Ici et ailleurs : Les défis de l’enseignement au Congo

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Le reportage qui suit nous a été proposé par M. Roch William ONDONGO, photoreporter au Congo. Il souhaite nous faire connaître les défis de l’éducation dans ce pays d’Afrique centrale. On y découvre de nombreuses particularités qui ont de quoi nous étonner, dans notre perspective nord-américaine. Et on est loin du numérique! Bonne lecture! 

par Roch William ONDONGO, photoreporter

Avec un taux de natalité d’environ 35 naissances par année pour 1000 femmes et une croissance démographique d’environ 2,6 % en 2016, de nouveaux défis s’ouvrent  sur le secteur éducatif de ce pays pétrolier qu’est la République du Congo (à ne pas confondre avec la République démocratique du Congo).

Le Congo produit près de 300 000 barils de pétrole par jour. Il est situé au cœur du bassin du fleuve Congo, deuxième poumon de la planète après l’Amazonie, en Afrique centrale. Le pays a une superficie de 342 000 kilomètres carrés et une population d’un peu plus 5,1 millions d’habitants en 2016.

Si l’éducation est obligatoire pour les hommes et les femmes dans ce pays, l’État n’accorde que moins de 5 %  de son budget au secteur éducatif. Difficile donc de finaliser de nombreux projets de construction de nouvelles écoles dans les grandes villes comme dans l’arrière-pays. La plupart d’entre elles d’ailleurs, particulièrement dans la capitale Brazzaville, datent de l’époque coloniale, telles Chaminade, Leo Gaboka, Lumumba…

Devenir enseignant en 3 mois seulement

Maitresse Farelle. (c) Roch William ONDONGO

C’est suite à l’ouverture à la démocratie de cet ancien pays marxiste, au début des années 1990, que l’État a libéralisé l’éducation. Peu après, des inspecteurs de l’enseignement, dont un grand nombre à la retraite, ont ouvert leurs propres centres de formation pour former de futurs enseignants. Ce sont des structures privées qui forment des hommes, mais un peu plus de femmes, en trois mois seulement. Les structures de l’État, quant à elles, les forment en trois ou cinq ans. La formation coûte environ 65 000 CFA, soit 100 euros (environ 155 $CAN). Les candidats ont dans leur mire d’éventuels postes dans l’une de ces écoles privées qui poussent comme des champignons dans tous les quartiers de la ville.

Des écoles privées qui se multiplient

En effet, il suffit qu’une personne ait un peu d’argent et s’associe à un ou deux enseignants formés dans une institution publique pour pouvoir créer son propre établissement. Le marché répondant à la loi de l’offre et de la demande, avec les effets néfastes de l’exode rural et de la croissance démographique, cela fait que chaque année, de nouvelles écoles s’ajoutent à la longue liste. D’où le besoin toujours croissant des enseignants.

Par exemple, dans un quartier du sixième arrondissement de la capitale Brazzaville, on compte pas moins de 122 écoles. Chacune d’entre elles comporte au moins trois cycles, la maternelle, le primaire et le secondaire. Au préscolaire, 100 % du personnel pédagogique est féminin et a la charge d’enfants de moins de 2 ans.

Mme Estelle. (c) Roch William ONDONGO

Simplice, promoteur (ou « patron ») de l’École Alexandre, nous explique : «  Comme vous savez, l’État n’embauche plus dans notre pays. Pour notre part, nous ne recrutons pas seulement des femmes, mais tout simplement des personnes formées dans un centre pédagogique et qui viennent déposer un dossier à notre direction. Aussi, nous ne nous attardons pas aux questions de genre, c’est plutôt la compétence qui compte ». Au sein de l’école de Simplice, qui comporte aussi trois cycles, les classes de CP1 au CE2 sont tenues exclusivement par des femmes, comme dans la plupart des autres écoles du genre. Pour Estelle, 28 ans, enseignante des CE1, formée dans l’un de ces nombreux centres, « nous sommes aussi compétentes que nos collègues masculins. Nous ne sommes pas recrutées pour notre beauté, mais pour notre intelligence couplée à nos diplômes ». Estelle est aussi titulaire d’un Bac technique et d’un BTS. C’est aussi le cas de G Gali – photos 7-10-, enseignante de la classe de CP2. Vu son bon dossier de formation, G a été engagée au sein de l’École Alexandre pour remplacer un homme qui possédait moins de qualifications. La plupart du temps, dans ces écoles privées, il n y a que des hommes qui tiennent les classes de CM1 et CM2. Les exigences pédagogiques feraient en sorte que de nombreuses femmes, qui sont aussi des épouses et mères au foyer, préfèrent ne pas les prendre. Estelle, tout comme G Gali, ont toutes les deux quatre enfants.

