Huit leçons enseignantes au mitan d’une vie professionnelle

Un enseignant d’histoire maintenant directeur d’école revient sur les leçons retenues de ses 15 premières années professionnelles, de son point de vue enseignant.

Je suis rendu au mitan de ma carrière en éducation, dans laquelle j’ai pu enseigner et aussi diriger une école. Voici les leçons que mes expériences professionnelles m’ont permis de tirer en tant qu’enseignant, lesquelles sont énoncées sans ordre particulier :

Leçon 1 : Les parents sont des partenaires

Nous voulons tous la même chose : voir réussir l’enfant. Il faut reconnaitre les expertises de chacun : d’une part, le parent est l’expert de son enfant et d’autre part, l’enseignant est l’expert de la pédagogie. Nous sommes tous des éducateurs, certes, mais les enseignants sont des pédagogues. Il y a une grande différence entre les deux termes, notamment en termes de professionnalisation de l’éducation. Certes, j’ai eu l’occasion de composer avec des parents envahissants, lesquels comprenaient mal mon rôle et qui s’estimaient aptes à faire mon travail, mais règle générale, j’ai toujours eu beaucoup de soutien de la part des parents. Je les ai toujours considérés comme étant des partenaires et notre travail d’équipe permet à l’un et à l’autre de profiter d’informations de qualité pour mieux mener sa tâche de parent ou de pédagogue.

Leçon 2 : Mes collègues me rendent meilleurs

La collaboration est encore et toujours un concept sous-estimé en éducation. Nous semblons oublier que l’élève assis dans notre classe interagit aussi avec d’autres professionnels dans notre école et que ces derniers peuvent contribuer à ma pratique pour mieux encadrer ce même élève. Également, en m’alliant à d’autres enseignants, il y a moyen de créer des projets signifiants pour les élèves, lesquels se rapprochent de contextes authentiques issus « de la vraie vie ». Ainsi, on s’assure d’un niveau de complexité représentatif de ce qui est exigé par le programme et par l’école, mais aussi, on diminue la charge de travail de l’élève qui n’a qu’un (grand) projet à mener, lequel est évalué dans plusieurs matières.

Leçon 3 : L’humilité face à la profession est essentielle

Je me souviens encore qu’en arpentant les couloirs du département de philosophie du Collège Montmorency, il y avait de grandes affiches de grands philosophes avec une citation leur étant attribuée. Celle de Socrate m’a toujours marqué : « tout ce que je sais c’est que je ne sais rien »! On a beau être le professionnel de l’éducation le plus expérimenté et le mieux aguerri, il n’en demeure pas moins qu’on ne saura jamais tout sur notre profession! Il suffit de lire sur la recherche en éducation ou divers récits de pratique pour réaliser que notre connaissance effleure à peine la somme de ce qui se sait ou qui se fait en éducation, dans le monde entier. Adopter une posture d’apprenant tout au long de sa carrière en éducation, c’est adopter une posture d’humilité et de respect face à sa propre profession. Le développement professionnel et la formation continue sont donc des incontournables. À ce sujet, pour paraphraser mon ami Jacques Cool, de CADRE21, la formation dite « initiale » donne accès à la profession enseignante; la formation dite « continue », elle, permet d’y perdurer et de s’y épanouir, mais surtout, de mieux permettre aux jeunes de s’épanouir à notre contact.

Leçon 4 : La recherche en éducation est à prendre en compte

Justement, un peu dans le même sens que précédemment, les temps où les résultats de la recherche en éducation n’étaient que trop peu accessibles aux enseignants sont révolus. Plus que jamais, les universitaires sont accessibles pour les professionnels de l’éducation à pied d’œuvre dans les écoles. Par exemple, Margarida Romero, Thierry Karsenti, Éric Morissette, Steve Bissonnette, Steve Masson, Patrick Giroux, Patrick Plante, etc., sont tous très accessibles et ils publient régulièrement des ressources ou des recherches pertinentes pour bonifier la pratique professionnelle des enseignants. Plusieurs enseignants prennent part à des recherches menées dans leurs classes et portant sur diverses approches ou environnements pédagogiques.

