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Âgée de 20 ans, Mélanie étudie en éducation préscolaire et en enseignement primaire à l’université. Les réseaux sociaux font partie de son quotidien. Elle y socialise et s’informe sur l’actualité. Dernièrement, Mélanie a écouté une vidéo publiée par l’une de ses camarades et provenant de Youtube. Le contenu de la vidéo « Les enfants : tubes à essai sur pattes » était si surprenant qu’elle désirait l’utiliser lors d’un prochain exposé. Elle explique l’existence d’un lien entre l’hyperactivité chez les jeunes et les additifs alimentaires. Avant de produire son exposé, Mélanie devrait valider le contenu de sa source Web. Voici un aperçu de ce qu’elle obtiendrait.

Pourquoi?

À première vue, Mélanie considère que l’information présentée est intéressante et vraisemblable. Elle désire travailler avec les enfants et cette vidéo touche donc à l’un de ses centres d’intérêt. Le reportage est en apparence scientifique et basé sur une expérimentation effectuée dans une école primaire. Facile à consulter et accessible depuis la maison, la vidéo est un média riche en paroles et images.

Qui?

Dans cette vidéo, il n’y a aucune information sur le ou la véritable responsable du contenu. Elle semble beaucoup centrée sur l’analyse de Mme Sue Dengate présentée dans le reportage et sur des observations faites sur le terrain. On décrit la spécialiste comme étant auteure et détective en nutrition, mais lorsqu’on consulte son propre site Web, on apprend qu’elle a obtenu un diplôme en psychologie et qu’elle a été enseignante. Ce serait plutôt son mari qui aurait fait des études en nutrition, étant docteur et scientifique dans ce domaine.

Sa biographie, ses publications et ses supposées recherches sont aussi présentées sur le site. Plusieurs hyperliens sont disponibles et mènent souvent à un autre endroit du site, ou encore vers d’autres sites qui présentent le même point de vue. Il y a aussi des actualités qui semblent toutes très alarmantes et plus ou moins liées à l’intolérance alimentaire ou à la nutrition.

Le lien permettant de la joindre était non fonctionnel au moment d’écrire ce dossier. On nous invite à acheter ses livres et DVD qui décrient une industrie qui rendrait nos enfants malades. Le site présente même les symptômes de l’intolérance alimentaire dès la page d’accueil. La longueur de la liste apparaît invraisemblable. Ces constatations devraient amener Mélanie à douter de la crédibilité du site de la spécialiste et, par conséquent, à douter des propos de Mme Dengate.

Quoi? Quelle information obtenons-nous?

La situation est présentée avec un ton alarmiste. Le message véhiculé incite l’auditoire à se poser des questions et à douter de l’efficacité des autorités responsables de la qualité alimentaire. Les sources susceptibles d’appuyer ces propos ne sont ni accessibles, ni clairement énoncées. On mentionne qu’une étude effectuée au Royaume-Uni est à la base de cette expérimentation. Mais sur le site de l’« European Food Safety Authority », on explique que cette étude n’apporte pas de preuve d’un lien de cause à effet entre les colorants individuels et d’éventuels effets sur le comportement.

Sur le Web, plusieurs sites soutiennent cette dénonciation. Psychomédia est un site québécois dont l’objectif est la transmission d’information de qualité en psychologie. Pour y soumettre un article, une simple adresse courriel suffit. On y présente trois articles sur le sujet, et on réfère à l’étude effectuée au Royaume-Uni. Même chose pour l’article sur le site de Radio-Canada. (Pas d’hyperliens?)

Bien qu’il existe une multitude de sites proposant un lien entre les colorants alimentaires et l’hyperactivité, ils mentionnent tous l’étude effectuée au Royaume-Uni comme référence scientifique ou font référence à d’autres articles qui fondent leur propos sur cette étude. Le sujet des additifs et de l’hyperactivité apparaît sur divers forums et d’autres sites n’ayant aucune source scientifique.

Mélanie devrait commencer à remettre cette information en cause, car toutes les sources d’informations répertoriées citent la même référence scientifique qui a été démentie par un organisme reconnu. De plus, sur le site de l’école identifiée dans la vidéo, rien ne mentionne la participation de l’école à cette expérimentation ni la collaboration avec Mme Sue Dengate.

Comment?

L’information, présentée sous forme de reportage, est cohérente, compréhensible et vraisemblable. De vrais élèves et adultes sont interviewés. Même si on laisse entendre qu’il y a une relation de cause à effet et qu’on met l’emphase sur le changement et les bienfaits de l’expérimentation effectuée, on ne propose aucun lien ni référence pour approfondir le sujet.

Plusieurs questions importantes n’ont pas été abordées dans la vidéo : Comment a-t-on contrôlé le contexte pour empêcher que d’autres éléments interviennent dans l’expérimentation? Qui était responsable et comment les enfants et leurs familles ont été supervisés pendant l’expérimentation? Des enfants et des adultes peuvent-ils réellement déchiffrer toutes les étiquettes comme on le laisse entendre? Etc.

Bref, on peut avoir joué avec les apparences et les preuves présentées sont insuffisantes ou ne sont pas défendues. Cela pourrait être volontaire ou lié au format de la présentation qui ressemble à un reportage pour la télévision. Plus accessoirement, l’information présentée ne semble pas protégée par un « copyright » et il n’y a aucune explication sur les possibilités de l’utiliser.

Quand?

Aucune date n’est présente dans la vidéo.

Où?

Cette vidéo est présentée sur Youtube et porte le nom « Les enfants : tubes à essai sur pattes » par solutionprudction. Les informations concernant l’utilisateur qui a publié cette vidéo ne sont pas pertinentes, on ne peut ni le joindre ni voir son identité. Un lien mène à un site nommé “Santé en danger” qui propose d’autres vidéos sur l’effet des colorants alimentaires sur le comportement des enfants. Ce site semble rapporter les mêmes informations, sur le même ton, de la même manière. On nous y propose d’acheter des livres et des DVD sur des sujets proches, mais écrits par une auteure française.

Quelles conclusions Mélanie devrait-elle tirer?

La crédibilité de la “scientifique” devrait sérieusement être mise en doute. Il est anormal que son site ne fournisse pas de références et ni de lien pour la joindre. Les hyperliens mènent trop souvent sur le même site ou sur le site de personnes ou organismes qui tiennent le même discours en s’appuyant sur les mêmes faits. De plus, un organisme reconnu critique l’étude sur laquelle l’expérimentation est basée. Le ton un peu alarmiste de la vidéo et du site de la “spécialiste” et le manque de rigueur scientifique dans l’expérimentation devraient convaincre Mélanie de ne pas se fier à cette vidéo. Les liens de causalité présentés ne semblent pas avoir été prouvés.

Les vérifications effectuées témoignent par contre que ce sujet intéresse beaucoup de gens qui semblent croire que certains additifs alimentaires sont dangereux. Il semble y avoir place pour un débat. Si le sujet l’intéresse vraiment, Mélanie devrait faire des recherches supplémentaires : chercher des articles qui adoptent un point de vue différent ou qui démontrent plus solidement qu’il y a ou non un lien. Elle pourrait aussi consulter des articles plus sérieux sur le sujet et ayant été validés par d’autres chercheurs spécialistes dans le même domaine (validation par les pairs). Elle pourrait aussi probablement tenter de contacter un spécialiste dans son université ou dans sa région qui serait plus à même de l’éclairer sur le sujet.

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