Classe inversée en science : autonomie et évaluation novatrice

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Marie-Élaine Jobin est enseignante de chimie en 5e secondaire au Collège Nouvelles Frontières. Depuis le début de l’année scolaire, elle utilise la classe inversée avec ses deux groupes. Elle a présenté son approche lors du dernier colloque de l’AQUOPS, notamment son inspirante méthode d’évaluation. Compte-rendu de l’atelier.

La classe inversée vise à inverser l’approche plus traditionnelle de l’enseignement. L’approche pédagogique de la classe inversée permet aux élèves de découvrir la théorie à leur propre rythme à la maison et de réserver le temps de classe à des activités d’intégration de la matière, où l’enseignant devient plus libre de guider et d’interagir directement avec les jeunes lorsqu’ils en ont besoin dans leur apprentissage. En bref, la théorie est vue à la maison et les travaux appliqués se font en classe.

Marie-Élaine Jobin considère que la classe inversée s’applique bien au contenu du cours de chimie. Toutefois, elle ne choisirait pas une formule 100 % inversée avec son groupe de sciences et technologies de l’environnement en 4e secondaire, car elle trouve que celui-ci s’y adapte moins bien.

 

Les défis
Un des premiers défis constaté par Mme Jobin concernant la classe inversée est que les élèves ont, au départ, beaucoup de difficulté à bien gérer leur temps. Toutefois, la plupart ont réussi à bien s’adapter et sont maintenant beaucoup plus autonomes. Ainsi, ils sont mieux préparés à cet égard pour leur passage au cégep. En général, le principe de la classe inversée est plus difficile pour les élèves « paresseux », car ils doivent obligatoirement s’investir et s’engager pour réussir. De plus, certains parents peuvent être résistants à un tel changement. Certains pensent que l’enseignant est paresseux et ne veut plus donner de cours. Il faut alors les convaincre des bénéfices de cette approche.

 

Ses conseils
Aux enseignants qui voudraient essayer la classe inversée, Mme Jobin suggère de préparer de courtes vidéos expliquant la théorie (3 minutes environ). De plus, elle suggère de remettre aux élèves une planification détaillée à l’avance. Ils sauront ainsi où ils sont rendus et ce qu’ils devront faire ensuite. Il faut aussi prévoir des règles qui seront clairement expliquées aux élèves ainsi que des conséquences pour ceux qui ne les respecteront pas. En même temps, il faut être à l’écoute des élèves pour les rassurer lorsqu’ils sont inquiets et les motiver lorsqu’ils sont désengagés.

 

Création de vidéos
Pour créer ses vidéos, Mme Jobin utilise le logiciel Keynote pour le support visuel, ainsi que ScreenFlow pour enregistrer ce qui se passe sur son écran d’ordinateur, ainsi que la narration. Elle publie ensuite le résultat sur sa chaîne Youtube. L’enseignante précise qu’il s’agit de sa propre manière de faire, mais qu’il existe d’autres alternatives. À chacun sa façon!

Elle partage ensuite ses vidéos sur la plateforme Didacti ainsi que sur son blogue de classe. Les élèves utilisent principalement Didacti, mais son blogue lui permet de se dépanner en cas de difficulté. Ainsi, les élèves ne peuvent pas avoir d’excuses, car il est possible de trouver les vidéos à deux endroits distincts.

Voyez ici un exemple de capsule vidéo produite par Mme Jobin.

 

Une évaluation adaptée

Marie-Élaine Jobin a aussi décidé de complètement revoir sa méthode d’évaluation. Avec la classe inversée, elle a remarqué que certains élèves étaient plus rapides, alors que d’autres étaient plus lents. Pour permettre à chacun d’apprendre à son propre rythme, elle a décidé d’augmenter la fréquence des évaluations et de ne donner que des minitests aux élèves. Il n’y a plus de « gros examens ». L’enseignante a préféré séquencer les notions pour faire plusieurs évaluations. Ainsi, certaines périodes en classe sont réservées à la passation des minitests, mais ce sont les élèves eux-mêmes qui doivent s’y inscrire s’ils se sentent prêts. L’enseignante suggère tout de même aux élèves une planification de la passation des tests pour éviter les retards ou la trop grande avance. Elle offre aussi à ses élèves la possibilité de reprendre un test qui n’a pas été bien réussi. Par contre, à la deuxième passation, les élèves ne peuvent pas obtenir plus de 75 %. À la troisième passation, les élèves ne peuvent pas obtenir plus de 60 %. Cette contrainte permet de se rattraper en cas d’échec, sans pour autant être avantagé par rapport aux élèves qui auraient bien performé dès leur premier essai.

Le premier avantage de cette évaluation est qu’elle ne met pas l’emphase sur l’aspect punitif des évaluations plus traditionnelles. En effet, dans une évaluation plus traditionnelle, un élève qui échoue un examen ne revient généralement pas sur la matière qu’il n’a pas bien assimilée et passe directement au prochain examen sans bien comprendre les notions préalables. Un élève qui échoue un examen accumule donc du retard pour l’examen suivant.

La méthode d’évaluation proposée par Mme Jobin ne vise pas à mesurer la compréhension d’un élève sur une notion à un moment bien précis, mais plutôt à démontrer que l’élève a bien assimilé cette notion à un moment dans l’année (dans un délai raisonnable). Ce changement dans l’évaluation a eu pour effet que les élèves consultent régulièrement leurs évaluations corrigées afin de comprendre leurs erreurs.

