Enseigner : un acte complexe porteur de grandes occasions

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Par Marc-André Girard et Margarida Romero

Récemment, nous avons offert deux textes (ici et ici) proposant un changement de mentalité et un changement de posture professionnelle. Clairement, tout comme l’apprentissage, l’enseignement est une tâche complexe, qui ne saurait se réduire à sa plus simple expression!

En effet, la constante perception de la contrainte temporelle qui, bien souvent, cantonne l’enseignant dans une perspective d’urgence (dérouler l’ensemble du programme dans le temps scolaire sous une formetraditionnelle), peut encourager l’enseignant à préférer l’usage de recettes pédagogiques ou autres réflexes de simplification de sa propre profession. Or, bien au contraire, l’enseignant n’est pas un technicien ou autre appliquant de recettes scolaires, pédagogiques proposées par des manuels, des cahiers d’exercices ou d’autres approches édictées par de grands bonzes. En effet, il est un professionnel universitaire, lequel a une grande autonomie professionnelle qui lui donne toute la latitude pour aborder la matière dans l’ordre souhaité et avec les outils qu’il préconise. Il peut exercer son jugement presque de façon souveraine sur l’évaluation de ses élèves et comme toujours, l’enseignant considère les multiples facettes du processus de l’enseignement et de l’apprentissage en différenciant non seulement ses approches, mais en les calquant sur les besoins de ses élèves placés sous sa conduite bienveillante.

Enseigner, c’est complexe!

Donc, fondamentalement, enseigner est une activité professionnelle fort complexe. Voici pourquoi :

De nos jours, la différenciation et la flexibilité pédagogiques ne sont plus des possibilités ou des options. La perception de la classe en tant qu’entité homogène est définitivement révolue. Ce sont des attentes qui tapissent le Programme de formation de l’École québécoise d’un bout à l’autre. Les parents s’attendent à ce que les enseignants personnalisent leur approche pour aider et soutenir leur enfant. Cela dit, il faut garder un certain équilibre entre le danger de tomber dans « l’école à la carte » et l’enseignement à taille unique (modèle « one size fits all »). Cette approche dialectique est immensément complexe compte tenu du fait qu’elle est présente quotidiennement et qu’elle fait l’objet de fréquentes discussions avec tous les partenaires dans l’éducation des enfants.

Justement, en parlant de ces partenaires, un autre élément qui fait de l’enseignement une activité complexe est certainement la multiplicité des intervenants. En effet, l’éducation d’un enfant n’est pas un geste réservé à l’enseignant. Le parent est un éducateur, certes, et il est un acteur de premier ordre. De plus, il ne faut pas oublier tous les autres professionnels qui font désormais partie du paysage scolaire : psychologues, médecins, tuteurs privés, services de garde, etc. Le plus complexe n’est pas nécessairement de cohabiter, mais bien de coordonner toutes ces actions dans le but de soutenir la démarche d’apprentissage des élèves en répondant à leurs besoins spécifiques. Là encore, la tâche n’est pas simple, notamment avec les frottements des autonomies professionnelles qui entrent en jeu!

Avec l’avènement du Programme de formation de l’École québécoise au tournant du siècle, l’approche par compétences est devenue, en quelque sorte, la trame de fond de l’activité scolaire quotidienne. Le développement des compétences est certes plus complexe que l’acquisition des connaissances. Pire, enseigner pour contribuer au développement des compétences des élèves est d’autant plus complexe que leur transmettre des connaissances! Et que dire de l’évaluation! Enfin, la complexité n’est pas d’envisager une approche au détriment de l’autre et en faire un enjeu professionnel polarisant; il n’y a pas d’opposition; il s’agit davantage d’une coexistence et d’une complémentarité à envisager.

S’ouvrir à la complexité de l’acte d’enseignement

Voici quelques façons concrètes qui mèneront l’enseignant à s’ouvrir davantage à la complexité de l’acte d’enseignement :

La mentalité de croissance est une prédisposition qui permet à l’enseignant de comprendre qu’il est capable de se dépasser et d’améliorer sa pratique. Elle rappelle parfois cruellement que l’enseignement n’est pas un acquis immuable et qu’il est résolument évolutif. Et cette évolution est assurée par un développement professionnel perpétuel et des activités de formation continue fréquentes pour développer de nouvelles compétences et pour actualiser les anciennes.

Comme nous l’avons vu dans le texte précédent, la tolérance à l’ambiguïté se veut une occasion en or de rendre nos élèves autonomes. Cela peut se faire en déléguant certaines parties des responsabilités traditionnelles de l’enseignant, bien souvent en utilisant des outils technologiques de pointe pour faire de la recherche de contenus et étoffer ses connaissances ou pour favoriser la collaboration entre les élèves. Cette ambiguïté n’est pas néfaste. Bien au contraire, elle génère des possibilités créatives décuplées par la somme des esprits rassemblés dans une classe qui prend davantage les allures d’une communauté d’apprentissage. Sans donner plus de latitude aux élèves et en conservant un contrôle serré, on étouffe les avenues créatives et on sublime les possibilités de sérendipité. Les élèves sont mis directement à contribution et ils développent leur autonomie tout en réalisant des apprentissages à travers des tâches signifiantes, avec les outils de leur temps et l’aide de la communauté au grand complet qui les soutient dans leur démarche d’apprentissage.

Bref, il ne faut pas fuir la complexité. Il faut l’épouser et l’aborder comme étant celle qui génère les plus belles occasions. C’est elle qui permet aux élèves de croître, évidemment, mais aussi, elle contribue à la croissance de la profession enseignante et, indubitablement, à sa reconnaissance!

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