Ce que pensent les profs de la mesure « Un TBI par classe et un ordinateur portable par prof »

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La nouvelle mesure en éducation concernant les technologies (un TBI par classe et un portable par enseignant), annoncée par Jean Charest le 23 février 2011, a suscité bien des réactions. L’Infobourg vous présente les points de vue de quelques enseignants et professionnels en éducation.

Dans le contexte d’un concours organisé la semaine dernière dans le bulletin d’information de l’Infobourg, les abonnés étaient invités à livrer un court témoignage sur ce qu’ils pensent de la nouvelle mesure. Plusieurs commentaires ont été reçus, tous très pertinents. En voici quelques-uns qui résument l’ensemble des propos. À noter que les noms des auteurs n’ont pas été reproduits, afin d’en préserver l’anonymat.

« Je suis en accord avec l’idée de Monsieur Charest car nous sommes à l’ère des nouvelles technologies et nous devons être à l’affût des nouveautés afin de suivre le courant de nos jeunes en classe. Ils sont maintenant habitués à recevoir l’information de façon très rapide et ils l’intègrent bien. Cependant, ils n’ont pas acquis les habiletés face à la méthodologie du travail avec ces technologies. À nous de les soutenir dans cette démarche d’intégration. »

« Si on veut bien préparer les élèves au 21e siècle, il est important de les prendre où ils sont et donc d’avoir des méthodes d’enseignement qui sont proches de leur réalité. Les technologies de l’informatique (Internet, iPod, logiciels…) sont des outils qui sont utilisés chaque jour par nos élèves, mais en majeure partie à l’extérieur de l’école. Quelle bonne idée d’intégrer davantage des moyens didactiques qui leur sont familiers et qui sont accrocheurs en même temps. Une petite inquiétude : il est important de bien préparer les enseignants qui auront à manipuler le TBI en classe, afin d’utiliser son plein potentiel et permettre une plus grande interactivité et une ouverture presque sans limites sur le monde. »

« Cette promesse électorale est, pour moi, une sorte de frime afin d’acquérir plus de votes. En tant que future enseignante, j’aimerais avoir un TBI dans ma classe et l’utilité du portable n’est pas une mauvaise idée, mais où ira-t-il chercher ses fonds? Dans les « grandes poches des contribuables » et est-ce cela serait avantageux pour nous? Probablement pas, calculons chacune des classes et des écoles de notre province, cet achat serait non considérable… Encore une fois, je suis sûre que cette promesse ne sera pas respectée…et cela serait bien dommage!! »

« Je crois que c’est une très bonne nouvelle dans la mesure où du temps de formation est alloué pour les enseignants. L’arrivée de ces outils technologiques ne doit pas représenter un travail supplémentaire mais bien un apport à l’enseignement. Si la formation, en temps de libération, ne vient pas, les changements ne seront pas significatifs et l’engagement des enseignants ne sera pas présent. L’utilisation d’outils technologiques est agréable lorsque l’utilisateur a pu minimalement s’approprier le fonctionnement de ces outils. »

« Depuis quelques mois, un premier TBI a fait son entrée dans notre école. Depuis son arrivée, il fait fureur et les élèves adorent l’utiliser tout comme les enseignants d’ailleurs. Je suis donc tout à fait d’accord avec cette mesure qui contribuera à rendre notre enseignement plus interactif et nos élèves plus attentifs. »

« Pour ma part, je suis partagée quant à la décision rendue par le premier ministre. J’en suis à ma première année d’enseignement dans un établissement privé, et j’ai eu la chance d’avoir à ma disposition, à même ma classe, un tableau interactif Smartboard. Sans contredit, j’ai pu constater les nombreux bienfaits que cette technologie apporte. Il y a notamment les nombreuses possibilités qu’elle offre aux enseignants (visionnage de vidéos, exercices interactifs en ligne à faire avec les élèves, accès aux nombreux sites éducatifs, etc.), mais également l’accroissement de la motivation des élèves à l’égard de leurs apprentissages. Toutefois, je ne peux qu’être partagée, car le réseau d’enseignement public souffre d’un important manque de ressources (orthopédagogie, orthophonie, éducation spécialisée et j’en passe.). Les TBI nécessitent un investissement important, et ne sauront certainement pas combler, malgré tous leurs avantages, les besoins criants de nos élèves en difficulté. Les troubles de l’apprentissage deviennent un fardeau pour les enseignants. Les ressources devraient selon moi être la priorité. »

« Cher M. Charest, j’utilise un tableau interactif dans ma classe depuis 6 ans. Quel outil génial pour agrémenter nos cours d’un support visuel enrichissant! Il est aisé de numériser un cahier d’exercices, de le projeter sur le tableau et d’y ajouter un lien Internet ou une vidéo. « Madame, c’est qui les frères Wright dans l’histoire? » Un court exposé et une vidéo de leur premier vol trouvée sur le Web, et voilà! Lors de lecture en classe, des parties importantes d’un texte numérisé et projeté au tableau peuvent être surlignées en couleur. En mathématique, on glisse des jetons ou on les efface rapidement. On améliore notre logique avec une partie d’échec géante. On dessine des formes géométriques tout simplement avec le doigt et on calcule l’angle à l’aide de rapporteur numérique. Ah… et plus de craies! Quelle merveille! Quant aux ordinateurs portables, c’est une bonne idée pour les enseignants spécialistes au primaire et au secondaire. Cet un outil essentiel lorsque l’on doit changer de classe à répétition et cela est d’autant plus utile qu’il faut un ordinateur (portable ou non) pour utiliser les tableaux interactifs. »

« La modération a bien meilleur goût, c’est ce qu’on pourrait dire au sujet des TBI. En avoir quelques-uns dans nos écoles est certainement intéressant, mais un pour chaque classe on tombe dans l’excès. Certains profs sont technologiques et les apprécieront, pour les autres laissons-les appliquer des méthodes qui ont fait leur preuve. Après tout, ceux qui ont inventé les TBI n’ont pas eu de TBI en classe!!! »

« Je crois qu’il ne s’agit là que de poudre aux yeux. En effet, les commissions scolaires et plusieurs écoles ont déjà commencé à investir d’importantes sommes d’argent pour cette même mesure et de plus en plus de classes ont déjà accès à un TBI ainsi qu’à un ordinateur portable. Pour moi, il ne s’agit donc pas d’une mesure réelle, mais seulement de la confirmation d’un phénomène déjà bien enclenché. J’aurais préféré une annonce réelle qui aurait fait une vraie différence pas l’énonciation de faits déjà existants. »