Oui, l’éducation avant la santé!

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par Marcel Labelle

Cet article de La Presse + m’apparait comme vent de fraîcheur sur les changements qui s’imposent sur notre système éducatif.

Oui, l’éducation avant la santé. Il y a longtemps que l’on n’a pas présenté une vision lucide de l’état actuel de notre système d’éducation. La portée à long terme de notre système éducatif a un impact considérable sur l’économie de notre société. Il faut résolument se porter vers l’avenir. Les excuses des gouvernements concernant le financement et les refus de changement ne sont plus acceptables.

« Imaginez la compagnie qui s’excuserait de ne pas être dans la course parce que le monde a changé ».

Denis P. Boyle

Il y a 25 ans, nous avons formé un groupe de réflexion (12 personnes du groupe REPARTIR)  et nous avons cru à une modernisation de l’école avec les technologies de l’informatisation et de la communication. De même, nous avons cru que nos gouvernements donneraient une nouvelle impulsion que les changements de société imposaient. Hélas. Il n’en fut rien. Depuis la fin des années 1970, ils n’ont fait que gérer la décroissance des ressources et des budgets alloués à l’éducation. Pas de vision, pas de transformation. Ils n’avaient qu’une vision comptable de l’éducation. Pour équilibrer les budgets, ils coupaient à certains endroits pour financer de nouvelles ressources qui l’exigeaient. Entre autres, on se rappellera le sort des bibliothèques scolaires au profit de l’informatique. Bref du sur place qui a fait reculer l’éducation à un modèle adapté à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle. Un modèle de type industriel comme le montre bien la structure de nos écoles et commissions scolaires actuelles. L’école-usine n’est plus dans la course pour le 21e siècle.

Les gouvernements ont laissé à l’abandon le système éducatif. L’état délabré de nos écoles est un reflet évident de leur manque de vision. Hélas, ils acceptent les écoles-taudis pour assurer l’avenir de notre société. On peut facilement imaginer l’état de délabrement du reste : ressources insuffisantes, appauvrissement des structures, l’incohérence dans l’organisation scolaire et les services. Les coupes sont leurs principales préoccupations. Elles sont souvent dictées avec le raisonnement par l’absurde. On coupe ceci et cela, puis l’effet n’affecte pas les services aux élèves, disent-ils. Ce n’est pas si grave après tout! Alors, on coupe davantage sans se rendre compte que les ressources humaines sont de plus en plus essoufflées. C’est de l’aveuglement volontaire. Ça affecte les services aux élèves! Ce n’est pas vraiment sérieux de gérer l’éducation qui doit être un pilier de l’avenir de notre société.

En cinquante ans de notre système d’éducation, vingt-trois ministres de l’Éducation se sont succédé depuis Paul Gérin-Lajoie. Peu d’entre eux ont laissé une vision éclairée du système éducatif. On peut se souvenir des réformes Gérin-Lajoie, du plan de développement en technologies de Camille Laurin, de l’apport éclairé de Claude Ryan. Les autres sont passés en coup de vent sans véritablement vouloir imposer de réformes nécessaires. Ils ne font pas carrière en éducation. En cent cinquante ans, le Canada a eu 23 premiers ministres! La comparaison est odieuse, mais cela en dit long sur leur envergure.

« L’école actuelle a besoin d’un changement structurel… Hommes d’affaires, leaders politiques et responsables d’éducation doivent se lancer dans une véritable croisade pour le changement, mais ils doivent d’abord se mettre d’accord sur une vision commune de ce qui doit être fait… »

Investors Bell Corporation

Les trois chercheurs des HEC Robert Gagné, Jonathan Deslauriers et Jonathan Paré  ont raison d’intervenir. Leur vision concernant le manque de financement doit être source d’inspiration pour effectuer de réels changements. Il est possible de penser se faire une idée pour améliorer l’éducation, de préparer l’avenir de nos jeunes, de parler d’excellence, de formation intégrale mieux adaptée aux besoins de la société d’aujourd’hui avec une analyse sérieuse, une profonde réflexion. Cela peut se faire avec des groupes d’individus qui sont très impliqués dans le milieu de l’éducation afin qu’ils proposent des pistes de solution : écoles, collèges, universités, associations professionnelles, associations de parents, fonctionnaires du ministère de l’Éducation. Il y a aussi des organismes qui gravitent autour de l’école qui doivent participer.

La société change de plus en plus rapidement et  de nouveaux besoins surgissent. Il n’y a plus de savoir définitif. Il faut continuellement s’adapter à de nouvelles réalités, aux nouvelles connaissances, aux technologies et apprendre à innover. Il y a de nouvelles compétences à développer.  La formation continue devient obligatoire, surtout pour le personnel enseignant. Il faut développer de nouvelles cultures de l’innovation, du travail en réseau, puis de l’évaluation et de la reddition de compte. Dans le passé, on a parfois apporté des réformes et des programmes sans évaluation sérieuse et de reddition de compte. Il faut que ça fasse partie intégrante de toute réforme en éducation.

Cela impose un nouveau plan de développement axé sur les besoins des principaux acteurs (élèves, enseignants, parents, gestionnaires) du système éducatif; sur des programmes d’études mieux adaptés aux besoins de la société; sur les structures scolaires renouvelées; sur le financement. Bref, une nouvelle réforme scolaire. Il y a cinquante ans, on l’a fait. Pourquoi pas maintenant? La dernière consultation s’est faite en 1996. Les résultats n’ont pas changé beaucoup de choses parce que le pouvoir politique n’a pas apporté de changements majeurs.

L’école obligatoire de 4 ans à 18 ans est nécessaire. Il faut des programmes d’études appropriés et renouvelables pour chaque groupe d’âge. Cependant, il faut disposer d’une vision à long terme du système éducatif. Autrement, on risquerait de faire des « petits pas » que l’on regretterait amèrement plus tard, car ils seraient contraires au sens de l’évolution sociale de l’école.

C’est à titre personnel que je soumets cette réflexion sur l’école.

Marcel Labelle
40 ans en éducation.
Maintenant, retraité ou presque,

Autrefois :

  • enseignant en mathématique et informatique au secondaire, CSDM;
  • conseiller pédagogique en applications pédagogiques de l’ordinateur;
  • coordonnateur de médias (bibliothèque, audiovisuel, informatique)
  • Chef de projet en éducation chez Videotron (1996-1998);
  • Coordonnateur national d’un réseau d’écoles innovatrices de RESCOL au Canada (du Manitoba à Terre-Neuve-Labrador) (1998-2004);
  • Président d’un groupe de réflexion sur L’École de demain et les technologies de l’information (1988-1990);
  • Aussi, père et président de l’Association québécoise de l’ordinateur au primaire au secondaire 1981-1983;
  • Chargé de cours à UdeM et UQAM en formation des maîtres (mathématique et informatique)durant les années 1980 et 1990;
  • Membre de comités consultatifs du ministère de l’Éducation et de Fondations;
  • Actuellement, analyste de projets d’émissions de télévision au Fonds Québecor (1999- …)

 

Bref, l’éducation m’intéresse encore.