Le manuel scolaire, une ressource bouleversée par le numérique

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France – Le ministère de l’Éducation nationale a récemment publié sur son site Web le rapport d’Alain Séré et de Jean-Marie Bassy, respectivement inspecteur de l’Éducation nationale et inspecteur de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche, sur le manuel scolaire à l’ère du numérique.

Ce rapport, remis au ministre de l’Éducation nationale Luc Chatel et daté de juillet 2010, permet de rendre compte des enjeux du manuel scolaire numérique en France, alors qu’une expérimentation est menée via les environnements numériques de travail depuis la rentrée scolaire 2009-2010.

En 1998, l’inspection générale avait déjà été mandatée d’établir un rapport sur la place et les usages des manuels scolaires. En 2010, c’est bien sûr sous un angle différent que la question a été étudiée et le numérique est une « nouvelle donne de la politique des ressources », comme l’indique le sous-titre du rapport.

Le manuel scolaire est devenu une ressource parmi d’autres

Ce rapport rappelle les nombreux changements opérés depuis quelques années : « La multiplication des producteurs de ressources (tous les enseignants deviennent des créateurs) et l’instauration de nouvelles relations entre éditeurs et fournisseurs de technologies contribuent à une transformation profonde du paysage dans lequel s’inscrit désormais le manuel scolaire, ressource parmi d’autres ressources ». Le manuel numérique n’a donc plus la place centrale qu’il occupait avant l’arrivée du numérique.

« La multiplication des producteurs de ressources (tous les enseignants deviennent des créateurs) et l’instauration de nouvelles relations entre éditeurs et fournisseurs de technologies contribuent à une transformation profonde du paysage dans lequel s’inscrit désormais le manuel scolaire, ressource parmi d’autres ressources ».

De même, les rôles de chaque acteur ont évolué : ainsi, les collectivités territoriales ont maintenant un pouvoir plus important aux côtés de l’Éducation nationale, notamment en ce qui concerne les accès aux ressources et aux services numériques. Le rapport constate : « Le périmètre du “pédagogique” explose et la frontière est devenue mince entre l’espace pédagogique et l’espace social ».

Toutefois, malgré cette situation d’ouverture dans la production des ressources pédagogiques, le rapport indique que le manuel scolaire a encore sa place dans ce paysage, à condition que celui-ci subisse une « nécessaire évolution de sa nature, de sa forme, de son statut, de ses relations avec d’autres outils ». Cette mutation du manuel scolaire doit se faire, selon le rapport, en impliquant tous les acteurs, du niveau politique au niveau local dans les établissements scolaires.

Les principales recommandations

Face à ce constat, les auteurs du rapport font part de leurs recommandations sur les plans stratégique et opérationnel.

Parmi les points listés, retenons dans le premier axe sur la formation et l’accompagnement des élèves, la proposition d’élargir les compétences du B2i (Brevet Informatique et Internet) vers la littératie (la maîtrise réfléchie des médias numériques), ainsi qu’une évaluation de la maîtrise de ressources numériques, de leur utilisation et de leur compréhension dans les épreuves du baccalauréat, avec des expérimentations dès la session 2011.

Concernant les prescriptions pour les ressources et les manuels, un cahier des charges destiné aux éditeurs pourrait être mis en place avec des préconisations dans chaque matière sur les caractéristiques des manuels. Par ailleurs, le rapport recommande de créer des instances de pilotage académique, départemental et de circonscription, de politiques de ressources. Enfin, un conseil national d’orientation des ressources pour l’enseignement, regroupant des éditeurs, des représentants de l’Éducation nationale, des collectivités territoriales et des parents, pourrait être chargé d’animer et de mettre en réseau les instances de pilotage.

Le troisième axe touche la complémentarité entre les ressources imprimées et numériques. Le rapport propose d’abandonner le label RIP (« reconnu d’intérêt pédagogique) au profit d’une qualification « manuel scolaire » pour les ressources répondant aux cahiers des charges pour les différents programmes. Les ressources favorisant la transversalité des compétences dans les disciplines et celles conçues de façon modulaire, interactive et paramétrable par les enseignants pourraient être encouragées. La multiplicité des supports aux choix des utilisateurs pour les ressources et les manuels scolaires ainsi que les solutions d’impression à la demande sont aussi mentionnées comme des pratiques à soutenir.

En quatrième point, le rapport aborde la question du rôle des collectivités territoriales face à l’État en matière de ressources pour l’enseignement. Celui-ci doit être clarifié pour le financement et les conditions de mise à disposition des manuels, des ressources numériques et des équipements. Par ailleurs, les collectivités territoriales avec les recteurs et l’inspection académique pourraient faire un bilan numérique pour chaque établissement avec des spécifications à respecter, afin que tous puissent avoir un accès minimal au numérique.

Le cinquième axe de recommandation concerne la formation des enseignants. Des modules de formation relatifs au développement de compétences en matière de ressources et d’outils pour l’enseignement pourraient être intégrés dans la formation initiale des enseignants. La formation des inspecteurs pédagogiques pourrait être également renforcée pour les compétences relatives au conseil et à l’accompagnement des établissements et des enseignants sur l’utilisation des ressources numériques.

Les relations entre les éditeurs privés et publics constituent le dernier axe de recommandation du rapport. Le rapport préconise davantage de projets communs entre le public et le privé. Il demande aussi un taux de TVA réduit pour les ressources numériques qualifiées de manuels scolaires, souhaite favoriser la R&D dans l’édition et la diffusion de ressources numériques et s’appuyer sur le réseau des CRDP et CDDP pour les usages des outils innovants.

Pour télécharger le rapport complet (PDF), vous pouvez vous rendre sur cette page du site Educnet.

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