Leçon 5 : L’obligation de fréquenter l’école peut être amusante

Les élèves sont obligés d’être présents à l’école à raison de 180 jours annuellement; aussi bien rendre le tout agréable pour eux, non? Cela est l’évidence même, vous direz, mais une question demeure : comment vérifiez-vous que les jeunes se plaisent dans votre cours? Ce n’est pas parce que vous vous amusez que les élèves s’amusent autant et ce n’est pas parce que vous pensez qu’ils se plaisent vraiment dans votre cours que c’est bel et bien le cas. J’ai appris qu’il faut être à l’écoute et leur permettre d’avoir un certain pouvoir sur le déroulement du cours ou de la séquence pédagogique.

Leçon 6 : Il y a une place pour tous les élèves dans la classe

Il n’y a pas si longtemps, les élèves devaient s’adapter aux enseignants. C’était, en quelque sorte, un modèle axé sur les besoins de l’enseignant et ceux du programme. Désormais, le paradigme a évolué et ce sont les enseignants qui doivent organiser leur classe en fonction des besoins individuels d’une trentaine d’élèves. Pour mieux incarner ce changement de paradigme dans notre classe, il faut comprendre que les contraintes qui existent dans l’école sont, en grande partie, implantées et maintenus par l’équipe-école elle-même (enseignants, direction, professionnels, etc.) ou par la structure organisationnelle choisie (horaires, locaux, transport scolaire, etc.). Il y a donc moyen d’agir sur les contraintes que nous mettons nous-même en place et qui nous empêchent de mettre en place des moyens pour mieux différencier nos approches ou d’intervenir auprès des élèves à besoins particuliers.

Leçon 7 : On enseigne qui on est

Je suis enseignant d’univers social et j’ai principalement enseigné l’histoire et l’économie. J’ai enseigné en quatrième secondaire et oui, mes élèves ont été soumis à l’épreuve ministérielle. Malgré cela, je n’ai jamais perçu ma matière comme étant une fin en soi, mais comme étant une partie d’un tout. Je savais pertinemment que mes élèves ne deviendraient très certainement pas des historiens ou des économistes, mais j’avais la préoccupation de semer de petites graines qui allaient germer et devenir esprit critique, leadership, empathie, altérité, etc.

Quand je croise mes anciens élèves, je me plais à leur demander ce dont ils se souviennent de mon cours. Peu me parlent du point d’équilibre entre l’offre et la demande ou des familles linguistiques et culturelles des autochtones québécois. Ils se souviennent de mes blagues, de diverses activités menées avec eux, des sorties pédagogiques ou voyages scolaires, de discussions, etc. Les jeunes se souviennent de qui nous sommes et de comment nous avons marqué leur parcours. Notre matière est importante, évidemment, mais elle sert essentiellement à entrer en relation avec un jeune à la recherche de ses repères. 

Leçon 8 : Les compétences transversales sont importantes

Ces mal-aimées de l’éducation québécoise ne font pas l’unanimité, mais elles sont tellement importantes. Quand on parle de compétences transversales, on parle essentiellement de compétences humaines, lesquelles doivent être développées puisqu’elles serviront l’élève tout au long de sa vie. C’est pour cela que sa capacité à collaborer, à communiquer, à être créatif, etc., devraient être au centre de nos préoccupations.

Au-delà de ces compétences humaines, la transversalité nous permet de considérer que, comme expliqué plus tôt, la matière que nous enseignons doit être considérée dans un tout. Au secondaire, nos élèves suivent entre sept et dix cours de front, en cloison, souvent sans être en mesure d’identifier un fil conducteur entre chacun de ces cours. Les Finlandais ont bien compris cela en abordant divers phénomènes sous divers angles propres à chaque matière.

J’ai bien hâte de voir quelles leçons me réservera la seconde moitié de ma vie professionnelle. On s’en reparle dans une quinzaine d’années!



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