Les différents modèles d’intégration du BYOD

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(suite du dossier, par Aurélien Fiévez,
en collaboration avec Gabriel Dumouchel)

 

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Figure 1. Modèle d’intégration du BYOD en contexte pédagogique (Fievez et Dumouchel, 2014)

L’enseignant a le choix des outils et des plateformes qu’il veut (et peut) utiliser dans sa salle de classe. En fonction de la liberté qu’il donne aux élèves, différents modèles d’intégration du BYOD se dessinent. Un guide du ministère de l’Éducation de l’Alberta initie cette réflexion en mettant en évidence les différentes configurations possibles d’une infrastructure BYOD. Dans le cadre de ce chapitre, nous avons ajusté ce modèle en fonction de nos constatations et de nos recherches afin de créer un modèle d’intégration du BYOD (figure 1). En salle de classe, chaque élève apporte avec lui un outil particulier et différent; l’enseignant doit alors combiner et parfois jongler avec l’ensemble de ces artefacts technologiques. En analysant les différentes possibilités, nous pouvons relever quatre différentes approches d’intégration. Ainsi, les enseignants définissent le degré d’intégration de la technologie qu’ils veulent voir dans leur salle de classe. En tant que « maîtres d’orchestre de l’apprentissage », ils choisissent les instruments qui seront utilisés. En fonction du degré choisi, différentes réalités apparaissent.

Ainsi, l’approche de l’utilisation restreinte demande à l’enseignant de choisir un outil en particulier (par exemple un iPad Air 2 de 64 Go), unique pour tous. Ce modèle permet d’avoir un contrôle aisé sur l’enseignement et l’apprentissage, rendant l’appropriation de la technologie plus facile par l’enseignant. Ce dernier choisit l’outil et les logiciels/applications que les apprenants vont utiliser. Il peut ainsi se former facilement et aider ses élèves d’un point de vue technique, mais aussi pédagogique. Par contre, les élèves doivent apprivoiser un outil qu’ils n’utilisent pas forcément habituellement et qui est imposé. Ce modèle restrictif présente des avantages pour les enseignants, mais il limite l’innovation pédagogique; la caractéristique « BYOD » est donc peu présente ici.

L’approche de l’utilisation ciblée laisse le choix de l’appareil à l’élève (par exemple une tablette ou un ordinateur). Il doit cependant respecter certaines caractéristiques techniques (comme le processeur ou la mémoire minimale requise). Il lui faut également respecter le choix des logiciels/applications prévus par l’enseignant. Celui-ci maîtrise les logiciels/applications et les plateformes utilisées. Les cours peuvent se baser sur des outils précis et la latitude de l’enseignant est assez présente. Cependant, la liberté pédagogique de l’élève est encore limitée.

L’approche de l’utilisation ouverte unique permet à l’élève de choisir son outil et ses logiciels/applications. La liberté de l’élève est plus importante, cependant l’enseignant doit s’adapter aux différentes plateformes, il doit montrer de la flexibilité dans son enseignement.

Enfin, l’approche de l’utilisation ouverte multiple recouvre toutes les perspectives du BYOD. Il permet à l’élève d’utiliser n’importe quel outil et même plusieurs outils en salle de classe. La flexibilité de l’enseignant est importante et la gestion de la classe plus complexe, mais l’innovation pédagogique est également plus grande.

Par ailleurs, notons qu’il est nécessaire de prendre en considération les différents facteurs externes et internes qui viendront influencer l’utilisation du BYOD dans la salle de classe. De fait, les moyens financiers, techniques et pédagogiques à la disposition de l’enseignant sont des éléments importants à considérer lors de l’intégration d’une approche BYOD. Le fait d’avoir dans sa classe des outils numériques pour les élèves ne pouvant se prémunir d’un outil personnel est primordial. Aussi, un soutien extérieur de la part d’un conseiller pédagogique ou d’un formateur sera d’une aide certaine pour l’enseignant. L’ensemble de ces facteurs détaillés dans la figure 1 viendront influencer l’efficacité et la réalisation de l’intégration BYOD.

