accepter que la caméra puisse être éteinte à certaines occasions (en ligne).

10 – Comment choisir le bon outil?

Comme les sections précédentes viennent de le mettre en lumière, il existe de nombreux outils numériques qui peuvent appuyer l’enseignant dans une approche de différenciation pédagogique. Comment identifier les plateformes et applications qui répondront à vos besoins?

L’intention pédagogique

« Il n’y aura pas de meilleur outil que celui qui vous aidera à atteindre votre intention pédagogique de départ », font remarquer les trois spécialistes. 

Voici quelques pistes qui pourront vous aider à nommer cette intention (une fois que vous aurez un bon portrait de votre groupe):

  • Qu’est-ce que je souhaite améliorer par rapport à l’expérience d’apprentissage de mes élèves? (ex. : rendre un aspect de mon enseignement plus inclusif, éliminer une barrière ou des difficultés récurrentes, permettre aux élèves de socialiser davantage.)
  • Quelles méthodes actives d’apprentissage pourrais-je privilégier?
    • 1- Impliquer l’élève dans son apprentissage;
    • 2- Guider l’élève vers un apprentissage profond;
    • 3- Gérer et stimuler les interactions;
    • 4- Donner la possibilité de rétroaction rapide et efficace; 
    • 5- Permettre la collaboration.

La réflexion

Voici ensuite quelques questions qui vous permettront de cheminer vers le choix des outils à utiliser :

1 – Quelle est la production attendue? (Truc : vous pouvez même construire et diffuser un modèle à vos élèves.)

2 – Est-ce que je connais un outil numérique qui est bien maîtrisé par mes élèves comme par moi-même afin de répondre à l’intention pédagogique de départ?

3 – Si j’ai besoin de connaître de nouvelles ressources qui répondront à mon besoin, qui ou que puis-je consulter? Quelles sont mes options? 

4 – Est-ce que mes élèves et moi avons le temps de nous approprier un nouvel outil?

5- Est-ce que c’est possible d’offrir à mes élèves de choisir l’outil de leur choix pour réaliser une production? 

Le choix 

Lorsque plusieurs possibilités d’outils numériques s’offrent à vous, d’autres questionnements surviennent. On peut alors parler de points de vigilance qui aident à faire des choix. Ils sont d’ordre pédagogique, fonctionnel, technique, juridique et éthique.

À ce sujet, nous vous invitons à consulter ce document collaboratif qui présente chacun des aspects dans le détail. 

Par-dessus tout, n’hésitez pas à vous tourner vers vos collègues, des conseillers TIC ou RÉCIT dans votre milieu pour qu’ils puissent vous partager leurs stratégies, les outils qu’ils utilisent, etc. Et pourquoi ne pas impliquer les élèves dans certains cas? Leur permettre de s’exprimer dans le processus de différenciation augmentera la signifiance et leur engagement. 

11- Comment déployer la différenciation pédagogique dans une école?

La différenciation pédagogique est généralement abordée comme une pratique que les enseignants déploient de façon individuelle dans leur salle de classe. Par contre, elle peut très bien être implantée dans une école sous forme de projet éducatif. Il existe peu de documentation à ce sujet. Cependant, le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) a effectué un recensement de certains projets il y a quelques années. 

Le CSE a présenté, de façon anonymisée, dix écoles québécoises qui se sont adaptées avec succès à la diversité des élèves dans un avis publié en 2017 (à partir de la page 85 du document). En se basant sur leur expérience respective, il a cherché à dégager les conditions favorables qui permettent de faire progresser chaque élève jusqu’au maximum de son potentiel.

Dans tous les cas, le processus avait débuté par une mobilisation de l’équipe-école, à partir d’une problématique identifiée (violence, faible taux de réussite, arrivée au secondaire, cohorte difficile, absentéisme, sorties de classe des élèves trop nombreuses, croissance importante du nombre d’élèves issus de l’immigration récente, menace de fermeture, etc.).

« Cette mobilisation collective a un impact positif sur la stabilité du personnel, le développement d’un sentiment d’appartenance, l’estime de soi, le sentiment d’efficacité professionnelle et la motivation », lit-on dans le rapport.