Un autre avantage de cette méthode est qu’elle permet de s’adapter à la progression de chaque élève. Dans une évaluation plus traditionnelle, un élève qui aurait beaucoup d’avance sur la matière devrait revenir en arrière pour se préparer à l’examen. Dans la nouvelle méthode d’évaluation, il peut être évalué sur la matière qu’il vient d’assimiler au moment où il le choisit. Finalement, cette méthode d’évaluation laisse une lueur d’espoir aux élèves en difficulté qui peuvent voir leurs efforts récompensés. Un échec est donc beaucoup moins décourageant, puisque les élèves ont la chance de se rattraper. Un inconvénient de cette méthode est qu’elle est beaucoup plus exigeante pour l’enseignant, qui doit créer plusieurs versions de la même évaluation et qui doit gérer la progression différente de chaque élève.

 

Programme COOP
Le programme COOP est une initiative de Marie-Élaine Jobin afin de motiver les élèves plus rapides en avance sur la matière. Ce programme est accessible aux élèves sous trois conditions. Tout d’abord, ils doivent terminer tous les exercices au moins deux jours avant la date de l’évaluation. Par la suite, ils doivent réussir un minitest portant sur l’ensemble de la matière vue au cours du chapitre. Finalement, ils doivent aider les autres élèves de façon significative. Un élève qui remplit tous ces critères peut alors faire partie du programme COOP et se voit attribuer un bonus de 4 % à son évaluation. Les élèves faisant partie de ce programme sont alors reconnus comme des aidants en classe et se font attribuer des groupes d’étude qu’ils rencontrent en classe au besoin. Les groupes d’étude sont composés d’élèves en danger d’échec ou bien d’élèves qui désirent faire partie d’un groupe d’étude. Les élèves COOP sont en quelque sorte les piliers de la classe et sont une aide précieuse pour l’enseignante.

Plusieurs points positifs sont ressortis de ce programme. Tout d’abord, celui-ci contribue grandement à motiver les élèves qui apprennent plus rapidement que les autres. Par ailleurs, l’enseignante a remarqué que les élèves sont beaucoup plus intéressés à faire partie de ce programme pour le statut qu’il procure et pour pouvoir venir en aide aux autres élèves que pour obtenir un bonus à leur évaluation. Il s’agit d’une grande responsabilité pour eux et ils prennent très au sérieux leur statut d’aidant. Ces élèves vont jusqu’à réviser leurs notes de cours afin d’être bien préparés à n’importe quelle question qui pourrait leur être posée par les autres élèves. Les élèves aidants ont aussi mentionné qu’ils maîtrisent mieux la matière depuis qu’ils doivent l’expliquer aux autres. En plus d’être bénéfique pour les élèves COOP, ce programme profite aussi à l’ensemble de la classe. En effet, certains élèves qui sont plus timides à l’idée de poser des questions à l’enseignante se tournent beaucoup vers les élèves COOP afin d’obtenir de l’aide. Les élèves faisant partie des groupes d’étude ont aussi mentionné que ces périodes d’entraide avec un élève COOP leur étaient très utiles. Finalement, les élèves ont témoigné que ce programme contribuait à briser le stéréotype des élèves « bollés » qui travaillent seuls dans leur coin et favorisait les interactions sociales entre des élèves qui ne se seraient probablement pas parlé autrement.

 

Un bilan très prometteur
Le bilan dressé par Mme Jobin de son expérience de classe inversée est dans l’ensemble très prometteur. Les élèves sont beaucoup plus autonomes dans leur apprentissage et dans leur gestion du temps. De plus, ils sont beaucoup plus conscients qu’ils sont responsables de leur réussite ou de leur échec. Elle a comparé ces résultats avec ceux de l’année précédente et a observé qu’il y avait 13 % moins d’échec dans ses groupes actuels et que la moyenne générale était très légèrement supérieure. Bien que ces observations ne permettent pas de conclure que les résultats sont totalement attribuables à la classe inversée, elles démontrent au moins que les résultats ne sont pas inférieurs aux années précédentes. Cet argument peut donc être utilisé afin de rassurer les parents réfractaires à cette approche pédagogique. Finalement, les compétences acquises par les élèves dans le cadre du cours dépassent les simples connaissances en chimie et peuvent leur servir dans d’autres sphères de leur vie.

 

Par Mathieu Arsenault et Julie Rivard (@julierivard), programme JournalisTIC

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Du 15 au 17 avril se tenait à Québec le 32e colloque de l’AQUOPS. Sur place, des étudiants en enseignement de l’Université Laval ont assisté à différents ateliers et livré leurs impressions sur le blogue de l’Association. Nous aurons l’occasion de vous présenter, au cours des prochaines semaines, certains de leurs compte-rendu.

Les étudiants du projet JournalisTIC étudient avec les professeurs René Fountain et Margarida Romero ou avec le chargé de cours Patrick Plante en intégration des TIC dans l’enseignement. « Le but de leur participation au congrès était de comprendre les TIC, leurs règles de jeux, leurs applications et leurs impacts pour mieux les utiliser et les intégrer plus tard dans leurs démarches pédagogiques », explique Suzanne Dansereau, responsable de cette initiative au sein de l’AQUOPS.