Ludovia 2010 : L’utilisation des réseaux sociaux en classe

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L’interaction et la créativité étant à l’honneur cette année à Ludovia, il était normal de consacrer une table ronde entière aux pratiques pédagogiques liées aux réseaux sociaux en classe. Elle a eu lieu le mercredi 25 août et a réuni un bon nombre des blogueurs présents à Ludovia cette année.

Malgré la mauvaise publicité qu’en font parfois les médias, les usages pédagogiques avec les réseaux sociaux sont possibles, comme l’a rappelé en introduction Alain Séré, inspecteur de l’Education nationale. Ces usages ont déjà été expérimentés avec succès, et plusieurs intervenants lors de la table ronde ont pu en témoigner. Ils concernent des outils comme Twitter, Facebook et autres réseaux sociaux ouverts à tous.

L’exemple de Laurence Juin qui a utilisé l’an dernier Twitter avec ses élèves au lycée professionnel Pierre Doriole à La Rochelle est maintenant l’un des plus connus (voir l’article de l’Infobourg sur le sujet). L’objectif pour elle était de créer une émulation avec ses élèves afin qu’ils participent et gardent un lien en dehors du temps de classe, notamment lors des périodes de stages. En parallèle, Eric Delcroix a également utilisé Twitter avec ses étudiants à l’université Lille 3 pour trouver une alternative aux PowerPoint.

L’éducation aux réseaux sociaux

Les jeunes utilisent de façon quotidienne ces réseaux : une enquête menée dans des lycées professionnels de l’académie de Toulouse a montré que 96% des élèves ont un réseau social (blog, Copains d’avant, Facebook…). En revanche, ils ont souvent peu conscience des conséquences de ce qu’ils publient sur Internet. Marc Pacquetet, enseignant dans un lycée professionnel, a participé à un groupe de travail avec six lycées professionnels de l’académie de Toulouse autour de l’éducation aux réseaux sociaux. Ce groupe de travail a permis de montrer aux élèves l’utilisation professionnelle des réseaux sociaux et de les sensibiliser sur un usage responsable d’Internet.

L’éducation aux réseaux sociaux est d’ailleurs un enjeu important, puisque adopter une attitude responsable est le domaine 2 référencé dans le B2i (brevet informatique et Internet) que les élèves doivent maîtriser. Mario Asselin, directeur d’Opossum et professeur à l’université de Montréal, regrette d’ailleurs que de nombreux établissements bloquent les accès à ces réseaux sociaux. Pour lui, ce sont des outils formateurs, comme les blogs sur lesquels il a travaillé avec ses élèves dès 2002 : « Les éducateurs doivent prendre leurs responsabilités et sensibiliser les jeunes sur l’identité numérique qu’ils construisent ».

Une relation différente entre les élèves et les enseignants

Caroline Jouneau-Sion, enseignante d’histoire-géographie, est, elle aussi, consciente que les enseignants ont un rôle à jouer dans l’éducation aux réseaux sociaux, simplement par le fait que les usages des élèves sont rentrés dans les établissements. Mais elle soulève une autre question cruciale dans la pratique des réseaux sociaux : où se situe la limite entre l’enseignant et « l’ami » sur Facebook ? Pour les enseignants, ce n’est pas toujours facile de mettre une frontière entre le privé et le professionnel…

Même si Eric Delcroix souligne que ce problème ne se limite pas aux réseaux sociaux, mais à tout Internet, il apparaît important pour les enseignants de mettre des garde-fous dans leur utilisation des réseaux sociaux avec leurs élèves. Ainsi, Laurence Juin a créé pour ses élèves une charte d’utilisation de Twitter pour qu’ils puissent s’approprier cet outil de façon responsable. Ses élèves ont d’ailleurs mis trois mois avant d’utiliser réellement cet outil. Et comme ils souhaitent continuer à travailler dessus, elle compte mettre l’accent sur l’identité numérique et les inviter à publier tout ce qu’ils ont réalisé en classe, afin qu’il y ait des traces de leurs travaux scolaires sur les moteurs de recherche en tapant leur nom.

L’utilisation pédagogique des réseaux sociaux entraîne nécessairement un changement de relation entre les enseignants et les élèves, mais ouvre de nouvelles perspectives testées avec succès. Elle soulève aussi de nombreuses questions, notamment celle du bon usage de ces réseaux par les élèves et celle de la formation aux enseignants, qui pourraient trouver ici un bon moyen pour mutualiser leurs pratiques.

Par Lucile Donnat

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