Parmi les autres conditions favorables, mentionnons :

  • L’information est partagée et tout le monde agit dans le même sens. Cette cohérence a un effet direct sur l’efficacité des interventions, un suivi systématique permet d’ajuster le tir quand le résultat escompté n’est pas au rendez-vous.
  • L’équipe-école concentre ses interventions sur un objet d’apprentissage précis. La plupart des écoles primaires travaillent plus particulièrement la littératie. Plusieurs se sont également penchées sur les comportements. 
  • La connaissance de chaque élève est un élément central de l’amélioration des pratiques. […] Le portrait recherché déborde du profil scolaire. On porte un regard global pour voir l’enfant au-delà de l’élève. 
  • Les membres de l’équipe-école sont capables de travailler au regard des besoins communs des élèves plutôt qu’à partir des catégories d’élèves.
  • Les pratiques d’enseignement-apprentissage déployées dans ces écoles tablent sur le développement de l’autonomie, les capacités d’autorégulation et le travail coopératif. 
  • La direction d’école joue un rôle essentiel dans la mobilisation de l’équipe-école. C’est elle qui facilite le travail collaboratif, qui met tout en œuvre pour réduire les obstacles organisationnels et faciliter la réalisation des initiatives. Le Conseil parle d’un leadership participatif et partagé.  
  • Les enseignants bénéficient de flexibilité au regard de l’organisation scolaire, de leur tâche d’enseignement, de l’horaire de l’élève, des modalités d’évaluation (ex. : utilisation de supports différents pour témoigner des apprentissages, passation des examens à des moments ou dans des contextes différents qui tiennent compte des besoins et des capacités des élèves).

« Toutes les équipes ont observé des résultats tangibles à la suite des changements apportés […] Le climat de l’école s’est amélioré par l’adoption de pratiques plus inclusives, la multiplication des activités collaboratives et l’adhésion à des valeurs communes », lit-on dans le rapport.

Parmi les retombées positives observées, notons :

  • Les élèves développent une image positive d’eux-mêmes. 
  • Ils sont plus motivés et plus engagés.
  • Une amélioration des résultats dans les matières de base (souvent celles où les efforts ont été concentrés) et une diminution du décrochage scolaire.
  • L’élève acquiert une connaissance plus approfondie de ses propres processus d’apprentissage pour être en mesure de trouver des solutions adaptées à ses besoins.

C’est un milieu où les élèves se sentent en sécurité. Un milieu où être différent, c’est correct. Alors, les élèves se permettent d’« être ce qu’ils sont ».

– Directrice adjointe d’une école secondaire (source)

Conclusion

La différenciation pédagogique est une pratique inclusive qui permet de tirer avantage de la diversité observée dans la classe. Elle permet de rendre les savoirs accessibles à tous. Dans un souci de faire vivre des réussites au plus grand nombre et de faire progresser les élèves constamment, les enseignants gagnent à mieux connaître cette pratique. 

À l’heure où les scénarios pédagogiques peuvent changer de jour en jour (en classe, à distance, etc.), la différenciation apparaît comme étant une approche susceptible de maintenir l’engagement et la motivation des élèves.

Cependant, compte tenu des multiples façons dont elle peut se déployer, elle demeure méconnue et trop souvent appliquée à la pièce. Afin que la différenciation pédagogique devienne une pratique pérenne pour les enseignants, ceux-ci gagnent à mieux la comprendre. 

Ce dossier visait justement à démystifier la différenciation pédagogique et à donner des exemples pour la déployer en classe. Il souhaitait présenter la façon dont les outils technologiques ont multiplié et facilité les occasions de différenciation.

Le mot de la fin revient à Mélanie Paré : « Les enseignants reconnaissent les retombées positives de la différenciation. Ils ont maintenant besoin de soutien pour passer à l’étape suivante. Donnons-leur les moyens nécessaires pour qu’ils puissent l’implanter, graduellement, mais de façon constante. Offrons-leur un espace-temps pour réfléchir et collaborer avec leurs collègues ». 

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Crédit de la photo principale : Aaron Burden sur Unsplash


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8- Mettre à profit le numérique en tant que vecteur d’inclusion et pour répondre à des besoins diversifiés

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À propos de l'auteur

Martine Rioux
Après des études en communication publique, Martine a été journaliste pour différentes publications, avant de poursuivre sa carrière comme conseillère en communications interactives chez La Capitale, groupe financier, puis chez Québec numérique, organisme dont elle a pris la direction générale avant de faire le saut comme conseillère politique au cabinet du ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale. Elle est aujourd'hui rédactrice en chef adjointe et chargée de projets spéciaux à l'École branchée. Son rêve : que chacun ait accès à la technologie et puisse l'utiliser comme outil d’apprentissage et d’ouverture sur le monde.

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