La pédagogie de « l’obstinage » dans une classe ultratechnologique

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L’école secondaire Dalbé-Viau a lancé cette année un programme d’enrichissement des apprentissages informatisé (PEAi). Ce projet ultratechnologique a été présenté dans le cadre du 30e colloque de l’AQUOPS.

La classe du PEAi propose six tableaux blancs interactifs (TBI), utilisés par les élèves uniquement. Chaque équipe de cinq jeunes est attitrée à un tableau et leurs pupitres sont regroupés autour de celui-ci. Bien entendu, chaque élève dispose d’un portable, sous sa responsabilité pour l’année, ainsi que de l’accès à une multitude de logiciels et d’autres outils technologiques. Le bureau de l’enseignant est au centre de la classe. Même s’ils sont au secondaire, les élèves ne changent pas de local. Ce sont plutôt les huit enseignants ayant accepté de participer au programme qui s’y déplacent. Éric Durocher, coordonnateur responsable, rencontre les enseignants de façon hebdomadaire. Son rôle est de les former, leur faire des suggestions d’utilisation de logiciels pour réaliser les tâches, les sensibiliser aux nouvelles approches pédagogiques, etc.

La pédagogie de l’obstination

Selon M. Durocher, on ne peut pas aborder une classe technologique de la même façon qu’une classe traditionnelle. Il faut changer d’approche pédagogique. Au PEAi, on privilégie une approche interactive et collaborative. « J’appelle ça la pédagogie de l’obstination, explique M. Durocher. Les élèves négocient et construisent ensemble, ils doivent pousser leur raisonnement et convaincre les autres, se justifier constamment. En face d’une tâche, ils doivent en arriver à un consensus. » Le rôle de l’enseignant dans cette approche est de susciter les conflits cognitifs pour éviter qu’un leader décide de tout et que les autres n’osent exprimer leur désaccord.

Le volet enrichissement

Cette année, le projet intégrateur est la réalisation d’une émission de radio, en collaboration avec une radio communautaire de Montréal et un groupe d’élèves du primaire. Les élèves doivent réaliser l’émission complète, allant des publicités à la musique d’introduction, en passant par l’animation et le contenu.

Autrement, plusieurs projets interdisciplinaires marquent l’année de ces élèves. Quelques exemples : créer une bande dessinée sur l’Antiquité, activité sur le mois de la nutrition comprenant un sondage et une analyse statistique basée sur les données recueillies, etc.

Afin de ne pas perdre de temps en classe à maîtriser le côté technique des projets et laisser toute la place à la matière, les élèves du PEAi ajoutent à leur agenda deux cours d’informatique par cycle de neuf jours, qui se donnent le matin à 7 h 30. Éric Durocher leur montre alors les notions techniques qui serviront à réaliser les prochaines activités proposées par leurs enseignants. Par exemple, si l’enseignant d’univers social prévoit de faire un montage vidéo, les élèves apprennent d’abord comment le faire et sont ensuite prêts à le réaliser en contexte.

La sélection des élèves

Les élèves qui participent au PEAi ont d’abord été recommandés par les enseignants du primaire. Ensuite, ils ont participé aux tests de sélection qui consistent principalement à les observer en situation de travail d’équipe. En effet, l’admission au programme n’est pas basée sur les connaissances, mais bien sur l’aptitude au travail d’équipe et la motivation.

Le PEAI est un programme sur trois ans. La première année, les élèves vivent une ouverture sur leur milieu, notamment en réalisant des projets avec des écoles primaires de la commission scolaire. La deuxième année, c’est l’ouverture sur la communauté qui sera davantage mise de l’avant, par exemple en faisant la mise à jour du site Web d’un organisme communautaire, en donnant un cours d’informatique aux aînés, etc. Enfin, la troisième et dernière année sera consacrée à l’ouverture sur l’international. D’ailleurs, les élèves organiseront de A à Z un voyage à l’étranger qu’ils pourront réaliser en fin d’année.

L’école secondaire Dalbé-Viau est située dans un milieu défavorisé (niveau 9/10) et bénéficie d’un financement spécial en vertu de la stratégie Agir autrement du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du Québec.

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