L’école inversée, est-ce que c’est possible?

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La « classe inversée », cette philosophie qui implique de voir la portion théorique à l’extérieur de la classe, notamment par des vidéos, est sur toutes les lèvres. Pourrait-on aller jusqu’à imaginer toute une école inversée?

C’est le défi qu’a relevé la Clintondale High School, une école américaine située en milieu défavorisé au nord de Détroit. Aujourd’hui, les enseignants produisent de courtes vidéos que les élèves écoutent sur leurs téléphones intelligents, sur l’ordinateur familial ou dans le laboratoire informatique le midi. En classe, ils travaillent en îlots et ils réalisent des projets, des exercices traditionnels ou des expériences scientifiques.

Tina Rosenberg, récipiendaire d’un prix Pulitzer, dresse un portrait de cette école et de ce mouvement sur le blogue du New York Times. Nous vous invitons d’ailleurs à lire son article pour avoir plus d’information sur le sujet.

Clintondale High School est la première école américaine à avoir mis en place une structure où l’ensemble des cours est sous forme de classe inversée. Cette idée a commencé avec Greg Green, directeur de l’école. À l’origine, il produisait et déposait sur YouTube des vidéos pour que l’équipe de son fils améliore certaines techniques au baseball. Il a réalisé que les jeunes pouvaient écouter les vidéos à la maison et avaient plus de temps pour se pratiquer une fois sur le terrain.

Au printemps 2010, il a eu l’idée de monter une expérience dans son école. Avec l’aide d’un collègue en univers social, ils ont enseigné à deux classes différentes exactement le même contenu et ils ont donné les mêmes travaux. La seule différence était qu’une des deux classes fonctionnait de façon inversée. Après 20 semaines, les élèves dans la classe inversée ont surpassé ceux de l’autre classe, avec un taux de réussite de 100 % et aucune note en dessous de C+.

Il est important de comprendre que cette école affichait un taux d’échec moyen d’environ 30 % et qu’elle était classée dans le top 5 % des pires écoles du Michigan. L’année de cette expérience, plus de la moitié des élèves de 9e année ont échoué les sciences et les mathématiques. Le taux d’échec en anglais langue première approchait les 52 %. Après l’implantation de la classe inversée dans l’ensemble de l’école, les taux d’échec ont diminué drastiquement.

Anglais : diminution de 52 % à 19 %;
Mathématiques : diminution de 44 % à 13 %;
Sciences : diminution de 41 % à 19 %;
Univers social : diminution de 28 % à 9 %.

Après une année complète où toute l’école était inversée, le taux global d’échec a chuté sous les 10 %. De plus, la présence des élèves en classe est passée de 63 % à 80 %. Les élèves réussissent mieux et ont une plus grande motivation à se présenter à l’école.

Tout ceci n’est pas arrivé par magie. Les enseignants ont dû s’adapter à cette nouvelle réalité. Au début, ils produisaient des vidéos de 20 minutes. Ils ont rapidement réalisé que c’était trop long. Actuellement, leurs capsules varient entre 3 et 6 minutes au maximum. Les devoirs ne se limitent pas seulement aux vidéos. Les enseignants utilisent aussi des enregistrements audio, des lectures et des vidéos de d’autres sources. Certains enseignants donnent une série de vidéos pour une période donnée et demandent aux élèves de répondre à des évaluations en ligne ou de prendre des notes.

Le changement majeur pour les enseignants est la gestion du temps en classe. Au lieu de présenter du contenu et de répondre toujours aux mêmes personnes, ils circulent dans la classe et interagissent avec l’ensemble des élèves. Malgré un peu de résistance, le passage à cette pédagogie s’est bien passé et les élèves se retrouvent actifs, avec un enseignant qui peut leur donner du temps personnalisé. Cette approche demande certes plus de créativité et d’énergie aux enseignants, mais elle procure un environnement d’apprentissage plus dynamique, où plus de temps est consacré à l’éducation.

Ce modèle est-il parfait? Non, mais c’est un bon début pour transformer les pratiques et rendre les élèves plus actifs.