Ces différentes approches que nous avons présentées dans notre modèle d’intégration du BYOD donnent lieu à des perspectives différentes de l’utilisation des technologies en salle de classe. En fonction du choix de l’enseignant et/ou de la direction, la flexibilité de l’enseignant et/ou de l’élève se trouvera ajustée. Par conséquent, il conviendra de d’identifier l’approche la plus adéquate en fonction des objectifs envisagés. D’ailleurs, le but n’est pas de transformer la classe en un lieu commun pour les outils technologiques personnels de l’élève, mais bien de l’amener à les utiliser à des fins d’apprentissage.

 

Quelles sont les configurations possibles dans la salle de classe?

En fonction du choix des enseignants, des décideurs pédagogiques et des différents milieux, de multiples configurations d’outils technologiques sont régulièrement observées en salle de classe. Comme le montre la figure ci-dessous, deux types d’implantation reviennent souvent. La première se caractérise par un outil spécifique (parfois imposé) en propriété de l’élève (tablette, ordinateur, etc.); la seconde par la mise à disposition de locaux informatiques (laboratoires) ou de chariots mobiles (pour les tablettes ou les ordinateurs) dans l’école.

Ces deux types d’implantation répondent à des besoins spécifiques et des réalités (institutionnelles et économiques) précises, mais montrent souvent leurs limites pour une ouverture pédagogique et technologique adéquate.

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Le BYOD propose une alternative intéressante. En fonction de l’activité à réaliser, certains outils se révèlent plus pertinents que d’autres. Par exemple, un ordinateur sera plus adéquat pour réaliser des statistiques complexes, des tableurs ou des graphiques. Pour sa part, la tablette sera plus adaptée pour une activité extérieure en géographie demandant une géolocalisation précise. Aussi, les élèves ont des préférences pour les outils utilisés en fonction de leurs caractéristiques personnelles et de leur expérience.

Ainsi, dans un environnement 100 % BYOD, la classe pourrait avoir à sa disposition :

  • des tablettes tactiles (iPad, Android, Windows, autres);
  • des ordinateurs portables (Mac, PC, Linux);
  • un ou des ordinateurs fixes déjà présents dans la classe;
  • des baladeurs numériques (iPod, par exemple);
  • des liseuses électroniques;
  • des téléphones intelligents (iPhone, Android, Windows, autres).

Véritable casse-tête en vue? En fait, si l’on arrive à faire en sorte que chacun de ces outils ait accès au réseau de l’école, on peut ensuite se concentrer sur l’aspect pédagogique : quelle est la tâche à réaliser, l’objectif à atteindre? Par exemple, en évitant la consigne « Réalisez un PowerPoint sur tel sujet » au profit de « Réalisez une présentation visuelle sur tel sujet », l’enseignant se décharge de la nécessité de maîtriser une application en particulier et laisse les élèves exercer leur créativité. Après tout, ne dit-on pas que la fin justifie les moyens?

 

Table des matières

1. Introduction
2. Que signifie BOYD?
3. Les différents modèles d’intégration du BYOD
4. Pourquoi utiliser le BYOD dans une classe?
5. Comment intégrer le BYOD dans un établissement scolaire?
6. Comment mettre en place le BYOD dans une classe?
7. Quelles ressources pratiques pour le BYOD?
8. BYOD : conclusion et références

 

 

 

1 COMMENTAIRE

  1. Très beau travail et merci pour les approches de configuration dans la salle de classe. Je voudrais juste faire remarquer que dans le contexte africain ou tous les apprenants n’ont généralement pas d’équipement TIC de façon individuelle, il arrive que plusieurs apprenants utilisent en classe comme à la maison l’équipement de leurs collègues. En tenant compte de cette réalité, il serait peut être indiqué de revoir le schéma lorsque l’outil est la propriété de l’apprenant et de faire ressortir les deux cas que je viens de citer plus haut…

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