Mme G Gali. (c) Roch William ONDONGO

Le salaire des enseignants fixé par l’offre et la demande

Il reste que l’État ne baisse pas les bras. Il a mis en place des inspections qui ont à leur charge des zones regroupant plusieurs quartiers pour le suivi de la qualité des cours dispensés. Au niveau du Ministère de tutelle, un livre programme a été mis en place pour guider les enseignants et les enseignantes. Chaque année, à la rentrée des classes, ces différentes inspections organisent des séminaires de renforcement des capacités pour le personnel pédagogique. Moyennant 10 000 CFA, soit environ 20 euros, une école peut envoyer son personnel prendre part à ces séances d’un jour. « Vous savez, il n y a plus de travail dans le pays; au lieu de rester à la maison à pondre les enfants ou à vendre du pain à la criée dans les rues, on préfère passer du temps ici, même si on ne rêvait pas nécessairement de faire ce métier. Et le tout pour un salaire de misère, de 55 000 à 65 000 CFA, soit une centaine d’euros. » Le salaire, un autre problème. Car l’État n’encadre pas ce secteur. Chaque promoteur fixe son prix. Celui qui n’est pas d’accord déguerpit. Car la « pompe » à personnel pédagogique ne s’arrête pas. Chaque année, ils sont désormais des milliers à sortir des centres, qui eux aussi, ne cessent de naitre. Mais ce salaire dépend de deux facteurs : la taille d’une école et les effectifs d’élèves. Plus une école a d’élèves, meilleur est le salaire. Il arrive même que certains enseignants touchent, avec leur ancienneté, un peu plus de 150 euros.

L’école privée : une assurance que l’enfant puisse apprendre assis sur un banc dans une classe de taille raisonnable

Pourtant, les familles ont bien souvent du mal à préparer la rentrée scolaire de leurs enfants, puisque l’État n’accorde pas de bourses ni subventions, même aux familles les plus pauvres. Quand elles inscrivent leurs enfants dans ces écoles privées, bon nombre ne finissent même pas l’année car les parents ne parviennent pas à payer les frais, qui varient entre 5000 CFA et 10 000 CFA – soit 10 à 20 euros – pour le préscolaire et le primaire. Pour le collège et le lycée, ces frais s’élèvent entre 7000 CFA et 18 000 CFA – soit 14 à 35 euros environ. Il faut dire que pour de nombreux parents, inscrire un enfant dans une école privée est un effet de mode et de prestige. Dans certains cas même, de parents préfèrent qu’un de leurs enfants reste à la maison plutôt que de le laisser apprendre dans une école publique. En effet, au public, les classes demeurent pléthoriques : on peut trouver, dans certaines écoles, des effectifs en CP qui atteignent parfois la centaine pour une seule maitresse. Sans compter le fait que nombre d’enfants doivent encore s’assoir par terre…

Une chose est sûre, si les écoles privées ont déçu la plupart des parents par leurs méthodes, qui font que jamais un enfant ne redouble, même s’il finit le cycle primaire sans savoir bien lire ni écrire, elles restent néanmoins le canal le plus adéquat, où un enfant apprend tout en étant assis sur un banc. Et ces enseignantes ne cessent d’innover, à leur façon, pour mieux préparer ces jeunes aux défis du futur.

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