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Éduquer à l’information quand les algorithmes dictent la circulation des savoirs

Alors que la désinformation se propage à la vitesse des algorithmes et que l’intelligence artificielle redéfinit la façon dont circulent les savoirs, on ne le dira jamais assez : une solide formation à l’esprit critique est nécessaire. C’est dans ce contexte que se sont tenues, les 29 et 30 octobre 2025, les Rencontres de l’éducation aux médias et à l’information (REMI) à Lille, en France. Nous étions sur place.
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Par Martine Rioux

Organisées par l’École supérieure de journalisme de Lille (ESJ Lille), l’association Globe Reporters et l’Université du Québec à Montréal (UQAM), ces deux journées ont réuni plus de 100 participants (chercheurs, journalistes, enseignants, associations et représentants d’organisations internationales) autour d’un thème plus actuel que jamais : « S’armer contre la désinformation ».

Cette édition marquait la fusion entre les REMI et le Colloque transatlantique francophone de l’éducation aux médias, initié depuis quatre ans par Globe Reporters et l’UQAM. Soutenue par l’UNESCO et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), cette rencontre s’inscrivait dans la Semaine mondiale de l’éducation aux médias et à l’information.

L’éducation aux médias et à l’information comme solution

Les discussions ont mis en lumière la complexité du nouvel écosystème informationnel, où les algorithmes façonnent nos perceptions du réel. Laurence Grondin Robillard, de l’UQAM, a présenté une étude qu’elle mène actuellement sur la circulation de l’information sur TikTok : la plateforme la plus consultée du monde ne contient aucune catégorie « information » et près de la moitié des publications d’actualité qu’elle a analysées comportent de la désinformation.

De son côté, Thomas Huchon, journaliste spécialisé dans la lutte contre les fake news, a réalisé une étude dans laquelle il a constaté que, sur X, les fausses nouvelles représentent moins de 5 % des contenus totaux, mais qu’ils sont poussés à une majorité d’utilisateurs par l’algorithme. « À l’ère de la post-vérité, l’émotion tend à primer sur la véracité », soutient-il.

Dans son intervention, Normand Landry, professeur à la TÉLUQ et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en éducation aux médias et droits humains, a noté que, partout dans le monde, les gouvernements brillent actuellement par leur incapacité à protéger les secteurs culturels et journalistiques locaux. Alors que les médias locaux doivent respecter les règlementations en place, les géants internationaux ne suivent à peu près aucune règle. 

Le problème de la désinformation en ligne touche particulièrement le Canada, alors qu’il est le seul pays dans le monde où Meta (Facebook et Instagram) bloque la diffusion d’information par les médias. Ce faisant, il permet à tout autre organe non-officiel de diffuser de l’information plus ou moins véridique.

Pour Normand Landry, l’éducation aux médias et à l’information (ÉMI) devient la solution à privilégier pour faire face à la situation actuelle. « La bonne mise en œuvre de “bons” programmes éducatifs, permet de développer de “bonnes” compétences, habitudes, ou aptitudes, lesquelles favoriseront l’adoption de “bons” usages et de “bonnes” pratiques numériques et médiatiques », avance-t-il.

Il déplore le fait qu’actuellement, les programmes d’éducation aux médias sont souvent construits autour de « paniques morales », comme l’hypersexualisation des filles, la violence dans les jeux vidéos, la gestion des incivilités en ligne. « Les programmes sont fragmentés et dispersés sans cohérence, alors qu’il y a des compétences de fond à développer. » Selon lui, pour que l’éducation aux médias se taille une place plus importante dans les salles de classe, il faudra s’intéresser davantage aux conditions de pratique des enseignants et proposer des contenus qui s’intègreront à celles-ci.

De son côté, Charlotte Barbier, responsable pédagogique de Cogito, un organisme de formation, a fait remarquer que, bien que le développement de l’esprit critique puisse servir de prétexte à faire de l’éducation aux médias, ces deux formes d’éducation ne sont pas identiques. « L’éducation aux médias et l’éducation à l’esprit critique se recoupent, mais ne sont pas exactement pareilles. Il faut être capable de distinguer les deux. De même, il faut aller plus loin que seulement distinguer le vrai du faux en ligne. Il faut apprendre à reconnaître les influences, à réfléchir avant de partager certaines publications, etc. ». 

Former les enseignants : une urgence partagée

Pour Caroline Fromont, enseignante et coordinatrice du CLEMI Lille, la formation à l’éducation aux médias et à l’information constitue aujourd’hui l’un des plus grands défis du système éducatif. Si l’ÉMI est inscrite comme une compétence transversale, elle se retrouve souvent « à la charge de tout le monde… et donc de personne ».


Selon elle, il faut former l’ensemble des enseignants, toutes disciplines confondues, à la fois à la culture des médias et à leurs propres pratiques informationnelles. Cette formation ne doit pas se limiter à des connaissances théoriques : elle doit s’appuyer sur une pédagogie active et collaborative, ancrée dans les usages réels des élèves.

Caroline Fromont a insisté sur la nécessité de prendre de la distance avec son propre rapport à l’information : les enseignants ne doivent pas imposer leur écosystème médiatique aux jeunes, mais les accompagner dans une réflexion critique sur leurs propres écosystèmes, sur les critères de fiabilité, la diversité des sources et l’évolution du paysage médiatique. 

Apprendre à s’informer sur Internet, rappelle-t-elle, ne consiste pas à « trouver la bonne réponse », mais à comprendre la logique des plateformes, à interroger les sources et à développer une véritable culture de la vérification.

Dans un article précédent, nous avons présenté plusieurs outils d’éducation aux médias et à l’information disponibles pour tous.

Une francophonie mobilisée pour une culture critique commune

Au cours des deux journées, la dimension francophone a traversé l’ensemble des échanges. Un constat : beaucoup de ressources en ÉMI sont développées à travers la francophonie. Y aurait-il lieu de le mutualiser et de bâtir une coopération plus structurée entre les pays francophones? Dans une courte présentation, Martine Rioux, rédactrice en chef de l’École branchée, a présenté les collaborations de son organisation avec des acteurs belges afin de mutualiser l’expertise et de multiplier les retombées.

Les conférences de l’événement sont maintenant en rediffusion sur la chaîne YouTube de l’ESJ Lille.

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