Évaluer différemment… C’est possible?

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Sébastien Stasse, enseignant de 1re et 2e secondaire en sciences à l’école Alex Monoogian de Montréal a réalisé la vidéo Évaluer différemment. Son but? Faire réfléchir sur les pratiques évaluatives en enseignement : serait-il possible de faire en sorte qu’elles soutiennent aussi l’apprentissage individuel?

Tous les enseignants doivent évaluer leurs élèves, c’est un fait. Actuellement, l’évaluation la plus présente est celle où on évalue l’acquisition des connaissances. Selon M. Stasse, il faut continuer d’évaluer les élèves sur leurs acquis, mais seulement utiliser ce modèle « fait en sorte que les notes des élèves en début d’année sont sensiblement les mêmes qu’à la fin de l’année. Ainsi, les élèves faibles en début d’année demeurent les élèves faibles à la fin de l’année. »

Un modèle normatif ne permet pas à chaque élève de s’améliorer, mais plutôt d’être comparé aux autres, bref, il n’est pas centré sur l’apprentissage individuel.

« Et si les enseignants disposaient d’instruments permettant d’améliorer leur enseignement et l’apprentissage individuel plutôt que d’instruments mettant en valeur les différences individuelles, se questionne M. Stasse ».

« Pourquoi ne pas faire cohabiter les deux types d’évaluation? On n’a pas le choix de reconnaître les acquis, car il faut bien sûr que le système se régule, par contre il ne faut pas oublier que l’évaluation sert aussi d’aide à l’apprentissage. » Selon lui, les deux ne sont pas en opposition. Le but n’étant pas de jeter tout ce qu’on a fait à la poubelle. Mais bien sûr, aider un élève, individuellement, à apprendre prend plus de temps.

Depuis une quinzaine d’années, M. Stasse bâtit lui-même tout son matériel. Il n’utilise pas de manuels scolaires, car il préfère adapter son enseignement à sa façon. Aux enseignants qui disent manquer de temps, il leur répond : « Ça fait quinze ans qu’on me dit qu’on manque de temps. Le temps sera toujours un problème. C’est certain qu’avec une classe de 32 élèves, on ne peut changer de pratique dès la première année. » Et ce n’est pas sans persévérance : Chaque semaine, il se rendait compte qu’il devait changer des trucs dans son matériel. Ça le décourageait parfois, mais il a continué : « Cela demande du temps, de l’adaptation, mais une fois qu’on a vu l’impact… »

À travers les années, il a pu observer certains changements, notamment chez ses élèves. « Les élèves apprennent à voir les choses autrement. Par exemple, lorsque nous faisons de la coévaluation en classe, ils sont très critiques face à eux-mêmes, et moins par rapport aux autres. Il y a toute une culture par rapport à ça, explique-t-il. Et le plus gros changement? « Ils n’apprennent plus en fonction de l’évaluation. C’est plus centré sur l’apprentissage. Bien sûr le type d’évaluation ne règle pas les problèmes des élèves. Mais il n’y a plus de questions du genre « Est-ce que c’est à l’examen? ».

Les outils d’évaluation

Plusieurs instruments d’évaluation basés sur l’apprentissage existent déjà. Comme le portfolio, la coévaluation, la grille d’appréciation, l’autoévaluation, etc. Le site « Banque de SAÉ » est un autre projet auquel a participé M. Stasse, en collaboration avec les professeurs en mesure et évaluation à l’Université de Montréal. Ce site regroupe des situations d’apprentissage et d’évaluation élaborées par des étudiants en enseignement préscolaire et primaire dans le cadre des cours en évaluation.

Mais le système d’éducation québécois a tardé à mettre en place un dispositif de formation pour les enseignants, afin qu’ils sachent intégrer ces outils dans leur enseignement et qu’ils puissent en faire une utilisation adéquate. Encore là, il manque des spécialistes pour leur donner la formation et certainement faire un suivi. De plus, la plupart des manuels scolaires actuels n’en tiennent pas compte. Il y aussi peu de maisons d’édition qui ont un spécialiste en évaluation.

Si M. Stasse ne se décrit pas comme un spécialiste des pratiques évaluatives, ce sujet l’intéresse vivement. En plus d’enseigner les sciences au secondaire, il est consultant en technologies éducatives (intégration des TIC) et étudiant à la maîtrise en évaluation à l’Université de Montréal. Il a également réalisé d’autres vidéos qui ont fait jaser. Voici un article sur sa vidéo « Comme hier? » paru en janvier 2008 sur l’Infobourg.

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