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Deux centres de services scolaires misent sur des progressions numériques pour réduire les inégalités

Voici comment deux centres de services scolaires québécois ont développé leurs propres outils de progression pour intégrer la compétence numérique au primaire. Leur expérience révèle les clés d'une implantation réussie… et les pièges à éviter.
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par Audrey Miller

Dans un contexte où la compétence numérique est reconnue au Québec mais peu balisée dans les programmes scolaires, certaines équipes prennent les devants. Séverine Parent, professeure en technologie éducative à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), a analysé deux démarches locales d’élaboration de progressions des apprentissages numériques (PDAN) menées dans les Centres de services scolaires (CSS) de Kamouraska–Rivière-du-Loup et Marie-Victorin.

Cette analyse s’inscrit dans le cadre du projet LaVIE – Laboratoire vivant en éducation, une initiative soutenue par le ministère de l’Enseignement supérieur du Québec. La partie concernant le CSS Marie-Victorin a été réalisée en collaboration avec les conseillers pédagogiques Andréanne Boulanger et Kevin Labarre Lauzier.

Kamouraska–Rivière-du-Loup : une progression coconstruite par les enseignants

Au CSS de Kamouraska–Rivière-du-Loup, le besoin d’une PDAN a émergé directement du personnel enseignant, inquiet des écarts de maitrise numérique chez les élèves. En collaboration avec le service des technologies de l’information, un groupe de travail a réuni 11 enseignants, deux conseillers pédagogiques et un bibliothécaire pour concevoir un outil clair, concret et adapté au terrain. Résultat : une proposition de progression volontaire et modulable, couvrant le parcours de la maternelle à la 6e année.

Pour favoriser son appropriation, une démarche de pensée design a été mise en œuvre, intégrant des entrevues empathiques, des séances de cocréation et des validations de terrain. Ce processus a conduit à la création d’un poste inédit : un accompagnateur de premiers pas numériques, chargé de guider les enseignants débutants dans l’intégration du numérique en classe et de valoriser les bonnes pratiques.

Marie-Victorin : de la résistance initiale à une stratégie différenciée

Du côté du CSS Marie-Victorin, la PDAN est née en 2020 de l’initiative d’enseignants « IN » (intégration du numérique), appuyés par une équipe du RÉCIT local. Malgré un travail rigoureux, fondé sur le Cadre de référence ministériel, la première présentation de la PDAN a suscité peu d’adhésion. L’outil – un tableau Excel de 14 pages et 500 lignes – a été perçu comme complexe et chargé, parfois même comme un frein à l’intégration du numérique.

Face à ce constat, l’équipe a repensé son approche, en s’appuyant sur des modèles de gestion du changement, dont celui de Knoster. Deux infographies clés ont été créées : l’une sur les paliers d’intervention nécessaires à un environnement numérique favorable, l’autre sur un continuum d’actions pour déterminer le bon moment de présenter la PDAN2 aux équipes-écoles.

L’accompagnement, clé de la réussite

En 2024, un groupe de travail pilote a été mis en place pour accompagner 12 écoles volontaires dans l’implantation de la PDAN2. L’année 1 a été consacrée à la planification : analyse des besoins, état des lieux, définition du profil de sortie souhaité des élèves. Le processus, étalé sur plusieurs mois, s’appuie à la fois sur les travaux de Knoster et sur ceux de Collerette sur le changement en milieu scolaire.

L’importance de la collaboration interprofessionnelle ressort comme un levier déterminant : enseignants, directions, conseillers pédagogiques, bibliothécaires et chercheurs ont uni leurs forces pour construire des outils concrets, ancrés dans les réalités du terrain. Ces démarches montrent aussi que l’adhésion au changement ne se décrète pas. Dans les deux CSS, les chercheuses et conseillers pédagogiques insistent : ce type de projet ne peut réussir sans accompagnement structuré, écoute du terrain et adaptation au contexte de chaque milieu.

Vers une réduction des inégalités numériques

Au-delà des documents produits, ces démarches locales visent un objectif commun : réduire les inégalités numériques entre les élèves, d’un établissement à l’autre, voire d’une classe à l’autre. En donnant une direction claire sur les habiletés numériques à développer, les PDAN constituent également un levier de développement professionnel pour le personnel scolaire, qui doit sans cesse ajuster sa posture dans un monde numérique en transformation.

Reste un défi de taille : s’assurer que ce dernier lui-même maîtrise et valorise ces compétences, dans une perspective de formation continue. Comme le soulignent les auteurs, une évolution du cadre ministériel, ancrée dans les pratiques éprouvées du terrain, sera nécessaire pour soutenir durablement ces efforts locaux.

Pour aller plus loin :

Les expériences de Kamouraska–Rivière-du-Loup et de Marie-Victorin montrent que les balises ne suffisent pas : c’est l’accompagnement humain, la coconstruction et la souplesse qui permettent aux initiatives numériques de prendre racine dans les écoles. Un apprentissage collectif, pour une école plus équitable et mieux outillée à l’ère du numérique.

Consultez l’article complet dans le numéro d’hiver-printemps 2026 de la Revue hybride de l’éducation.

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