Donner aux élèves le goût de la lecture et de l’écriture, c’est possible!

1

Le 1er juin dernier, le CTREQ invitait Marlène Lebrun, chercheuse en didactique de la littérature (CIELAM-Université de Provence) à partager son expertise à des enseignants, conseillers pédagogiques, orthopédagogues et  étudiants dans le cadre de la conférence « Réconcilier les élèves avec la lecture et l’écriture ».

Selon la chercheuse, la classe s’avère un lieu d’intérêt pour constituer une communauté de lecteurs et d’auteurs littéraires, le dialogue donnant du sens aux apprentissages : « La classe de français donne un espace pour pouvoir échanger sur les lectures. Sans possibilité d’échanger, on ne lit pas. Il est beaucoup plus intéressant pour un élève d’entendre un pair proposer un point de vue complètement différent du sien, que de l’entendre par le professeur », explique-t-elle.

L’enjeu est aussi de favoriser la production autant que la réception : « On fait beaucoup plus lire les élèves qu’on ne les fait écrire, écrire au sens de produire du sens. Donner le pouvoir aux élèves de l’écriture, c’est les réconcilier avec la lecture, ajoute-t-elle. » L’élève devient lecteur-auteur, interprète, critique, actif, passionné.

Des projets concrets à mettre en pratique

Comment mettre en pratique toute cette théorie? Madame Lebrun propose plusieurs projets en classe qui peuvent donner aux élèves de tous âges (du préscolaire à l’université) l’envie de lire et d’écrire. Elle précise que ces dispositifs ne servent pas à développer la correction linguistique, qui peut s’intégrer à d’autres projets.

Le journal de lecture dialogué permet à l’élève d’exprimer ses ressentis et ses émotions par rapport à l’œuvre qu’il a lue, que ce soit de manière collective, en classe, ou de manière individuelle. Il permet de faire connaître aux élèves de nouveaux livres, de les mettre en « appétit de lecture », de garder une mémoire des lectures, d’échanger, de partager, de commenter, de former une communauté de lecteurs critiques.

Le comité de lecture offre la possibilité à l’élève de choisir le livre qu’il préfère et d’expliquer pourquoi. Il permet aussi de passer de l’individuel au collectif. L’enseignant divise la classe en comités de lecture, où chaque membre devra lire un livre et en faire l’analyse, que les autres commenteront. A la fin, dans chaque comité, on vote pour le livre préféré, qu’on présentera ensuite aux autres élèves de la classe.

Le geste anthologique permet à l’élève de réaliser un recueil de textes (anthologie ou florilège) qu’il préfère. Il est à la fois récepteur et producteur, car cette réalisation peut mener à une écriture hypertextuelle et métatextuelle.

Par le concours de lecture, l’élève apprend à formuler et à répondre à des questions ouvertes (Quel personnage préfères-tu? À qui te fait penser tel personnage?). Il est intéressant de travailler par exemple avec deux classes appartenant à deux établissements différents, qui pourraient échanger par voie électronique.

Le cahier d’écrivain développe des compétences en écriture. L’enseignant suggère aux élèves des inducteurs d’écriture qui leur permettent de se décentrer (« Je suis un poisson rouge et je vis dans un aquarium »). La longueur des textes est à leur choix. L’enseignant ne corrige pas, il lit en tant que lecteur; les autres élèves de la classe sont invités à réagir au texte (comme dans le journal de lecture dialogué). À la fin, ils choisissent leur texte préféré, ce qui peut donner lieu à un café littéraire, question de les motiver davantage. « Ils ont tellement envie d’être lus par les autres, car ils adorent avoir des commentaires sur leurs textes, qu’ils font de plus en plus de progrès, s’enthousiasme Mme Lebrun. »

L’écriture coopérative permet de passer de l’écriture collective à l’écriture individuelle. La planification est prise en charge par l’enseignant (il y a autant de consignes d’écriture qu’il y a de parties différentes dans la structure du texte). Les élèves proposent une situation de départ, puis écrivent le texte en se le relayant, après chaque partie différente. Puis, le premier élève à avoir écrit le texte le reprend et en fait une réécriture.

L’échange culturel se fait entre deux classes géographiquement éloignées, qui s’envoient des informations culturelles sur leur coin de pays. Ces échanges, électroniques et postaux, génèrent entre autres une prise de conscience des élèves sur leur identité.

Madame Lebrun conclut en rappelant l’importance de l’usage de la technologie en classe, qui permet d’optimiser ces dispositifs : l’ordinateur permet d’apprendre à lire et à écrire, notamment lors de l’élaboration du plan, de la mise en texte et de la correction. Un journal dialogué ou des échanges culturels peuvent très bien se faire par ordinateur, selon elle.

Autres références :

Le journal dialogué de Monique Lebrun

Posture critique et geste anthologique de Marlène Lebrun

Comments are closed.