Des jeunes qui sauvent des vies!

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par Marisol Houle, Fondation des maladies mentales

Le programme Solidaires pour la vie de la Fondation des maladies mentales rencontre des élèves du secondaire pour parler de dépression afin de prévenir le suicide, tout en démystifiant la maladie mentale. Maxime Caron, l’un des animateurs, décrit comment ça se passe.

« On aime dire qu’on est comme des rock stars, on a la chance de se promener partout au Québec, mais on mange de la bouffe de cafétéria pis on dort dans des motels. »

Depuis la rentrée scolaire en septembre, Maxime Caron, tout comme neuf autres animateurs du programme Solidaires pour la vie (SPLV) de la Fondation des maladies mentales, sillonne le territoire du Québec pour parler aux jeunes. Leurs objectifs : parler de la dépression dans les salles de classe au secondaire afin de prévenir le suicide chez les jeunes tout en démystifiant la maladie mentale et tenter de réduire les tabous entourant celle-ci.

Maxime a accepté de répondre à nos questions et de nous partager ce qu’il a constaté sur le terrain comme animateur durant sa tournée.

Qu’est-ce qui t’a amené à devenir animateur SPLV?

M.C. : « Une amie à moi travaillait à la Fondation par le passé. Elle m’a parlé de cet emploi, car elle me voyait bien dans ce rôle. Je me suis informé sur la Fondation des maladies mentales puis sur le programme Solidaires pour la vie et ça m’a tout de suite plu. Je voulais aussi beaucoup travailler pour la Fondation, car pour moi leur message est très important. J’ai vraiment la conviction que c’est en éduquant les personnes plus jeunes, les générations futures, qu’on va pouvoir changer les choses. »

Qu’est-ce qu’une journée type dans la vie d’un animateur?

M.C. : « On vit au rythme des écoles secondaires et on en voit de toutes les couleurs partout en régions et en ville. On se présente dans les écoles, on s’installe et on fait notre présentation. Souvent on finit par rire beaucoup avec les jeunes, on répond à leurs questions, leurs inquiétudes. Parfois on les aide à aller chercher de l’aide des intervenants à l’école, pour eux ou pour un ami. Il n’y a pas une journée qui se ressemble. »

En général, crois-tu que les jeunes au Québec ont le support nécessaire de leur entourage?

M.C. : « Je pense que les ressources sont disponibles, on le dit souvent aux jeunes, ils ont la chance d’avoir un système scolaire qui leur offre de l’aide professionnelle en santé mentale, disponible pratiquement chaque jour et gratuite.  Je crois plutôt, que le problème se situe au niveau des préjugés associés aux maladies mentales. On a beau dire qu’en 2014 on a de moins en moins de préjugés, ce n’est pas à 100 % vrai! Des préjugés, il en reste encore beaucoup. Dans les milieux défavorisés, c’est plus dur de convaincre un jeune qu’il a besoin d’aide en santé mentale quand ce jeune-là ne croit même pas que c’est quelque chose de vrai, les maladies mentales. »

 

C’est plus dur de convaincre un jeune qu’il a besoin d’aide en santé mentale quand ce jeune-là ne croit même pas que c’est quelque chose de vrai, les maladies mentales.

 

Selon toi, qu’est-ce que les animateurs apportent aux jeunes?

M.C. : « Je pense qu’ils s’identifient plus à nous qu’à un adulte. Quand on est dans la vingtaine ou début trentaine, c’est plus facile d’établir le contact. Le jeune a moins l’impression de parler à une figure d’autorité, un parent. Il a plus l’impression de parler à un ami qui ne le juge pas.

Je crois que les jeunes ont très peur de se faire juger. Quand la personne à qui ils se confient est plus jeune, ils ont l’impression qu’elle les comprend plus et ils sont plus réceptifs à l’aide qui est disponible. »

Comment fait-on pour repérer les signes avant-coureurs d’une dépression?

M.C. : « Quand on remarque que la personne a changé, qu’elle n’est plus comme avant. Quand elle est plus déprimée, plus fatiguée, quand elle semble ne plus rien aimer. Il y a plusieurs symptômes de la dépression que l’on peut observer. Ils sont facilement trouvables sur le site Internet de la Fondation des maladies mentales. Il faut comprendre que la dépression va venir changer les comportements et les émotions de la personne. C’est un changement qui peut se voir sur plusieurs semaines. »

Comment un jeune peut-il intervenir auprès d’un ami qui semble avoir besoin d’aide?

M.C. : « Le plus important, c’est de ne pas hésiter à en parler. Si on s’inquiète pour un ami on ne se gêne pas pour aller le voir et lui en parler. On est honnête avec lui et on dit qu’on s’inquiète. On peut lui recommander d’aller voir un intervenant. On peut même l’accompagner. L’important c’est de ne pas rester seul avec ça. Si notre ami ne va vraiment pas bien, on peut même aller voir un intervenant soi-même pour lui demander comment faire pour aider notre ami. »

Quels trucs donnez-vous aux jeunes pour maintenir une bonne santé mentale?

M.C. : « Il y a bien sûr le trio gagnant : bien manger, bien dormir et bouger. Mais je pense qu’avoir de bons amis et un bon entourage est primordial. C’est important d’être entouré de gens qui nous aiment et qui nous respectent sans nous juger. Enfin, il ne faut pas se priver de faire les choses qu’on aime dans la vie, il faut exploiter nos passions. Avec ça, on devrait être sur la bonne voie pour une bonne santé mentale! »

Quel portrait dresses-tu des jeunes aujourd’hui?

M.C. : « Parce que les jeunes utilisent beaucoup les médias sociaux, on a tendance à penser qu’ils sont très individualistes et isolés, mais au  contraire, ils sont plus connectés les uns aux autres, plus ouverts sur le monde que d’autres groupes d’âge. Ils sont peut-être différents des autres générations de jeunes parce qu’ils sont très informés et sont habitués de façon précoce à formuler des opinions et à réfléchir. Je crois que c’est entres autres pourquoi notre message passe bien, ils ont beaucoup moins de préjugés avec toute l’information qui est disponible.

En contrepartie, cette voie de communication et d’échange qu’est le Net peut aussi créer une espèce de bulle où les jeunes peuvent se couper du monde, les poussant à croire que personne d’autre ne peut les comprendre et entraver ainsi une demande d’aide à un adulte de leur entourage. »

 

 

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