Les SMS ne sont pas un danger pour l’orthographe

0

Monde – Plusieurs parents et enseignants s’inquiètent des conséquences que peut avoir l’utilisation des messages « SMS », remplis de raccourcis et de graphie non conventionnelle, sur l’apprentissage de l’écrit chez les enfants. Peu d’études ont approfondi le phénomène jusqu’ici.

En 2008-2009, l’Agence Becta finance une étude qui montre que les enfants qui utilisent le langage SMS n’a pas d’effet négatif sur la production de rimes ni sur la lecture de mots ou de phrases. Au contraire, le contact des élèves avec l’écrit pourrait avoir un effet positif sur leurs aptitudes.

Les chercheurs de l’Université de Coventry (Royaume-Uni), responsables de l’étude ont comparé 2 groupes d’élèves de 9 et 10 ans, avant et après leur utilisation de téléphones mobiles en classe. Chaque semaine, les effets des SMS sur les progrès des élèves étaient mesurés. Ceux qui utilisaient des SMS ont fait des progrès similaires voire supérieurs à ceux qui ne les utilisaient pas.

Les premiers élèves ont montré une capacité accrue à produire des inversions de lettres ou de syllabes, à générer des rimes et des mots reliés sémantiquement. La corrélation positive entre le nombre de messages envoyés et les progrès observés font croire que le contact avec l’écrit, même s’il s’agit de SMS, a des effets positifs sur les apprentissages.

Trois autres recherches
Les mêmes chercheurs ont effectué trois autres recherches sur le sujet. Les résultats de leur première recherche montrent que les enfants qui utilisent le langage SMS sont plus habiles en raisonnement verbal que les autres. Or, les chercheurs n’ont pas trouvé de corrélation entre les progrès des élèves et la fréquence d’utilisation du SMS.

La deuxième étude a analysé les SMS produits par les élèves. Ceux qui utilisaient des réductions phonologiques (ex : poa pour poids) avaient les meilleurs résultats en orthographe. Ceux qui utilisaient des abréviations dans leurs messages ont eu de la facilité dans les tests de performance orale.

Finalement, la dernière étude consistait à demander aux élèves d’écrire des messages SMS liés à des scénarios fournis par les chercheurs. Les élèves qui utilisaient des homophones (ex : paC pour passer) dans leurs messages ont eu de meilleurs résultats en lecture de mots, mais pas en orthographe.

À la lumière de ces différentes études, on peut dire que l’utilisation du langage SMS a une corrélation positive avec certaines habiletés langagières développées au primaire. Le langage SMS est aussi une façon de jouer avec les mots, de les manipuler, même si l’utilisation n’est pas fréquente. Il semble aussi, selon une étude française, que les jeunes reconnaissent que le langage SMS constitue un « registre à part », différent de celui utilisé en classe.

Peu de réponses concernant la dyslexie
En 2008, des linguistes français ont publié une recherche qui démontre que le langage SMS facilite l’appropriation du langage écrit chez les enfants dyslexiques entre autres grâce à un rapport décomplexé avec l’écriture. Or, le cadre d’utilisation du SMS est restreint et ne représente qu’une pratique minoritaire de l’écrit.

Des recommandations pour les enseignants
Puisque les élèves valorisent le côté décontracté et informel du langage SMS, les enseignants ne devraient pas l’enseigner en classe. Toutefois, il est important que les enseignants connaissent les codes sans les rejeter. Ils peuvent demander aux enfants de réfléchir sur langage écrit à l’aide de jeux et de SMS ou encore se servir des codes pour faire un rapprochement avec l’écrit normatif.

D’après le texte de Le langage SMS n’est pas un ennemi des écrits scolaires »
par Mônica Macedo-Rouet

Par Marie-Philippe Gagnon-Hamelin